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© Petits contes écologiques.

Le chat et la hulotte

lettrine D ou, le chat tigré, avait remarqué que, sous un arbre de son terrain de chasse, se trouvaient toujours de drôles petites pelotes nauséabondes, faites de petits os et de poils agglomérés.

Les chats n'aiment pas la saleté ni les mauvaises odeurs, alors, quand Dou passait par là, avec sa patte de chat, il prenait toujours la peine de recouvrir d'herbes et de terre ces bizarres petites boulettes.

Mais cela l'énervait !

Quand on est chat, on ne peut pas comprendre le manque d'hygiène, aussi Dou prit-il la décision de se mettre en faction dès le soir afin de dire son faitau malpropre individu.

tête de chat

Hou, la hulottedes bois, avait choisi un beau terrier abandonné pour faire son nid, et un bel érable plane comme poste de guet.

Grâce à ses grands yeux de chouette, elle pouvait percevoir dans le noir de la nuit le moindre mouvement de campagnol ou de musaraigne, et pour rien au monde n'aurait abandonné cet excellent terrain de chasse.

Quand vint le crépuscule de ce beau jour d'été, Hou, en se dandinant, sortit de son terrier et s'envola vers son arbre favori.
Elle s'installa confortablement sur sa branche préférée, rejeta comme tous les soirs la petite pelotte de son repas de la veille et commença sa chasse à l'affût.

feuilles

- Miaouuu, maintenant je sais qui est le dégoûtant personnage qui souille la terre avec ses excréments, sans se donner la peine de les recouvrir.

- Houou hou, quel est ce donneur de leçon qui vient m'importuner ?

- Je suis Dou, le chat tigré, propriétaire de ce terrain !

- La nuit tous les chats sont gris ! Moi, je suis Hou, la hulotte, et cette chasse m'appartient !

- Les campagnols et les musaraignes de ce pré sont à moi !

- Le gibier appartient à celui qui sait le capturer.

- Tu es bien arrogante, la hulotte. Prends garde que je ne te vole dans les plumes.

- On dit les chats voleurs mais j'aimerais bien te voir voler.

- Pour me voir la nuit, il faudrait pour le moins que tu aies des yeux de chat, miaouuuuu ...

- Mais j'y vois la nuit tout aussi bien que toi. Ne sais-tu pas qu'on m'appelle chat-huant ? Hououououououh...

- Je te propose un challenge, vieille chouette ébouriffée, pour savoir qui de nous deux voit le mieux. Le perdant devra céder et la place et la chasse.

- Je relève le défi, vieux matou hérissé, je suis triste pour toi qui vas perdre à coup sûr.

- Commençons sur le champ. Le premier de nous deux qui, pour prouver sa bonne vue, réussira à capturer un insecte, aura gagné sans conteste. Une, deux trois !

Et Dou bondit dans l'herbe du pré. De ses deux pattes avant, il immobilise une sauterelle qui n'avait que le tort de n'être pas encore au lit.

- Je crois que j'ai gagné, la hulotte !

- ...

- Tu ne me réponds pas ?

- ...

- Reconnais ta défaite !

- Je ne reconnais rien car tu n'as pas gagné. Si je ne parlais pas c'est que j'avais la bouche pleine d'un onctueux papillon de nuit. Miam... Humm... Match nul dirait-on !

- Match nul accordé. Que me proposes-tu comme seconde épreuve ?

- Tout d'abord que nous partions d'une stricte égalité. Monte jusqu'à cette branche, si toutefois tu le peux.

- Je monte tout de suite.

- Pas de mauvaises intentions ! Dis-toi bien que mes griffes sont aussi pointues que les tiennes et mon bec aussi tranchant que tes dents.

- Nous avons un accord, je le respecterai.

Côte à côte, sur la même branche, l'un assis l'autre debout, nos deux loyaux ennemis se mirent à scruter la nuit de leurs yeux phosphorescents.

Chat Hulotte

- Miaou, dit le chat, je vois quelque chose !

- Hou... hou...

- C'est à toi de dire où, sinon tu as perdu.

- Hou.

- Près du terrier là-bas, ce gros rat...

- Jouih...

- Tu entends mais tu ne vois pas !

- Hou... mes petits sont au nid dans ce terrier, ils ne savent pas encore voler, ce rat va me les tuer !

- Si tu acceptes ta défaite, je vais te les sauver.

- Kourwitt.

- J'y cours.

Le chat tigré, avec un cœur de lion, descend en voltige du bel érable plane et se rue vers l'indésirable rat. Un cri de guerre, deux crachats et trois coups de patte assurent à notre chat chasseur une double victoire.
Hou, soulagée, plane de l'érable au terrier pour remercier Dou, le valeureux guerrier :

- C'est très chouette ce que tu as fait pour moi ! Comment te remercier ?

- Nous avons un accord, il reste à l'appliquer...

- Ne bouge pas !

- Je n'ai pas à bouger puisque selon nos conventions, je demeure le seul maître de ce terrain de chasse.

- Attention à toi ! Ne remue surtout pas, il y va de ta vie !

- Pourquoi cette menace ? N'as-tu pas de parole ? Je ne vois pas ce qui...

D'un coup de bec précis, le brave volatile coupa la conversation et saisit juste à temps une perfide vipère qui rampait vers le chat.

- C'est à moi maintenant de te remercier brave oiseau, tu m'as sauvé la vie. Je ne veux plus te chasser de ma chasse. Partageons !

- J'accepte le partage. Il y a dans le bois et le champ bien assez de gibier pour que nous n'ayons plus jamais à nous disputer.

- Et en plus du couvert, pour les jours de frimas, je t'offre de hanter la soupente du grenier de la ferme où je vis. Si un jour tu t'ennuies, tu n'auras qu'à chuinter,j'irai par les gouttières te rejoindreaussitôt et... nous jouerons à chat !



Conte dédié à Bagheera, le plus gentil chat noir du monde, qui a aimé et accompagné ses maîtres pendant près de quinze ans.



Bagheera

Daniel Déjardin

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