VALENTIN AU COLLEGE

1. ARRIVÉE

« Arrivée de l’Airbus A380 de Qantas Airways en provenance de Melbourne et Dubaï. Monsieur Jean-Claude Valmont est attendu au guichet des mineurs voyageant seuls. »
La voix modulée de l'hôtesse rassura l'homme qui se hâta vers le bureau indiqué.
— Bonjour, vous êtes monsieur Jean-Claude Valmont ? Puis-je vous demander une pièce d’identité ?
— Oui, bien sûr. C’est mon petit-fils qui arrive d’Australie …
— Bien, signez cette décharge s’il vous plaît. Suivez-moi, votre petit-fils se trouve dans la salle d’attente des mineurs non-accompagnés. Entrez monsieur Valmont.
— Valentin !
Un jeune garçon aux traits fins, aux cheveux châtains et aux yeux bleus tirant sur le vert, leva la tête et ôta prestement de ses oreilles les écouteurs de son smartphone.
— Oh grand-père ! Bonjour, comme je suis content de te voir ! dit le garçon en se précipitant pour claquer deux bises sonores sur les joues de son grand-père.
— Moi aussi mon petit garçon, moi aussi je suis content.
— Je ne suis plus un petit garçon, j’ai eu douze ans au mois d'avril.
— C'est vrai que tu es grand maintenant. Excuse mon retard, j’ai eu beaucoup de mal à trouver une place de stationnement.
— Je n'étais pas inquiet !
— Pas trop fatigué par ce long voyage ?
— Un peu quand même. Près de vingt heures assis sans pouvoir se dépenser, tu te rends compte ?
— J'imagine. A quoi occupais-tu ton temps ?
— Lecture, film, jeux sur smartphone, film, jeux, lecture… — Et le paysage ?
— Bof, même près d'un hublot, de très haut on ne voit pas grand-chose et ce qu'on voit n'est pas très intéressant : de l'eau ou des nuages. Il y a juste un truc qui m'a un peu amusé pendant ce voyage. Après l'escale à Dubaï, un homme en tenue des émirats est venu occuper le siège voisin du mien. Il travaillait tout le temps sur son smartphone. Tout à coup, il s'est énervé, il a touché tous les boutons de son appareil, il l'a secoué, il a même tapé dessus. J'ai jeté un œil à son engin, il avait l'écran noir. Je lui ai alors demandé en anglais s'il voulait me le prêter pour que je tente une manœuvre et je l'ai remis en marche ! Il était super étonné et content bien sûr !
— Je te crois ! Tu t'y connais en smartphone ?
— Pas plus que cela mais la panne m'était déjà arrivée et je savais faire. Regarde ce qu'il a donné pour ma peine.
De dessous ses habits, Valentin sortit un portefeuille en toile suspendu à son cou par un cordon tressé et en sortit un billet de banque qu'il tendit à son grand-père.
— Un billet de cinq cents ! Cinq cents quoi au fait ?
— Dirhams des Émirats Arabes Unis. J'ai cherché sur internet en t'attendant.
— Ça correspond à combien ?
— Un peu plus de cent cinquante dollars australiens donc au moins cent euros, et ça pour dix secondes de travail, tu te rends compte ?
— Tu es un sacré débrouillard Valentin. Bon, on y va ? Où sont tes bagages ?
— Mes bagages sont là : la grande valise et mon sac à dos.
— Tes parents vont bien ?
— Un peu tristes que je parte mais sinon ils sont en forme.
— Bon, et toi ?
— Un peu triste aussi. Mais quand c’est nécessaire …
— Tu as raison, il faut toujours s’adapter. L'adaptation est une preuve d'intelligence.
— Grand-mère Isabelle va bien ?
— Elle est super contente, elle a hâte de te voir.
— Moi aussi.
— Prenons l’ascenseur public, ma voiture est au second sous-sol. Tu verras, la vie n’est pas désagréable dans cette région des Alpes et notre maison est à peine à un kilomètre du lac. De ta nouvelle chambre, tu auras vue sur les montagnes.
— Elles sont hautes ces montagnes ?
— Le point culminant du tour du lac est à plus de 2300 mètres.
— Ah oui, quand même ! On peut l’escalader ?
— On est mi-octobre et il y déjà neigé à 1500 mètres, donc pas en cette saison, c'est trop dangereux mais un jour, si tu veux, on ira au sommet. Ah, voici ma voiture. Puisque tu as plus de douze ans, tu as le droit de monter à l'avant mais attache ta ceinture, nous avons une heure de route jusqu'à la maison.
La Peugeot 306 de monsieur Valmont s'engagea dans le dédale malodorant des allées du parking souterrain de l'aéroport.
— Quel est le programme pour aujourd'hui ?
— Repos et coucher tôt car neuf heures de décalage horaire en plus du voyage, ça fatigue un homme ! Demain ta grand-mère et moi te ferons visiter la région et vendredi tu intégreras ton nouveau collège. Nous avons rendez-vous avec monsieur Tardy, le directeur, à huit heures et demie.
— Cool, grand-père.