VALENTIN AU COLLEGE

19. CAMBRIOLEURS

« Dis-moi Valentin, cela te plairait de gagner dix euros ? »
— Bien sûr grand-père, qu'est-ce que je dois faire ?
— Tu connais madame Vaillant qui habite la petite maison aux volets beige, presque au bout de la rue ?
— De vue seulement.
— Elle est veuve et vit seule. Elle a besoin d'un coup de main.
— Que faut-il faire, rentrer du bois, ratisser les feuilles mortes ?
— Non, pas du tout. Elle m'a dit qu'elle venait de prendre une box internet et de s'acheter un ordinateur portable pour communiquer avec sa famille à Paris. Elle m'a demandé si je voulais bien l'aider à tout mettre en place et lui apprendre à s'en servir. Comme tu t'y connais mieux que moi, je te propose d'aller l'aider. Est-ce que tu saurais faire ?
— Sans problème.
— Comment comptes-tu t'y prendre ?
— C'est un peu long mais pas sorcier. D'abord je branche sa box et je la teste avec mon iPhone. Ensuite j'installe le système d'exploitation de son ordinateur.
— C'est un PC, pas un Mac.
— Le principe est le même grand-père. J'établis la connexion et je télécharge les logiciels nécessaires : courrielleur, autre navigateur, Skype. J'en ai pour deux heures maximum.
— C'est d'accord, je lui téléphone.
— Attends grand-père, tu penses qu'elle acceptera les conseils d'un jeune comme moi ?
— Je vais chaudement te recommander.

Quand Valentin se présenta devant la porte de la maison aux volets beiges, celle-ci s'ouvrit avant qu'il eut besoin de sonner.
— Bonjour madame Vaillant, je suis Valentin.
— Bonjour mon garçon, sourit la dame, entre. Monsieur Valmont m'a dit que tu es un crack en informatique.
— Un crack, je ne sais pas mais pour les opérations de base, je n'ai pas de problème.
— Regarde Valentin, tout ce que j'ai reçu, c'est plein de boites, de cordons et de fils. Il paraît qu'avec ça je pourrai converser avec mes enfants et petits enfants à Paris, c'est vrai ?
— Non seulement converser mais les voir en direct. Je vais faire les branchements et les installations nécessaires. Quand tout sera prêt je vous montrerai comment rédiger un message électronique, comment aller sur internet et comment établir une communication. Je converse souvent comme cela avec mes parents en Australie. Il y a combien de temps que vous avez commandé votre box internet ?
— Il y a huit jours.
— Bon, votre ligne doit être opérationnelle maintenant. Où est la prise téléphonique ?
— Là, derrière ce meuble.
— OK, j'installe la box, puis je mettrai en place le système de votre ordinateur ensuite je téléchargerai les logiciels nécessaires pour l'usage d'internet. J'en ai pour une bonne heure.
Concentré, soigneux, méthodique, Valentin déballa un à un les éléments du réseau à installer, positionna les appareils, enficha et vérifia les connexions, testa la mise sous tension, laissa la box s'actualiser puis vérifia le bon fonctionnement de l'ordinateur. Satisfait de l'installation, après avoir mis à jour les principaux logiciels, il se retourna vers madame Vaillant qui depuis son fauteuil le regardait avec admiration.
— Voilà madame Vaillant. Avez-vous votre contrat avec vos identifiants ? C'est pour mettre en place votre messagerie.
— Voici ce qu'ils m'ont donné lorsque j'ai souscrit mon abonnement.
— Merci, je crée votre compte de courrier… Vous avez pensé à un mot de passe ?
— Heu non, comment fait-on ?
— Il s'agit d'un mot qui permet aux ordinateurs de votre fournisseur d'accès à internet de vous reconnaître. Puis-je vous demander votre prénom ?
— Mauricette. Ce prénom n'est pas très à la mode, n'est-ce pas ?
— Ma grand-mère dit toujours que la mode c'est ce qui se démode, sourit Valentin. Comme mot de passe, je vous propose maurivaill. Début du prénom cinq lettres, début du nom cinq lettres, tout en minuscules, c'est facile à retenir. Vous pourrez le changer quand vous le désirerez. Maintenant, je teste votre connexion en envoyant un message sur mon iPhone… Voilà, c'est fait… OK, le message est arrivé, regardez...
— Tu es un crack Valentin !
— Vous savez, l'informatique c'est surtout de la logique et il paraît que j'en ai un peu.
Maintenant j'installe le logiciel qui vous permettra de communiquer avec votre famille. Là il faut fournir un mot de passe plus compliqué, il nous demande des majuscules, des minuscules et des chiffres, voyons… Tenez, je vous propose de reprendre celui de la messagerie en le modifiant un peu : Mauri5Vaill3. Pour le retenir, c'est simple : majuscule au début du prénom et chiffre pour le nombre de lettres manquantes et pareil pour le nom. OK ? Je vais maintenant régler votre caméra...
— Mais je n'ai pas de caméra Valentin !
— Regardez là, en haut de votre écran, ce petit rond, c'est la lentille d'une caméra intégrée à votre ordinateur.
— Hé bien ça, c'est extraordinaire...
— Tout à l'heure, quand je serai rentré, je vous appellerai pour tester la visiophonie.
— Mais je ne saurai jamais faire mon petit Valentin...
— Pas d'inquiétude, laissez votre ordinateur allumé tel qu'il est là. Je vous téléphonerai pour vous guider en temps réel.
— Tu es trop gentil, tiens prends ce billet pour te remercier.
— Vingt euros, c'est beaucoup trop madame Vaillant.
— Tu les as bien mérités, prends.
— Merci beaucoup. Cet après-midi, je reviendrai pour vous familiariser avec les logiciels. Bon appétit !

— Alors Valentin, elle est sympa madame Vaillant ?
— Trop gentille, grand-mère, elle m'a payé vingt euros pour des trucs que j'aime bien faire !
— Elle est généreuse pour une personne qui s'est fait cambrioler.
— Cambrioler ? Quand ?
— L'été dernier au mois d'août.
— Qu'est ce qui lui a été volé, tu sais ?
— Je ne sais pas exactement, elle m'a parlé de sa télévision et d'un tas d'autres choses...
— Les voleurs n'ont pas été retrouvés ?
— Non, pas encore, c'est probablement une enquête difficile.
— Oui, sûrement.
— Toute son installation fonctionne bien ?
— Oui, mais je n'ai pas tout à fait terminé. Je vais tester son Skype et la guider en même temps, je peux squatter l'ordinateur ?
— Vas-y, nous mangeons dans une petite heure, je te dispense de mettre la table aujourd'hui.

— Allô madame Vaillant ? C'est moi Valentin. Votre ordinateur est toujours allumé ?
— Non, l'écran s'est éteint tout seul.
— C'est normal, passez votre doigt sur le pavé tactile ou bougez la souris.
— Ça y est, il se rallume.
— Bon, je vous appelle par Skype, gardez votre téléphone à l'oreille et dites-moi ce qui se passe sur l'écran...
— Quelque chose s'affiche en bas à droite.
— Bon, cliquez dessus.
— Oh, Valentin, je te vois, c'est extraordinaire !
— Je vous vois aussi, vous pouvez éteindre votre téléphone maintenant, nous allons continuer de parler par ordinateur.
— Je vais pouvoir appeler mes enfants ?
— Oui, cet après-midi, je repasserai vous voir pour finir de vous expliquer.
— D'accord Valentin.

— Voilà madame Vaillant, tout est en place. Vous pouvez rajouter autant de correspondants que vous le souhaitez, il suffit que vous échangiez vos adresses.
— Encore merci Valentin, tu es un génie !
— Dites-moi, ma grand-mère m'a dit que votre maison a été cambriolée cet été...
— Oh, oui hélas, quel gâchis ils m'ont fait ! Je me suis absentée une petite semaine pour aller à Paris et ça a suffit.
— Que vous ont-ils pris comme objets de valeur ?
— Une pendule du dix-neuvième siècle...
— Oulà, c'est vieux ça !
— Elle venait de mes grands-parents. Ils ont aussi volé ma boite à bijoux, un portefeuille avec un peu d'argent liquide, divers bibelots de valeur, mon poste de télévision, un petit meuble bureau à tiroirs secrets et plein de petites choses, des vases, les lampes...
— Les gendarmes, qu'est-ce qu'ils en disent ?
— Ils n'ont aucun indice. Ils m'ont expliqué que je n'ai pas été la seule, il y a eu trois effractions la même semaine dans le village.
— Ce qui est sûr c'est qu'ils étaient au moins deux et qu'ils avaient un véhicule genre fourgon. Par où sont-ils entrés ?
— Ils ont forcé une fenêtre à l'arrière de la maison. Pourquoi deux personnes ?
— Il faut être deux pour transporter un meuble. En tout cas c'est moche tout ça.
— Je me demande ce qu'ils font de tout ce butin.
— Un voleur ne veut pas s'encombrer de tous ces objets, il cherche à les revendre.
— Comment font-ils, ils ne peuvent pas tenir boutique quand même !
— Ils peuvent revendre par internet. Attendez madame Vaillant, je fais une recherche. Il y a des sites spécialisés dans la vente d'occasion. Comment était votre pendule ancienne ?
— Comment dire, elle avait un corps cylindrique tenu par quatre colonnettes en marbre, un mini balancier représentant un soleil, un cadran finement décoré de festons soulignant les chiffres. C'était un très bel objet.
— Regardez madame, je me suis connecté à un site de vente d'occasion très connu. Dans recherche, je tape « pendule ancienne en marbre à balancier » puis je choisis France et Entrée - c'est cette touche là - et les résultats s'affichent. Il suffit maintenant de faire défiler les annonces avec la molette de la souris. Regardez, si vous voyez quelque chose de ressemblant à votre pendule, vous me le dites.
— Là, c'est une comme ça, même cadran, même balancier mais le dessus est différent. — Je vais vous laisser continuer à chercher madame Vaillant, il faut que je rentre maintenant car j'ai quelques leçons à apprendre.
— Qu'est-ce que je fais si je vois la même que la mienne ?
— Vous cliquez dessus et vous notez le pseudo du vendeur.
— C'est quoi ça, le pseudo ?
— C'est le mot avec lequel le vendeur s'identifie, il se trouve en haut de son annonce, à droite. Là, vous voyez ?
— Je vais essayer Valentin mais je ne suis pas sûre d'avoir tout compris.
— Avec un ordinateur, il faut essayer des tas de fois et ne pas avoir peur de faire des erreurs et de recommencer. Vous pourrez aussi faire une recherche sur un de vos bijoux ou sur votre meuble de bureau. Attendez, j'efface tout, je vous remontre une fois comment il faut faire puis je me sauve ! Si vous découvrez quelque chose, vous m'appelez.

— Allô Valentin ?
— Ah, madame Vaillant, avez-vous besoin d'aide ?
— Ça va, je m'habitue aux nouvelles technologies comme on dit. Je t'appelle pour te dire que j'ai vu un bijou identique à un de ceux qui m'ont été volés sur le site que tu m'as indiqué. J'ai noté le pseudo du vendeur c'est deva. Est-ce que c'est utile ?
— C'est une première piste. Est-ce que vous avez chez vous des photos montrant les objets volés ?
— J'ai bien des photos de mon intérieur montrant la pendule et le meuble. Je pense aussi en avoir une de moi avec quelques bijoux... — Très bien. Puis-je passer chez vous pour vous exposer mon plan et vous emprunter ces photos ?
— Tu viens me voir quand tu veux mon petit Valentin. Qu'est-ce que tu veux en faire ?
— Je vais scanner vos photos, faire des agrandissements des objets et mettre mes copains dans le coup pour faire des recherches. Il y a beaucoup de sites de vente d'occasion et il va falloir ratisser très large.
— Mais qu'est-ce qui prouvera qu'il s'agit bien de ce qu'on m'a volé ?
— Quand nous trouveront des similitudes, nous ferons comme si nous étions intéressés pour acheter. De cette façon nous allons récupérer des adresses de courriel, des numéros de téléphone et des pseudos. S'il y a concordance entre objets et coordonnées du vendeur, nous pourrons avoir de sérieux soupçons.
— Tu es vraiment malin pour un garçon de ton âge !
— Ce n'est que de la logique, madame Vaillant. Je passe dans l'après-midi récupérer les photos et demain je mets mes bons copains au travail !

A la sortie des cours ce vendredi-là Valentin rassembla ses copains Gilles, Florian, Olivier et Pascal.
— Qui possède un ordi personnel ?
— Moi j'ai le vieux portable Sony de mes parents, je m'en sers pour mes devoirs, tu en as besoin ? demanda Florian.
— Non, Flo, j'ai ce qu'il faut. Et vous autres ?
— Je peux me servir de celui de mes parents si c'est pour le travail scolaire, expliqua Olivier.
— Moi aussi, ajouta Gilles.
— On n'a toujours pas ça à la maison, dit piteusement Pascal.
— Je te prêterai ma tablette.
— Tu me montreras comment faire ?
— Bien sûr mon vieux.
— Qu'est-ce que tu veux faire ? s'enquit Gilles approuvé par les mimiques des trois autres.
— Je fais une enquête pour tenter de coincer des cambrioleurs. Ils ont volé une vieille dame de mes amies, madame Vaillant...
— Ah oui, j'ai entendu parler ce ce cambriolage et ce n'était pas le seul je crois, confirma Olivier.
— C'est juste, il y en a eu au moins trois dans le village l'été dernier. Alors voici ce que j'attends de vous : j'ai fait une liste des principaux sites d'achat-vente d'occasion en ligne, en voici une chacun, j'ai fait des photos de quelques objets précieux volés, voilà deux photos différentes par personne.
A part Pascal à qui je vais tout expliquer, vous savez tous faire des recherches, n'est-ce pas ? Demain c'est samedi et il va pleuvoir alors autant faire action utile. Dès que vous trouvez quelque chose, vous faites une copie d'écran, vous relevez le pseudo du vendeur ainsi que le numéro de téléphone s'il est indiqué et vous m'envoyez un message. Vous avez compris les gars ? Viens jusqu'à chez moi Pascal, je vais te montrer comment se servir de la tablette.

Le premier message arriva le lendemain matin dans le téléphone de Valentin. Il émanait de Gilles « bague rubis 150 € pseudo : napoca ». Vers midi, nouveau texto, de Florian cette fois « meuble à tiroirs lasi 200 € ». Dans l'après-midi Bouboule lui téléphona :
— Salut Val, c'est vraiment super ta tablette, j'ai envie de la garder !
— Annonce Bouboule, je sais que tu as trouvé quelque chose !
— Comment le sais-tu ?
— Parce que tu m'appelles.
— Oui, sur un site de vente aux enchères, j'ai sur l'écran un coffret à bijoux très ressemblant. Il est mis à prix 20 euros et il reste un peu plus de trois jours.
— Comment s'appelle le vendeur ?
— Comment on fait pour savoir ?
— Regarde à droite de l'écran.
— Ah oui, c'est écrit « Détails sur le vendeur » et en dessous « galati ».
— Bien Pascal, j'écris tout ça. Tu as fait une recherche sur ta seconde photo ?
— Oui, mais rien.
— OK, je te tiens au courant.
Dans la foulée, Valentin appela Olivier qui ne donnait pas signe de vie.
— Salut Olive, rien trouvé ?
— Non et j'ai une indigestion de vases art déco et autres styles !
— Pas grave. Tu peux venir chez moi vers dix huit heures ? Réunion générale pour tirer les conclusions de nos recherches.
— D'accord, tu veux que je prévienne les autres ?
— Oui, je veux bien.

— Bon, les gars je vous remercie pour le travail que vous avez fait.
— Ça t'a donné des indices ? questionna Pascal.
— Oui, indirectement. Tout d'abord, la valeur des objets est indiscutablement sous évaluée, comme si les vendeurs voulaient s'en débarrasser à tout prix, c'est le cas de le dire, donc c'est louche. Ensuite les pseudos : j'ai fait une recherche sur internet pour chacun d'eux.
— Tu as trouvé un point commun ? s'intéressa Florian.
— Le seul que j'ai trouvé, c'est qu'en mettant une majuscule à chacun, j'obtiens une ville de Roumanie.
— Ça ne fait pas beaucoup avancer le schmilblick, ironisa Olivier.
— Je crois que si. Imagine : le ou les voleurs ne veulent pas mettre toujours le même pseudo pour éviter tout recoupement, alors ils en veulent des faciles à mémoriser pour eux et pour cela, ils cherchent des mots qui leur sont familiers. En l’occurrence, s'ils ont pris des noms de villes roumaines, c'est probablement qu'ils sont eux-mêmes roumains.
— Tu crois donc qu'il s'agit des cambrioleurs de madame Vaillant ? espéra Gilles.
— J'en suis presque persuadé.
— Le cambriolage a eu lieu il y plus de six mois, les annonces ne seraient déposées que maintenant ? continua Gilles.
— D'abord, une annonce peut se renouveler.
— Oui, mais j'ai lu qu'il faut payer pour prolonger une annonce or ils cherchent de l'argent, ils n'ont pas envie d'en donner.
— Pas s'ils en font une nouvelle avec un nouveau pseudo.
— Comment faire pour les coincer ? continua Florian.
— Il faut que nous trouvions leur adresse.
— Oui, mais ça c'est impossible, désespéra Gilles.
— Ne soit pas défaitiste ! Réfléchit un peu Gilles : les petites choses sont en général envoyées par colissimo mais pour un gros objet comme une pièce de mobilier, comment font-ils ? Flo, c'est toi qui a trouvé le vendeur du meuble ? Tiens, mets-toi à l'ordinateur et refais ta recherche.
— Voilà, ça y est, dit Florian, regardez l'écran et la photo que Val m'a donnée. C'est exactement le même meuble, hein ?
— Oui, cela semble effectivement le même. Descends sur la page... lieu : « Saint Étienne ». Clique sur « Voir le numéro ».
— C'est un numéro de portable en 06.
— OK, à toi Gilles, retrouve l'annonce de bague rubis.
— Bon, une minute… Voilà.
— Clique pour voir le numéro.
— Oh, c'est le même !
— Alors les gars, quelle conclusion en tirer ?
— C'est la même personne qui vends le meuble à tiroirs et la bague au rubis, il s'agit donc de ce qui a été pris à madame Vaillant et on possède le numéro du cambrioleur. Voilà ! fit Bouboule tout réjoui.
— Il ne reste plus qu'à téléphoner, émit Olivier avec assurance.
— Du calme, tout cela se prépare. Pour être crédible, il faut que ce soit une voix d'adulte qui appelle. Il n'y a que toi Olive qui peut le faire, tu es le seul d’entre nous dont la voix a mué. Tu vas demander si le meuble de l'annonce est toujours disponible. Ensuite tu dis qu'à 150 euros tu es intéressé et que tu payes en espèces. S'il ne veut pas baisser le prix, tu demandes si le secrétaire est en bon état. Tu discutes comme si tu tenais vraiment à l'acheter et tu cèdes. Ensuite tu demandes où tu peux le voir. Tu dis que tu peux venir avec un fourgon et comment faire pour trouver l'adresse. Prends rendez-vous pour mardi par exemple.
— Pourquoi si tard ?
— Il nous faudra le temps de prévenir l'adjudant Lemoine et lui laisser celui de s'organiser et de monter son piège.
— Ah, d'accord !
— S'il dit quelque chose dont tu n'as pas la réponse, fais répéter pour gagner du temps. OK ? Allez, Olive, à toi de jouer ! Mets le haut-parleur.

— Allô, Bonjour je vous appelle pour l'annonce.
— Care anunț ? Quelle...annonce ?
— Celle pour le meuble, l'annonce de lasi, le secrétaire à tiroirs...
— Ah, scuzati, oui je comprends.
— Le meuble est toujours disponible ?
— Da, oui, toujours.
— Je suis éventuellement intéressé. Cent cinquante euros, ça irait ?
— Non, très joli meuble, douà sute, deux cents.
— Cent quatre vingt et je paye en espèces.
— En espèces ?
— Oui, en billets.
— Bine… D'accord. Vous prenez quand ?
— Je peux venir mardi avec mon fourgon. C'est où dans Saint Étienne ?
— Pas vraiment Saint Étienne, pas loin, Saint Chamond. Je donne adresse, maison facile à trouver.
— Entendu, je suis monsieur Lemoine. Je demande qui ?
— Moi. Monsieur Bobesco.
— D'accord, à mardi vers onze heures, bonsoir monsieur Bobesco.
— Oui, mardi. Bunà seara.

— Tu t'es débrouillé comme un chef, Olive ! Je crois qu'on a découvert une nouvelle association de malfaiteurs. A mon avis au moins trois personnes, deux qui visitent les maisons inoccupées et un qui se charge du stock et de la revente.
— Il vient d'où ce langage bizarre ?
— Je crois bien que c'est du roumain comme les pseudos nous le laissaient penser.
— Il ne reste plus qu'à faire un rapport à l'adjudant Lemoine. Monsieur Lemoine, s'amusa Gilles.
— Pas moi, dit Olivier, je viens de faire mon taf.
— Quelqu'un pour aller le voir et lui présenter l'affaire ? Bouboule, Flo ?
— Toi Val, intervint Florian, tu le connais bien maintenant et il t'a à la bonne.
— Il va t'engager comme détective, c'est sûr ! s'amusa Bouboule.
— OK, je vous tiendrai au courant. A lundi les gars.