VALENTIN AU COLLEGE

34. RECHERCHE

A quatorze heures précises, les huit se retrouvèrent au niveau de la librairie.
— Ne restons pas tous groupés ici. Juste Gilles Eva le chien et moi, leur dit Valentin.
— Pourquoi ça, nous aussi on veut savoir, s'énerva Florian.
— Bien sûr Flo, je ne veux rien vous cacher mais nous allons essayer de faire renifler la piste de Bouboule par le chien de Gilles et je pense que nombreux comme nous sommes, nous le perturbons. Allez nous attendre sur la place de la mairie, discutez, trouvez des idées.
— Qu'est-ce qu'il a à l'oreille ton chien ? questionna Lucie.
— Flo, explique-lui, hâta Valentin. Il faut commencer. Rassure bien ton chien Gilles, parle-lui doucement. Quand il sera bien calmé, fais-lui sentir le cache-nez de Bouboule.
— Donne-le moi, Eva. Tiens mon chien, sens, sens bien. Allez maintenant, cherche Zoreille, cherche.
Le chien, truffe au sol prit le chemin inverse et se dirigea vers le magasin de fleurs, guettant parfois un encouragement que Gilles lui procurait d'une grattouille sur la tête.
— Il y a erreur, dit Valentin, il suit bien le trajet de Bouboule mais à l'inverse de ce que nous voulons. Arrêtons pendant une minute. Refaisons lui sentir le cache-nez et aiguillons-le dans l'autre sens.
Zoreille docile repartit, s'arrêta devant la librairie et jappa.
— C'est bien, Zoreille, cherche encore ! encouragea Gilles.
Le chien fit quelques zigzag et repartit en trottant jusqu'au feu tricolore du carrefour, stoppé in extremis à la laisse par Gilles.
— Attends mon chien, attends... Voilà, c'est à nous, on peut passer, cherche mon chien.
Zoreille emprunta le passage zébré, s'engagea sur le petit parking de la mairie pour s'arrêter devant une Renault Mégane d'un rouge rutilant. Il sentit dessous, fit le tour plusieurs fois et se mit à japper.
— Qu'est-ce que vous faites autour de ma voiture ? clama une forte voix d'homme.
— Rien de mal monsieur, calma Valentin, rassurez-vous.
— Ne laissez pas cet animal poser ses pattes et ses griffes sur ma carrosserie.
— Soyez sans crainte. Ce serait dommage de rayer une si belle voiture, affirma Valentin avec un léger sourire d'excuse.
— Bon, ça va, vous n'avez pas l'air d'être des voyous.
— Il y a longtemps que vous êtes stationné ici ? s'enquit Valentin avec son air le plus innocent.
— Un quart d'heure, pourquoi ?
— Parce qu'on s'amuse à faire suivre une piste au chien et qu'il s'est arrêté là, c'est tout.
— Ah bon. Poussez vous les enfants, je dois m'en aller.
La voiture partie, le chien se remit à tourner sur place, à sentir le sol, à lever les yeux vers Gilles avant de recommencer.
— Fin de la piste, on est à nouveau dans l'impasse, dit Gilles découragé.
— Non, Gilles, au contraire, ton chien nous a bien aidé. Il vient de nous dire que la piste va jusqu'à une voiture qui était stationnée à cet endroit précis. Cela doit nous redonner espoir ajouta-t-il à l'ensemble des amis regroupés.
— Val, Pauline a peut-être du nouveau, déclara Olivier, vas-y raconte-lui.
— Oui. Vous savez que je mange pas à la cantine du collège ? Chaque jour de la semaine, j'attends ici sur la place le car scolaire de midi pour rentrer chez moi. J'ai remarqué qu'il y a des habitués de l’endroit, en particulier un vieux monsieur qui vient donner du pain et des graines aux oiseaux, il se met toujours sur le banc là-bas. Les moineaux se posent sur ses bras, c'est vraiment charmant. Peut-être a-t-il remarqué quelque chose.
— Il n'est pas là cet homme ?
— C'est à midi que je le vois d'habitude.
— Comment pourrait-on le retrouver pour le questionner ? s'interrogea tout haut Florian.
— Peut-être pourrait-on demander au salon de coiffure là-bas. Il a vue sur la place.
— Tu as raison Lucie, il est possible que quelqu'un sache où habite ce vieux monsieur. Qui va poser la question ?
— J'y vais, se décida Mathilde. Elle se dirigea d'un pas déterminé vers le salon et entra. Les amis sur la place la virent se lancer dans une discussion avec la coiffeuse, peigne en l'air au dessus de la tête d'une dame aux cheveux bleus, puis cette dernière entrer dans la conversation en faisant les gestes tortueux des bras.
Mathilde revint en hochant affirmativement la tête.
— Il s'agit d'un monsieur retraité de la poste, il habite dans le second immeuble de la rue des anciennes vignes et il s'appelle monsieur Berthoux. La dame aux cheveux bleus m'a indiqué le chemin.
— Bravo Pauline, bravo Mathilde, nous avons une nouvelle piste, remercia Valentin. Gilles, qu'est-ce qu'il a ton chien à gratter le goudron du parking. Tu crois qu'il veux nous dire quelque chose ?
— On dirait qu'il gratte des bouts de plastique, observa Olivier. Qu'est-ce que c'est à votre avis ? demanda-t-il en les rassemblant dans sa main. C'est dur, il y a des morceaux arrondis, certains s'assemblent bien, regardez.
— On dirait des bouts de coque de téléphone genre vieux modèle, supposa Florian.
— C'est la couleur de celui de Pascal, bleu très foncé, affirma Eva. C'est là qu'il l'a laissé tomber, qu'il l'a cassé, pleura-t-elle.
— En un sens, c'est plutôt rassurant Eva, tu sais maintenant pourquoi il ne t'a pas répondu et pourquoi son téléphone basculait ensuite directement sur messagerie. Je vais aller avec Pauline voir ce monsieur Berthoux.
— Pourquoi elle et pas nous ? récrimina Florian.
— Parce qu'il connaît Pauline, au moins de vue, et sera tout de suite en confiance avec elle. Je le sais bien Flo que tu veux tout faire pour Bouboule. Je vous tiens au courant par SMS. Rentrez chez vous maintenant. Gilles, tu pourras féliciter Zoreille, c'est un bon chien. Flo, j'aimerais que tu accompagnes Eva jusqu'à chez elle, tu peux ? Allez, on éclate.

— Bonjour monsieur Berthoux, vous me reconnaissez ? demanda Pauline avec son plus charmant sourire tout en rajustant une mèche de ses longs cheveux noirs.
— Oui, vous êtes la demoiselle qui prend le car de midi dix tous les jours de la semaine. — Vous avez l’œil monsieur Berthoux. Je m'appelle Pauline et vous présente Valentin, un ami du collège.
— Bonjour monsieur, dit Valentin en ôtant sa casquette américaine.
— Bonjour à tous les deux, qu'est-ce que je peux faire pour vous ?
— Vous pouvez nous parler des oiseaux, comment faites-vous pour qu'il viennent picorer dans la main ?
— Question de confiance, mademoiselle Pauline, mais entrez seulement.
Les deux adolescents entrèrent, jetèrent un œil au mobilier ancien, aux fauteuils en cuir patiné, aux tableaux représentant de multiples variétés d'oiseaux ornant les murs.
— C'est vous qui les avez peints ? demanda Valentin.
— Bien sûr, regardez, voici deux mésanges : une bleue et une charbonnière, un rouge-gorge, un pinson, un bouvreuil, un chardonneret. Là c'est un bec-croisé, ici un verdier et là-bas une hirondelle des cheminées.
— Vous aimez beaucoup les oiseaux, c'est visible.
— Oui, c'est la première condition pour qu'ils vous acceptent. Pour les moineaux de la place de la mairie, il m'a fallu instaurer un climat de confiance entre eux et moi. Il faut leur donner à manger ce qu'ils aiment, surtout des graines et toujours à peu près à la même heure. Jamais de geste brusque, jamais essayer de les attraper, le moins de bruit possible et beaucoup de patience. Vous aimez les oiseaux ?
— Oui beaucoup et les autres animaux aussi, répondit Pauline.
— Un peu moins les chats quand même, dit finement Valentin.
— Tu as raison mon garçon, ce sont des êtres cruels.
— Vous étiez sur la place de la mairie ce matin vers dix heures ? demanda Mathilde.
— De dix heures à midi un quart tous les jours de beau temps. Pourquoi ?
Valentin sortit son smartphone et fit apparaître la photo de Bouboule.
— Auriez-vous aperçu ce garçon ?
— Montre mieux, dit l'homme en prenant l'iPhone des mains de Valentin et en rajustant ses lunettes... Oui, c'est le garçon qui s'est fait bousculer par une voiture qui se garait en marche arrière. Il a laissé tomber ce qu'il tenait dans les mains et s'est mis à pleurer. Tous mes moineaux se sont envolés.
— C'était grave à votre avis ?
— Non, rassure-toi. Le conducteur est sorti et lui a parlé, puis il l'a emmené vers la librairie et cinq minutes après, il l'a fait monter dans sa voiture et il est parti. Mes oiseaux sont revenus tout doucement.
— Vous vous souvenez de la voiture ?
— Oui, une Audi A4 noire.
— Vous n'auriez pas relevé son numéro de plaque ?
— Non. Attends, je me souviens des deux dernières lettres parce qu'elles étaient marrantes : KK !
Pauline sourit complaisamment, mais Valentin poursuivit :
— Savez-vous le département après les deux dernières lettres ?
— Sûr mon garçon, j'étais postier, alors tu penses ! C'était 69, le Rhône.
— La voiture est partie de quel côté ? enchaîna Valentin.
— En sortant du parking, elle a repris la route vers la ville mais a tourné immédiatement à gauche dans la rue de l'église.
— Après vous ne savez pas ?
— Non, j'avais mes oiseaux.
— Aviez-vous déjà vu cette voiture monsieur Berthoux ?
— KK ! Oui, dit-il en riant, je crois bien, mais quand ? Je ne peux pas dire.
— Une dernière question s'il vous plaît, comment était l'homme ?
— Il avait un costume gris foncé, des lunettes de soleil, cinquante ans peut-être, pas beaucoup plus de cheveux que moi, sourit l'ami des oiseaux.
Valentin jeta un regard vers Pauline qui resta muette.
— Merci beaucoup pour tous ces renseignements, monsieur Berthoux. Nous sommes bien contents d'avoir vu vos tableaux.
— De rien les enfants, c'est bien agréable de discuter avec des jeunes gens polis. Venez me voir place de la mairie.
— D'accord, promis monsieur Berthoux.