VALENTIN AU COLLEGE

36. LA SECTE

« Installez-vous les enfants, » dit l'adjudant Lemoine aux neuf adolescents, « nous allons faire le point de cette aventure. Pascal Boulot, comment se sont passés ces deux jours en observation à l'hôpital ? »
— Pas mal. J'ai eu le temps de lire plein de mangas, tous les copains et les copines m'en ont apportés.
— Je parlais de ta santé, Pascal.
— Oh, ça va. Au début j'avais mal à la tête et j'étais tout bizarre. Une infirmière m'a fait une prise de sang. Un docteur m'a examiné de partout et m'a donné un comprimé pour dormir. Le lendemain matin j'allais beaucoup mieux.
— Tu te rappelles bien tout ce qui s'est passé ?
— Non, pas tout. Juste que j'ai cassé mon téléphone quand la voiture m'a bousculé. Elle était chouette la bagnole mais moi j'étais en colère et je crois même que j'ai chialé pour mon téléphone. Alors le monsieur m'a donné de l'argent pour s'excuser, pour que j'achète ce que voulais. Il m'a ensuite emmené chez lui en voiture pour me donner un iPhone. Moi je voulais bien vous pensez ! Chez lui, j'ai bu du jus de fruit et puis... et puis j'me rappelle plus.
— L'analyse de sang a confirmé que tu avais absorbé du GHB dans ta boisson puis de la scopolamine. Tu te rappelles ma conférence sur les drogues ? Le GHB est une drogue qui empêche de se souvenir de ce qui s'est passé.
— Et l'autre, là, la scotamine ?
— La scopolamine détruit ta volonté et te soumet à l'autorité des autres.
— Ben dis donc ! Vous avez bien fait de me retrouver à temps. Comment ça s'est passé ?
— Tous tes amis ici présents ont participé à ton sauvetage. Ils auraient bien mieux fait de nous avertir immédiatement plutôt que de mener leur enquête privée, mais enfin... Ils vont te raconter.
Valentin prit la parole :
— Tout a commencé par un coup de téléphone d'Eva, elle m'a prévenu que tu avais un retard d'une demi-heure à votre rendez-vous et qu'elle était inquiète que tu ne lui répondes pas. Je sais bien que ce n'est pas ton habitude d'être en retard et sans son appel, nous n'aurions pas eu le temps de récolter tous les renseignements qui ont permis de te retrouver.
Bouboule se leva et alla déposer un baiser sonore sur la joue écarlate de la fille.
— Merci Eva, dit Pascal avec un début de larme au coin de l’œil.
— Nous avons collecté le maximum de renseignements, d'abord Florian qui a obtenu le premier indice : ton passage devant la fleuriste, ensuite Olivier qui t'a pisté à la librairie. Gilles grâce à son chien Zoreille et à ton cache-nez fournit par Eva nous a conduit jusqu'au parking de la mairie où Olivier a trouvé les débris de la coque de ton téléphone. Pauline qui a eu l'idée géniale de l'homme aux oiseaux, celui qui avait vu la scène de l'Audi, Mathilde qui a obtenu l'adresse de l'homme aux oiseaux, Lucie qui a récolté le témoignage du jardinier qui a permis de localiser le hameau du Bouclet où tu étais retenu, Lucie encore qui a sacrifié son téléphone pour toi et Florian qui a pris le risque d'immobiliser l'Audi.
Florian prit la parole autoritairement :
— Bientôt Valentin va nous faire croire qu'il n'est pour rien dans tout ça ! C'est lui qui a tout coordonné, qui a reconstitué la photo de l'Audi, qui m'a freiné quand je voulais foncer et tout casser et qui a pris le maximum de risques en se faisant volontairement kidnapper.
Bouboule éclata en sanglots.
— C'est grâce... à vous... que je... suis encore... vivant...
Tous se levèrent en même temps, vinrent entourer Bouboule, lui donnèrent des tapes amicales sur la tête et les épaules. L'adjudant Lemoine laissa intelligemment l'atmosphère s'alléger avant de reprendre la parole.
— Je vais te dire à quoi tu as échappé, Pascal. Tu t'es fait kidnapper par un homme qui se fait appeler James Ryan mais qui s'appelle en réalité Paul Duval. Une fois arrêté - grâce à Valentin - il n'a fait aucune difficulté pour reconnaître le fait qu'il appartenait à l’Église du Soleil Vivant, une secte en réalité, qui est basée au Guyana, un pays d'Amérique du sud au nord du Brésil...
Valentin interrompit l'explication de l'adjudant :
— J'ai pensé à une secte quand le libraire a décrit la gourmette en or de ce type. Il a dit qu'elle représentait un soleil gravé à la place habituelle du prénom. Quand, dans la maison du Bouclet, je l'ai entendu téléphoner et parler de petits soleils, j'ai immédiatement fait le rapprochement avec sa gourmette et celle du squelette enterré que nous avions découvert en testant le détecteur de métaux d'Olivier. Elle aussi représentait un soleil, m'avait dit l'adjudant Lemoine. Vous pensez qu'on va pouvoir mettre un nom sur cette personne mon adjudant ?
— C'est probable maintenant que nous tenons le responsable de la secte en France. Pour enlèvement et séquestration de mineur, il est à l'ombre pour pas mal d'années. Il voudra peut-être soulager sa conscience et alléger la peine encourue en déballant tout ce qu'il sait. Bon, maintenant les enfants, regardez bien !
L'adjudant ouvrit un tiroir de son bureau, en sortit une arme.
— Ceci est un Sig Sauer, pistolet qui équipe la gendarmerie. Il éjecta le chargeur, manœuvra la culasse, sortit une balle du chargeur. C'est une arme létale, mortelle si vous préférez. Il éleva la balle au dessus de l'assemblée attentive. Une balle comme celle-ci est faite pour tuer ET IL N'Y A PAS QUE LES GENDARMES QUI EN POSSÈDENT ! asséna-t-il. Les voyous, les truands, les trafiquants, les mafieux, les gangsters, les terroristes, ça existe, et beaucoup en sont équipés. Je ne vous parle pas des pistolets mitrailleurs ni des armes blanches. S'attaquer à des malfaisants, c'est s'exposer à recevoir une balle. Je dis ceci pour toi, Valentin. Tu n'écoutes que ton bon cœur et tu prends beaucoup trop de risques. Nous sommes là pour agir à votre place, ne l'oubliez jamais ! Maintenant, je veux quand même vous remercier. Depuis sept mois, le pourcentage d'affaires élucidées par ma brigade est monté en flèche et je suis proposé, un peu grâce à toi Valentin, pour le grade supérieur d'adjudant-chef.
Valentin commença à applaudir d'abord lentement puis de plus en plus vite, rejoint par l'assemblée des copains debout. Des cris s'élevèrent : bravo ! Bravo ! Vive l'adjudant ! Les brigadiers Guimard et Dufournet inquiets passèrent la tête par la porte du bureau.
— Tout va bien, tout va bien ! rassura l'adjudant. Bon, allez, j'ai du travail maintenant. Au revoir les enfants, et rappelez-vous, hein ?

Une fois dehors, Valentin s'adressa à Bouboule. — Il va falloir te trouver un autre téléphone maintenant. — Pas la peine les amis, répondit Bouboule hilare, regardez ce que j'ai retrouvé dans ma poche : quarante deux euros ! Il a oublié de me reprendre la monnaie à la librairie ce nul. Avec ça et mes économies, je vais pouvoir m'en acheter un chouette d'occasion !