VALENTIN AU COLLEGE

9. CONSEIL DE GUERRE

Assis dans l'herbe couverte de feuilles jaunies au pied des grands peupliers limitant la cour du collège, Valentin et ses amis profitaient de la douceur de l'été de la Saint Martin.
— Et toi Valentin, qu'est-ce que tu as fait pendant les vacances de Toussaint ?
— Mes grands-parents m'ont fait visiter ma famille française que je n'avais jamais vue sauf par Skype quand j'étais en Australie. Nous avons également fait le tour des cimetières. Mon grand-père dit que c'est important de connaître ses racines. Mais je n'aime pas bien parler de moi. Y a-t-il quelque chose de nouveau concernant le collège ?
— Rien de particulier, répondit Florian, sauf qu'il y a toujours le problème des Thénardier.
— Oui, j'ai eu le temps d'y penser pendant les vacances. Si nous ne faisons rien, un jour ils nous tomberont dessus, enfin surtout sur moi. Il va falloir trouver des idées pour les contrer. Tout d'abord nous devons comprendre comment ils fonctionnent. A mon avis, les gens comme eux mettent leur fierté dans leur force.
— C'est exactement ça, renchérit Gilles : « Moi je suis meilleur que toi, non c'est moi, non c'est moi ! » Vous voyez le genre. Il n'y a que cela qui compte pour eux. Ils réfléchissent avec leurs poings.
— D'accord avec toi, Gilles. Pour pouvoir les contrer, il nous faut connaître leurs habitudes, leurs copains, leurs loisirs, ce qu'ils aiment et ce qu'ils n'aiment pas.
— Donc il faut qu'on se renseigne sur eux, qu'on les espionne quoi, fit Bouboule.
— Tu as tout compris. Qu'est-ce qu'on sait sur les Thénardier ?
— Le Tony aime le basket, commença Gilles.
— Oui, et ses frangins aussi, je les vois souvent au terrain junior, compléta Florian.
— Ils aiment bien faire les coqs devant les gos, affirma Florian.
— C'est quoi un go ? s'étonna Valentin.
— UNE go ! s'amusa Olivier. Une go c'est une meuf, une fille quoi ! Non, moi je crois que ce qu'ils préfèrent, c'est faire les cadors sur le Slider de Dylan.
— Combien vaut un engin comme le leur ? s'enquit Valentin.
— Oh ça vaut bien plus de deux mille euros, répondit Olivier.
— Les parents des Thénardier sont riches ?
— T'es fou, leur père est au chômedu et leur mère fait des ménages.
— Comment ont-ils fait pour acheter un tel engin ?
— Je pense qu'il l'a eu d'occase, continua Olivier, mais même comme ça, c'est plus de mille !
— Je pense qu'il fait le chouf, intervint calmement Bouboule, à nos âges on ne peut pas se faire autant de fric autrement.
— Explique-moi, Pascal. Vous employez tous des mots que j'ignore !
— Chouffer, c'est faire le guet pour les grands.
— Oui, mais guetter qui et pour faire quoi ?
— Tu débarques ?
— De Korumburra. Tu ne connais pas ?
— Ben non !
— Australie, état de Victoria, cent vingt kilomètres au sud-est de Melbourne, cinq mille habitants. Alors, pourquoi guetter ?
— Pas ici, mais en ville, il y a des trafics d'herbe, de cannabis si tu préfères, et d'un tas d'autres choses pas très autorisées. Les dealers ont besoin de guetteurs pour les avertir si les flics se pointent. Un guetteur, un chouf quoi, peut se faire cinquante par jour.
— OK, je comprends. Dis-donc, tu n'en a pas l'air mais tu en connais des trucs !
Pascal Boulot dit Bouboule en rougit de plaisir.
— C'est que j'ai l'air de rien, on ne se méfie pas de moi mais j'ai la bonne oreille.
— Tout de même, on ne peut pas balancer ! reprit Olivier. Pour l'instant ils ne nous ont rien fait.
— Il n'est pas question de dénoncer mais de se servir de leurs points vulnérables. Nous allons garder l'info de Pascal comme argument, comme j'ai utilisé la menace de publier une vidéo compromettante sur Facebook pour neutraliser Tony.
— Alors qu'est-ce qu'on fait ? s'inquiéta Gilles.
— Qu'est-ce qu'il y a d'autre que l'on pourrait utiliser contre eux ? s'enquit Valentin.
— Je repense au Slider de Kevin. Il fait souvent le malin avec. Des dérapages, des roues arrières, plat ventre sur la selle…
— Il prend ses risques mais pas d'intérêt pour nous ! Quoi d'autre ?
— Je crois qu'il lui arrive de faire des rodéos la nuit avec ses potes de la cité, hasarda Florian.
— Là je crois que nous tenons quelque chose. Il suffirait que les gendarmes ou les policiers municipaux passent par hasard à ce moment là.
— Non Val, si on balance et que ça se sait, on est grillé dans le collège. Là je ne marche pas, interjeta Gilles, approuvé par les hochements de tête des autres.
— Pas d'inquiétude Gilles. Florian, donne-moi tous les renseignements que tu as sur ces rodéos. Où, quand, comment, avec qui, tout ce que tu sais, je me chargerai du reste.