VALENTIN ET COMPAGNIE

6. SOUS LA TENTE

Tous deux allongés sur le dos sur leurs matelas pneumatiques, têtes du côté de l’ouverture de la tente, Florian et Valentin se laissaient pénétrer par la beauté du couchant. Le ciel lentement s’assombrissait tandis que la brillante Vénus et Mars la rouge s’allumaient dans le ciel.
Quand la nuit fut installée, Florian se mit à raconter à son ami les interventions de Bouboule lors de l’altercation entre Max le moniteur et ses parents.
— Il est d’une finesse ce Pascal ! commenta Valentin. Sans qu’il puisse directement les lui reprocher, ses remarques ont mis Max en position d’infériorité par rapport à tes parents.
— J’espère qu’Eva et lui ne vont pas se faire punir. Et toi, qu’est-ce que tu as fait ? Comment vois-tu la suite des opérations ?
— Un, il faut faire cesser ce trafic qui utilise nos copains, deux il est nécessaire que ces malfrats soient mis hors d'état de nuire et trois j’aimerais que Bouboule récolte la gloire d’avoir tout découvert.
— C’est pas gagné tout ça !
— Si ! Tout à l’heure devant tes parents, je n’ai pas dit grand-chose sinon que je me suis laisser aller à mon dada qui est de faire des photos, mais en réalité je suis resté longtemps caché à observer.
Je te raconte : j’avais pressenti que le mono allait s’absenter et deviné la direction qu’il allait logiquement prendre. Je l’ai précédé et j’ai vu et photographié l'homme que j'ai supposé être son complice, j’ai fait une photo de la voiture utilisée avec son numéro de plaque. J'avais tout bon, le Max est venu directement vers cette voiture. Il s’est carrément fait agonir par l’autre pour la raison que tu connais et ils doivent se revoir demain à quinze heures.
— Encore au lac ?
— Non, dans leur conversation j’ai entendu « en bas » donc à Morgins très probablement. Comme je pense qu’il ne veut pas franchir seul la frontière, son équipe de colons va être obligée d’aller avec lui. Quelle distance y a-t-il de Chatel au village suisse ?
— Je dirais quatre kilomètres.
— Une petite heure de marche pour le groupe donc... Oui, c’est bien cela. A son complice, il a objecté que quatorze heures comme heure de rendez-vous, ce n’était pas possible. Je comprends, cela aurait obligé la colonie a finir le repas à treize heures et donc dérangé toute l’organisation des Marmottes pour une simple balade qu’ils ont sûrement déjà faite à mon avis, cela aurait semblé bizarre.
— Pourquoi ont-ils un second rendez-vous ?
— Pour une nouvelle livraison.
— Mais le premier lot de marchandise est toujours planqué dans la montagne !
— Exact, donc il va être obligé de se réapprovisionner, raisonna Valentin.
— Alors il va s’absenter de la colo !
— Bien vu, et ce sera obligatoirement demain matin puisque la livraison doit avoir lieu demain après-midi, à moins qu’une autre personne ne vienne le livrer directement à la colonie mais je ne pense pas, trop risqué.
— Donc il a un autre complice.
— J’en suis sûr ! Mais bien difficile à repérer...
— Par rapport à Bouboule, qu'est-ce qu'on décide ?
— Il doit se poser plein de questions sur ce que nous avons fait, sur la suite des évènements et sur ce qu'il doit faire. Je pense qu'il va entrer en contact avec nous. Si son moniteur s'absente, il nous le signalera aussitôt.
— Et Christiane, la monitrice, tu crois qu'elle est dans le coup ? demanda Florian.
— Ah, elle s'appelle Christiane... Non, je ne pense pas qu'elle soit mêlée à tout ça. Elle est dominée par son collègue, c'est sûr mais je ne la crois pas complice.
— Elle semble bien aimer les jeunes de son équipe. Elle s'est tout de suite montrée rassurante avec Eva. Pourquoi tu penses qu'elle n'est pas complice ?
— Parce qu'elle n'était pas du tout paniquée par la disparition du sac tandis que le Max a immédiatement montré une certaine fébrilité.
— Une quoi ?
— De la nervosité, de l'énervement, de l'inquiétude, il semblait plus concerné par l'affaire du sac d'Eva que la monitrice d'Eva.
— Je suis étonné que Bouboule ne se soit pas manifesté depuis.
— Moi aussi. Il doit y avoir une raison à cela.
— Par exemple ?
— Il est peut-être suspect aux yeux de Max à cause de ses interventions et il se fait discret, ou bien leurs activités ne lui ont pas laissé le temps. Ils ont veillée ce soir.
— Mais à cette heure-ci, ils sont dans leur dortoir, non ? Il pourrait nous envoyer un message !
— Peut-être que son téléphone est déchargé.
— Pas d'accord, dans ce cas il se servirait de celui d'Eva.
— Tu as raison.
— Et si le mono avait confisqué les appareils pour la nuit ?
— Très bonne remarque Flo. Le moniteur, sous prétexte d'obliger les colons à dormir, récupère tous les portables et en profite pour vérifier les courriels et les textos.
— Si c'est le cas, on a bien fait de prendre toutes les précautions pour lui écrire et de ne pas faire de commentaires sur la journée.
— Oui, et toujours dans ce cas, Bouboule nous contactera demain matin.
— Un peu tard pour coincer les trafiquants.
— Oui encore, c'est à nous d'agir et il faut le faire maintenant.
— Essayons de contacter la gendarmerie locale, il doit bien y avoir un poste dans la région, attends, je fais une recherche internet... Ah, voilà... Ils disent d'appeler le 17... Flûte, ouvert jusqu'à dix neuf heures seulement.
— Attends, je vais faire comme d'habitude, je vais tout de suite prévenir l'adjudant-chef Lemoine sur son téléphone personnel par courriel. Lui saura comment faire et qui il faut mobiliser. Je rédige le message, interviens si tu penses à quelque chose.
« Bonsoir monsieur Lemoine, »
— Tu ne lui donne pas son titre ?
— Pas quand j'utilise son numéro privé. Je continue :
« Un moniteur de la colonie de vacances les « Marmottes » à Châtel, prénommé Max utilise à leur insu les colons pour passer de la drogue en Suisse (cannabis et cocaïne). Nous avons pu subtiliser une livraison que nous avons cachée dans la montagne (en Suisse) à l'endroit précis qu'indiquent la capture d'écran et la photo que je joins. Je vous adresse en outre une autre photo, celle de la voiture de son complice suisse et une courte vidéo sur laquelle on voit les deux hommes. La prochaine livraison est prévue demain à quinze heures dans le village suisse de Morgins. Je n'ai pas d'autres précisions. C'est grâce à trois de mes bons amis que je peux vous révéler cette affaire. Merci d'agir très vite.
Votre dévoué Valentin. »
Qu'est-ce que tu en penses ?
— Très bien mais tu ne cites pas nos noms ?
— Quand il me demandera des détails. C'est bon, j'expédie le mail ?
Approuvé par un hochement de tête de Florian, Valentin effleura le mot « Envoyer » sur son écran. Un discret bruit de glissement accompagna le départ du courrier électronique.
— Très bien. On ne peut rien faire de plus, non ? chercha Florian.
— Si, aller en Suisse observer la suite des évènements, mais il y a un problème de taille.
— Tu penses à quoi ?
— Nous sommes mineurs et ne pouvons pas franchir la frontière sans être accompagnés d'un adulte responsable. Tu pourrais convaincre tes parents de nous emmener faire un tour à Morgins ?
— Je n'en suis pas sûr du tout, ils ont promis à Chloé de faire quelques descentes en luge d'été...
— Aïe !
A cet instant, le smartphone de Valentin émit deux notes annonçant l'arrivée d'un nouveau courriel.
— Je pense que c'est la réponse de Lemoine... Oui, c'est ça, il dit « Merci mais arrêtez toute action, je prends la suite. A demain, Ac L »
— C'est quoi Ac L ? interrogea Florian.
— Adjudant chef Lemoine, bien entendu. En indiquant son grade, il veut probablement dire qu'il reprend sa fonction de gendarme.
Les deux notes du smartphone de Valentin retentirent à nouveau.
— C'est encore de Lemoine, il dit « Où êtes-vous ? » Je pense que c'est dans le but de nous contacter dès demain pour nous tenir au courant car il a peur que, sans nouvelles, nous prenions d'autres initiatives. Demain je lui donnerai les noms de Bouboule, d'Eva et bien sûr le tien. Je lui réponds :« Camping »