VALENTIN ET SES COPAINS

18. NATATION

La 306 du père de Florian s'arrêta devant le domicile des parents de Gilles. Florian n'eut pas à descendre, Gilles et Valentin étaient prêts et guettaient leur arrivée. Ils jetèrent leurs sacs dans le coffre et s'installèrent sur les places arrières.
— Bonjour monsieur, salut Florian, dit Valentin, imité en écho par son ami Gilles.
— Bonjour, vous avez tout ?
— Nous sommes parés, répondit Gilles.
— L'eau est à dix neuf degrés, j'ai mesuré la température au port ce matin. Elle sera peut-être un peu plus fraîche sur la rive est, de l'autre côté du lac.
— Pourquoi ça ? demanda Gilles naïvement.
— Parce que l'autre rive reçoit le soleil plus tard le matin, tiens donc !
— Et c'est plus profond, donc ça chauffe moins vite, appuya le père de Florian, je compte sur vous pour ne pas faire les sots, je vais vous laisser seuls pendant plus d'une heure.
— Soyez tranquille, rassura Valentin.
La voiture roulait calmement sur la route du tour du lac, le printemps déjà bien avancé, avait été exceptionnellement doux, les arbres avaient tous leurs feuilles. Quelques pêcheurs, cannes dressées appuyées contre les rambardes patientaient, des piques-niqueurs en avance occupaient les minuscules plages herbeuses, un peintre amateur immortalisait sur sa toile l'écrin de montagnes magnifiant le lac. Les trois amis, pourtant habitués à l'exceptionnel paysage étaient muets d'admiration. Dix minutes plus tard, la 206 freina et s'immobilisa sur un minuscule terre-plein de la rive est.
— Il est un peu plus de onze heures, je repasse vous prendre ici vers midi quinze, midi trente, d'accord ?
— Entendu p'pa. A tout à l'heure.
— On nage jusqu’au ponton là-bas ? demanda Florian.
— D’accord mais je ne fais pas la course, répondit Gilles pendant que Valentin affichait un sourire moqueur, c’est tout le temps toi qui gagne !
— Il y a à peu près cinquante mètres à nager, laisse-lui quinze mètres d’avance, suggéra Valentin, je fais l’arbitre.
— D’accord !
— Vas-y, Gilles, démarre.
Gilles partit d’une brasse précipitée, trop cambrée pour être efficace.
— Je vais me placer à l’arrivée, à toi Flo. Top !
Florian s’élança à son tour , glissant dans l’eau d’un crawl presque parfait. Valentin, martyrisant ses pieds nus sur les cailloux de la berge, se hâta vers le ponton. Quand il arriva au but fixé, Gilles n’était plus qu’à cinq mètres et Florian fondait sur lui.
— Top pour Gilles, top pour Flo ! Gilles vainqueur ! clama Valentin toujours moqueur.
— Tu vois Gilles que tu peux gagner, haleta Florian en réalisant un rétablissement simultané des deux bras pour s’installer sur le ponton. Qu’est-ce qu’il a à bringuebaler comme ça celui-là ?
— En effet il bouge ce ponton, confirma Gilles qui toujours dans l’eau s’y tenait d’un bras.
— Donne la main, je te hisse, proposa Florian. Oh mais qu’est-ce que tu as sur la poitrine, tu es bien gras.
— Dis tout de suite que je suis gros !
— Mais non, touche ta peau !
— Flûte ! Tu as raison. Mais qu’est-ce qui m’arrive ? On dirait de l’huile.
— Regardez, dit Valentin, il y a comme une tache irisée sur l’eau là-bas, j'ai l'impression que cest une pollution au gazole. Tu as nagé en plein dedans mon pauvre Gilles. Attends, je vais chercher nos sacs et nos habits, j’ai un paquet de mouchoirs, tu pourras t’essuyer.
— Une pollution au gazole dans le lac le plus pur de France ! Il y en a qui sont vraiment dégueulasses ! On devrait interdire les bateaux à moteur : rien que des voiliers, des canoës, des paddles, dit Florian.
— Et comment tu ferais du ski nautique, hein ?
— Ah oui, tu as raison.
— Tenez, voilà vos affaires, et des mouchoirs pour toi Gilles. Oh mais c’est bien vrai qu’il bouge ce ponton, c’est normal ?
— La dernière fois que je suis venu nager ici, c’était en septembre, il ne bougeait pas d’un centimètre, répondit Florian.
— Alors pourquoi maintenant ? Il n’a sûrement pas été beaucoup utilisé depuis, pensa tout haut Valentin en se couchant sur les planches pour examiner les pieux de soutènement. Ah, et bien voilà, j’ai compris, ces deux piquets semblent tordus juste sous l’eau. Bon, je me mouille, dit-il en descendant avec précaution sur les grosses pierres du bord de l’eau.
Il fit deux brasses puis se laissa couler au niveau des piliers soutenant le plancher du ponton. Au bout de cinq secondes il remonta et cligna fortement des paupières pour chasser l’eau résiduelle brouillant sa vue.
— Flo, prête-moi tes lunettes de natation, j’y vois tout flou sous l’eau.
— Prends plutôt mon masque de plongée, c’est plus efficace pour voir. Il est dans mon sac, je te le donne tout de suite, proposa Gilles.
Valentin mouilla l’intérieur du hublot pour éviter la buée, le fixa sur sa tête, respira plusieurs fois à fond et se laissa submerger. Il suivit le pieu le plus près de la berge jusqu’à son ancrage au fond du lac et remonta lentement. A soixante centimètres sous le niveau de l’eau, il remarqua un enfoncement du bois exactement au niveau d’une brisure partielle du poteau. Il remonta, respira à nouveau profondément, nagea vers le poteau suivant et replongea. Il repéra un enfoncement semblable mais plus marqué encore. Le poteau n’avait plus la rectitude nécessaire à son office mais présentait une angulation et quelques esquilles de bois à l’opposé de l’enfoncement. Il fit la même manœuvre pour le troisième et dernier soutien du ponton mais sans rien remarquer cette fois. Valentin revint vers le premier poteau, s’oxygéna à nouveau, exécuta un superbe plongeon en canard qui le conduisit directement au fond, à près de trois mètres sous la surface. Il examina la fond caillouteux du lac, saisit un objet brillant et remonta.
— Alors Val, qu’as-tu trouvé ? s’enquit Gilles.
— Effectivement il y a deux poteaux enfoncés, abîmés et j’ai repéré ceci au fond de l’eau répondit-il en tendant l’objet qu’il tenait dans la main.
— Qu’est-ce que c’est, un bout de verre ? demanda Florian.
— Non, c’est plutôt du plastique épais transparent.
— Montre, dit Gilles en saisissant l’objet. C’est du polycarbonate ! affirma-t-il.
— Comment connais-tu ça ? s’étonna Florian.
— C’est ce que mon père a dit quand il a laissé tomber et cassé le récipient du robot ménager, c’était la même matière, légère et transparente.
Valentin repositionna le masque de plongée sur son visage et refit le même plongeon en canard. Une nouvelle exploration plus attentive lui fit découvrir d’autres bouts de plastique transparent qu’il récupéra avant de remonter.
— Bonne pioche ? demanda Gilles.
— D’autres morceaux du même objet, répondit Valentin. Je cherche ce que c’est.
Il resta silencieux quelques instant puis son visage s’éclaira :
— Ça y est, j’y suis, mais je veux encore vérifier quelque chose.
Valentin s’éloigna sur la route du côté de l’enfoncement du ponton et revint courbé en avant, les yeux sur le revêtement de la voie. Il examina plus attentivement encore le petit bas-côté herbeux. Il resta un instant immobile, pensif, l’air soucieux, puis déclara :
— Il faut que je passe un appel.
— Tu ne veux pas nous dire ? implora Gilles.
Pour toute réponse Valentin sourit. De son sac à dos il sortit son smartphone et composa le numéro du portable personnel de l’adjudant-chef Lemoine.
— Allô ? Bonjour mon adjudant-chef... Oui, c’est moi... Oui, je vais bien... Pourquoi je vous appelle ? Cette nuit ou plutôt ce matin il y a eu un accident... Rive est, trois kilomètres après le bout du lac côté sud. Oui, bien sûr je, enfin nous restons sur place... Gilles et Florian... D’accord, heu il faudra au moins un plongeur professionnel et un camion muni d’un treuil. Non, il n’est pas possible de voir quoi que ce soit de la rive. Comment nous... heu, simple déduction de ma part... Dans un quart d’heure ? C’est entendu, nous allons nous faire bronzer en vous attendant.
Valentin étala sa serviette et s’allongea sur le ponton branlant imité par ses deux amis. Au bout de cinq minutes, rien ne sortant de la bouche de Valentin, Gilles pressa :
— Alors, tu nous dis ?
— Dans un dix minutes vous saurez tout, mais vous en avez vu autant que moi, faites vos déductions.
— Moi je pense qu’un hors-bord a cogné le ponton, hasarda Florian en s’agitant pour le faire bouger.
— Je crois plutôt que c’est la forte tempête de vent du sud du mois de février, celle qui a soulevé d’énormes vagues qui a tout abîmé, et toi ? essaya encore Gilles en regardant Valentin.
— Il faut tenir compte de tous les éléments avant de faire une hypothèse qui tient la route, répliqua Valentin sibyllin.
— Qu’est-ce qu’on a oublié ? demanda Florian.
— Pourquoi as-tu dit au téléphone que c’était ce matin ? questionna Gilles.
Valentin sourit encore et levant un doigt, il prononça :
— Écoutez, c’est la sirène deux tons de la gendarmerie, ils ont fait vite ! Vous allez tout savoir.

La voiture de la gendarmerie s’arrêta sur un petit terre-plein de l’autre côté de la route du tour du lac au niveau des trois amis. L’adjudant-chef Lemoine en descendit accompagné du brigadier Guimard.
— Voilà nos petits gars du village ! s’exclama l’adjudant-chef, vous êtes loin de vos bases ! Ne me dites pas que vous avez traversé le lac en nageant !
— Nous sommes venus en voiture, expliqua Florian.
— En voiture ! s’étonna le gradé en regardant autour de lui.
— Oui, mais pas en conduisant, s’amusa l’adolescent.
— Le père de Florian avait à faire au village suivant, il nous a déposés. Il nous reprend d’ici à peu près une demi-heure, expliqua Gilles.
— C’est un bon endroit pour nager, bien tranquille, continua Florian.
— Faites très attention, l’eau est vraiment profonde dans ce secteur.
— Vous savez, répondit Valentin, je mesure un mètre soixante, comme mes amis à peu près, alors qu’il y ait deux mètres ou quinze mètres, je ne vois pas la différence.
— Tu n’as pas tout à fait tort.
— Il a déjà nagé dans la mer de Corail, heu... là-bas... très loin alors ce n’est pas notre petit lac qui va lui faire peur, argumenta Florian.
— Et Florian est le meilleur de la classe et peut-être de tout le collège en natation. Moi, je me débrouille en brasse, donc ça ne craint rien, compléta Gilles.
— Bon si vous m’expliquiez pourquoi vous m’avez appelé ? C’est quoi l’accident dont tu parlais ? demanda Lemoine en fixant Valentin.
— Regardez le ponton, il est tout déglingué, fit Florian en faisant osciller la construction en planches.
— C’est pour un ponton branlant que tu m’as dérangé Valentin ?
— Je ne vous pas appelé pour la conséquence mais pour la cause. Je vous explique : Florian et Gilles ont fait une course avec handicap de la pointe là-bas jusqu’à ce ponton...
— Même que j’ai gagné, appuya Gilles.
— Quand Florian est monté sur le ponton, celui-ci bougeait beaucoup, ce qui n’est pas normal. Ensuite, quand Gilles l’a suivit, nous avons remarqué que notre copain était tout huileux, il avait traversé une petite nappe de carburant en nageant avant d’arriver au ponton. J’ai fait à pied le trajet inverse de leur course et j’ai vu comme une nappe irisée à la surface presque à la pointe. Ensuite, je suis allé sous l’eau examiner les poteaux de bois soutenant les traverses du plancher et j’ai remarqué sur chacun une partie enfoncée coté extérieur et une brisure très fraîche et nette à l’intérieur, la plus éloignée étant un peu plus basse que l’autre. Avec le masque de Gilles, je suis allé voir au fond de l’eau et j’ai trouvé des morceaux de plastique transparents.
— Du polycarbonate, compléta Gilles.
— J’ai tout de suite pensé à des brisures de protège-phare de voiture. C’est une auto qui a percuté et cassé les piliers en bois et qui a brisé au moins un de ses phares avant. Je pense que la voiture allait vite pour démolir des piquets aussi solides. Je pense qu’il n’y a pas longtemps que cela s’est produit.
— Qu’est-ce qui te permet d’affirmer ça ? questionna Gilles.
— Pas de dépôt gluant du tout sur ces morceaux de plastique qui sont bien brillants à la différence des cailloux du fond qui sont recouverts de micro-algues. J’ai donc supposé qu’une voiture était tombée dans le lac en percutant le ponton, les débris transparents pouvant être des morceaux de protection de phares. J’ai d’abord pensé à un accident bien sûr, mais comme il n’y a aucune trace de freinage sur la route, soit le conducteur a eu un problème très grave de santé, soit la voiture a été volontairement projetée dans le lac.
— Tu n’as pas dis que cet accident a eu lieu cette nuit ou ce matin ? Qu’est-ce qui te permet d’affirmer ça ? demanda l’adjudant-chef.
— Pour une deuxième raison : j’ai regardé attentivement l’herbe du bas côté et j’ai remarqué deux endroits où elle est aplatie et dans l’herbe encore couchée, j’ai vu un escargot complètement écrasé mais pas du tout desséché. J’imagine que le véhicule allait vite, est sorti de la route, a plongé, heurté et brisé deux poteaux de soutènement du ponton avant de couler. La tache de gazole que Gilles a traversée en nageant provient de la voiture. Malgré l’absence de vent, cette nappe a dérivé jusqu’à la pointe. Si une voiture est tombée à l’eau ici, elle n’a pas pu tenir sur le fond très en pente et a dû faire plusieurs tonneaux sous l’eau avant de trouver un endroit plus plat ou un rocher pour l’arrêter.
— Mais alors, l’auto est peut-être encore là, dit Florian. Il scella en les compressant sur ses yeux ses lunettes de natation, il faut que j’aille voir.
— Je t’interdis... cria le gradé mais Florian était déjà au bout du ponton branlant. Il exécuta un superbe plongeon légèrement carpé qui le fit descendre à pic. Pendant de longues secondes un chapelet de bulles remonta à la surface. Anxieux, Valentin demanda :
— Tu crois qu’il peut descendre profond ?
— Il est capable de descendre à six mètres qu’il m’a dit un jour. Mais tout de même, je trouve qu’il reste bien longtemps... répondit Gilles.
— Le voici qui remonte. Alors Flo ?
— Attends... répondit-il en reprenant son souffle. Je suis descendu à six ou sept mètres... c’est mon record… j’ai vu la forme d’une grosse voiture sombre... je pense que c’est une BMW.
— Il y a quelqu’un dedans ? demanda l’adjudant-chef.
— Je ne sais pas, j’ai seulement pu voir qu’elle est couchée sur le côté, le dessous vers le ponton et que l’avant semble enfoncé.
— Mon adjudant, s’il y a quelqu’un dedans, il doit se trouver au volant, donc du côté gauche, Florian pouvait difficilement le voir, argumenta Valentin.
— Tu n’as pas pu lire la plaque d’immatriculation ? hasarda le brigadier Guimard.
— Non mais je peux peut-être descendre plus profond, j’y retourne, proposa Florian.
— Hors de question ! Sors de l’eau tout de suite mon garçon, tu en as déjà trop fait. Brigadier, appelez un camion treuil et un plongeur. Vous ne pouvez pas rester là les enfants, ce ne sera pas un spectacle pour vous.
— D’abord nous ne sommes plus des enfants et ensuite nous sommes obligés de rester, mon père doit nous reprendre ici. Désolé mon adjudant-chef, refusa Florian.
— Il n’est pas certain qu’il y ait quelqu’un dans la voiture, reprit Valentin et puis rappelez-vous, Gilles et moi avons déjà vu un mort.
— Ce n’est pas une raison ! Comment cette voiture serait-elle tombée au lac, selon toi ? demanda Lemoine.
— Trois hypothèses, la première : le conducteur a hélas voulu se suicider, la deuxième : il a eu un malaise, il a perdu connaissance et donc le contrôle de sa voiture, troisièmement : le chauffeur a volontairement précipité le véhicule dans le lac. Dans ce dernier cas, il n’y aura personne derrière le volant.
— Sur quoi te bases-tu pour affirmer tout ça ?
— Pas de traces de freinage sur la route ! Dans le cas d’un simple accident, il y aurait des marques sur le goudron, le chauffeur aurait freiné, même au dernier moment et cela serait visible.
— J’aurais abouti à la même conclusion. Nous n’allons pas tarder à le savoir. Où en êtes-vous brigadier ? reprit-il d’une voix forte.
— Les pompiers spécialisés sont en route ! cria l’intéressé depuis le véhicule de la gendarmerie.
— OK. Faites la circulation, pas de curieux, pas de badauds, pas de stationnement de voiture !
— Dis Val, pourquoi quelqu’un aurait-il jeté volontairement sa voiture dans le lac, surtout une auto aussi chère ? demanda Gilles.
— J’imagine plusieurs raisons : faire disparaître une voiture volée ou recherchée, effacer des traces ou des preuves, faire croire à une disparition...
— Dans ce cas, il ne l’aurait pas jetée contre le ponton ! C’est bien ça qui a permis de la repérer.
— Il ne pensait peut-être pas toucher en tout cas pas démolir le ponton, une grosse voiture comme celle-ci doit peser au moins une tonne et demie. Les pieux du ponton ne sont pas prévus pour supporter le choc d’une telle masse. Mais nous parlons dans le vide, il faut attendre la remontée de la BMW.
— Tu as raison Valentin, le numéro d’immatriculation nous en apprendra plus, intervint l’adjudant-chef.
— Et si elle n’a pas de plaques ? hasarda Florian.
— Dans ce cas, ce sera plus long mais avec les numéros de châssis et de moteur nous pourrons remonter l’historique du véhicule.
— Circulez, circulez ! Le brigadier Guimard activait les voitures de plus en plus nombreuses à l’heure de midi. Circulez !
— Mais il faut que je récupère...
— Circulez on vous dit !
— Attendez, c’est la voiture de mon père ! s’écria Florian s’adressant à l’adjudant-chef.
— Laissez cette 306 se garer, intervint Lemoine.
— Qu’est-ce que vous avez fait ? Pourquoi est-ce qu’il y a les gendarmes ? Vous n’êtes pas blessés ? s’inquiéta le père de Florian.
— Vous êtes le responsable d’un de ces jeunes ? questionna l’adjudant...
— Je suis monsieur Marlin, père de Florian, qu’est-ce qu’il a fait ? Qu’est-ce qu’ils ont fait ?
— Rien de répréhensible, rassurez-vous. Au contraire, ce sont des petits gars bien délurés qui nous ont signalé une voiture dans le lac. Nous allons procéder d’ici peu à son extraction. Je vais vous demander de partir avec les enfants.
— Ah non, on veut voir la sortie de l’eau ! C’est nous qui vous avons prévenus ! se rebella Florian.
— Ne parle pas sur ce ton à la gendarmerie Florian !
— Oui, mais on a tout fait et on ne peut pas voir la fin, c’est pas juste !
— Bon, convint l’adjudant-chef Lemoine, vous pourrez assister à la sortie de l’eau mais uniquement si le plongeur nous signale qu’il n’y a personne à l’intérieur, sinon vous serez tenus de partir. Ce n’est pas négociable !
— Voilà le bateau de la gendarmerie ! s’écria Gilles.
— Brigadier, après l’arrivée de la dépanneuse, bloquez la circulation dans les deux sens.
— Mais je suis seul, mon adjudant-chef.
— Barrez la circulation avec notre véhicule dans un sens et arrêtez vous-même les voitures dans l’autre, ce n’est pas sorcier quand même !
— Tout de suite, mon adjudant-chef.

Premier sur place, le bateau de la gendarmerie vint s’amarrer à l’extrémité du ponton. A bord, dévoré des yeux par Florian qui n’en perdait pas un geste, le plongeur de la gendarmerie finissait de s’équiper, combinaison, masque, respirateur, bouteille d’air comprimé, palmes. L’homme s’assit sur le bord du bateau et partit en roulade arrière. Les remontées de bulles permirent de suivre son court déplacement. Rapidement il fit surface, ôta son respirateur et renseigna l’adjudant-chef Lemoine :
— BMW gris anthracite, plaques apparemment du département du Rhône, phare droit brisé, pare-choc avant marqué à deux endroits, vitre arrière absente, portière avant droite enfoncée en son milieu, rayures et cabossage sur les portières et le toit, personne à bord.
— Vérifiez si la vitre arrière n’a pas été éjectée par l’accident.
— OK, j’inspecte les alentours avant de positionner le dispositif pour le remontage. Le plongeur saisit la sangle que lui tendait l’autre occupant du bateau, ré-emboucha son respirateur et plongea à nouveau.
— La dépanneuse sera sur place dans deux minutes mon adjudant-chef, cria le brigadier Guimard, ce n’est pas celle des pompiers mais un garagiste spécialisé.
— Rien dans les environs, mon adjudant-chef, la sangle est en place, dit le plongeur, il n’y a plus qu’à fixer le câble du treuil.
Dix minutes plus tard, le treuil de la dépanneuse entrait en action. Valentin, qui n’avait pas perdu un mot des dires du plongeur, smartphone en main, filmait la scène. Quand la BMW fut sortie de l’eau, Valentin bascula l’application sur photo et prit en gros plan tout ce que le plongeur avait signalé. Lorsque l’adjudant ouvrit le coffre, Valentin prestement se glissa près de lui et en mitrailla l’intérieur puis fit de même avec l’habitacle.
— Vous laissez ces jeunes faire, mon adjudant-chef ? fit le conducteur du bateau de la gendarmerie.
— Ce sont eux qui ont signalé l’accident. Ils ont pris leurs photos souvenir et vont partir maintenant, n’est-ce pas monsieur Marlin ?
— Absolument, allez les jeunes, en voiture maintenant, n’oubliez pas vos affaires.