VALENTIN ET SES COPAINS

20. CALCULS

Valentin, assis dans le canapé du salon, tablette sur les genoux, réfléchissait. Grâce aux copains, grâce aux petits dépannages effectués par le père de Margot et surtout grâce à la souscription lancée sur internet, ils avaient récolté pour monsieur Chevril un peu plus de deux mille trois cents euros dont quatre cents gagnés par les copains. C'était certes déjà très bien mais il aurait voulu que tout aille beaucoup plus vite. Le premier achat, une remorque, avait coûté plus cher que prévu : huit cent cinquante euros pour un budget prévisionnel de huit cents euros. Et il manquait encore l'attelage !
« Il ne faut absolument pas dépasser le budget que nous avons établi », marmonna-t-il. « Combien vaut un attelage ? » Il pianota quelques instants sa tablette, la réponse « attelage plus faisceau deux cents cinquante euros » le replongea dans ses réflexions. Trop cher !
— Tu es bien silencieux, ça ne va pas Valentin ? demanda son grand-père en entrant dans le salon.
— Si si, tout va bien Yanco. Je me demandais seulement comment faire pour ne pas dépasser les sommes prévues pour chaque engin dans l'équipement de monsieur Chevril. Rien qu'avec la remorque, c'est déjà fait et il faut acheter un attelage avec un faisceau. C'est quoi exactement un faisceau ?
— Dans le cas d'un attelage, c'est le système électrique obligatoire : un faisceau de fils électriques pour alimenter les feux stop, les feux de position, les clignotants et l'éclairage arrière. Qu'est-ce qu'il a comme voiture ?
— Une vieille Mégane de dix ans.
— Écoute Valentin, j'ai dans la cave mon ancien attelage de caravane et tous ses fils. Je ne m'en servirai plus. Cet homme est bon mécanicien, s'il peut l'adapter à sa voiture, il est à lui. Appelle-le et propose-le lui. Je mets mon garage à sa disposition pour son bricolage.
— Sympa Yanco, je le contacte de suite.
« Allô monsieur Chevril ? C'est Valentin, je ne vous dérange pas ? Bon. Écoutez, pour votre attelage, mon grand-père en possède un qui ne lui servira plus, il propose de vous le donner si vous pouvez l'adapter à votre voiture. Qu'en pensez-vous ? Oui, bien sûr... Il met son garage à votre disposition. Oui... Un chalumeau et un poste de soudure ? Attendez un instant... »
— Je n'en ai pas mais le voisin pourra prêter les deux, affirma Jean-Claude qui avait suivit la conversation.
« Mon grand-père peut vous procurer cela sans problème… Bien sûr, quand vous voudrez... Cet après-midi ? Nous vous attendrons. Comment ? Vous avez encore reçu des dons et aussi plusieurs lettres d'Australie avec des billets de banque ? Des États Unis et d'Angleterre également ? C'est très bien ça. C'est la magie, le bon côté d'internet. Oui, apportez tout, je vais les comptabiliser. A tout à l'heure. De rien monsieur Chevril. »
— Dis donc Valentin, il semble que ton appel sur facebook dépasse les frontières.
— C'est grâce à mes copains d'Australie qui ont relayé le message. Nous allons bientôt arriver à la moitié de la somme totale nécessaire.
— Ce brave monsieur Chevril pourrait commencer à vraiment travailler plus tôt que tu ne penses. Dès qu'il aura de quoi acheter la tondeuse, il pourra lancer son entreprise. C'est combien le prix ?
— Un peu moins de trois mille euros.
— C'est le prix public ?
— Oui, celui que j'ai relevé sur un catalogue en ligne.
— A mon avis, en tant que professionnel, il pourra négocier le prix et probablement aussi en déduire une partie des taxes.
— Et le reste du matériel ?
— Les autres engins à moteur : la tronçonneuse, le taille-haie sont moins indispensables à mon avis. En cas de nécessité, il pourrait les louer ponctuellement.
— Oui, c'est une idée. Mais je pense qu'un rotofil est indispensable pour les finitions des bordures après une tonte, donc il lui en faut un.
— Tu as raison, mais je pourrais dans un premier temps lui prêter le mien, soigneux comme il est, il me le rendra en meilleur état à l'arrivée. Je pense que pour qu'il se lance, outre la tondeuse, il lui faudra simplement quelques outils à main.

« Ding dong », la sonnette du portail résonna dans l'entrée. « J'y vais, dit Isabelle. »
— Valentin ?
— Oui, Za ?
— C'est le facteur, une lettre bizarre pour toi. Elle vient d'Angleterre : de la « Lloyd's of London », tiens la voici.
— Merci Za. C'est étrange, je n'ai jamais eu affaire à eux. Qu'est-ce qu'elle dit...
Valentin décacheta le pli et se mit à lire le feuillet écrit entièrement en anglais. A fur et à mesure de sa lecture, son visage se détendait et un large sourire finit par illuminer son visage.
— Bonne nouvelle Valentin ?
— Plutôt, tiens, lis, dit-il en tendant la missive à sa grand-mère.
Celle-ci jeta un œil sur le papier et le rendit presque aussitôt à son petit fils.
— Tu te débrouilles mieux que nous en anglais, traduis-nous si tu veux bien.
— C'est au sujet de l'affaire du trafic de diamants, l'assurance avait promis une récompense à ceux qui permettraient de démanteler le trafic. Je vais recevoir une prime de trois milles livres pour le rôle que j'ai joué. Ils demandent des coordonnées bancaires pour pouvoir créditer la somme sur un compte.
— Mais c'est formidable mon petit Valentin ! Trois mille livres, ça fait combien en euros ?
— Attends, je cherche un convertisseur en ligne sur ma tablette... Trois milles livres donnent au cours du jour trois mille cinq cent quatre vingt trois euros !
— C'est une sacrée belle somme, s'émerveilla sa grand-mère.
— Ah mais c'est que tu es mineur, tu n'as pas le droit de les toucher, nous si ! L'argent va nous revenir ! taquina son grand-père.
Valentin continuait de sourire.
— Mais non, bien sûr que c'est pour toi ! intervint sa grand-mère, voudras-tu que nous mettions tout sur un livret d'épargne à ton nom ?
— Je vais réfléchir. Je vous donne ma réponse tout à l'heure.

— Voilà, j'ai réfléchi. Je veux mettre mille euros de côté pour mon prochain voyage en Australie parce que ça coûte trop cher à mes parents. Je veux donner cent euros à chacun de mes copains copines qui m'ont aidé dans cette affaire pour coincer les malfrats : Pauline Fresnoy, Lucie Roche, Eva Lacourt, Mathilde Marchand, Gilles Arroux, Pascal Boulot, Florian Marlin et Olivier Chanat. Je veux aussi faire un don à la gendarmerie du village...
— Ce n'est pas possible, Valentin, ce sont des fonctionnaires, ils ne peuvent accepter de don, en revanche tu peux en faire un à leurs œuvres sociales, par exemple aux orphelins de la gendarmerie.
— Bonne idée, disons cinq cents euros. Je veux également aider « Les jardins de Margot », je leur donne tout le reste avec comme pseudo Diamant sur la page web. Comme ça le budget pour l'achat de la tondeuse et autres outils importants est bouclé ! s'exclama Valentin avec un large sourire.
— Tu es trop généreux Valentin, tu ne prends rien pour toi alors qu'il y en a tant qui garderaient tout pour eux. Si tes parents sont d'accord, nous ferons comme tu le désires.
— Ils seront d'accord, j'en suis sûr ! Ce sont eux qui m'ont appris à toujours aider les autres. Je vais maintenant réfléchir au moyen d'amener des clients au père de Margot, je veux dire de véritables contrats d'entretien, des copropriétés, des campings, des espaces verts municipaux, de la voirie. En fait, je serais super content s'il parvenait à concurrencer ceux qui l'ont mis à la porte quand il était malheureux et ceux qui n'ont pas voulu lui faire confiance par la suite.
— Et Margot dans tout ça ?
— Elle va beaucoup mieux, elle commence à sourire. Elle a de la volonté, elle s'accroche, elle a la moyenne presque partout et ce n'est plus certain du tout qu'elle doive redoubler. Ce serait tellement mieux pour elle et pour son père.
— Tout ça, c'est grâce à toi Valentin. Tu es tellement sérieux et serviable ! Tu penses aussi à t'amuser j'espère ? s'inquiéta sa grand-mère.
— Tout cela m'amuse plus que toutes les bêtises du monde. Quand je réussis quelque chose comme ça, je suis heureux.