VALENTIN ET SES COPAINS

3. INQUIÉTUDE

Le lendemain, après avoir imprimé les photos prises dans l'avion lors de son voyage et posté les tirages et la lettre à la gendarmerie, Valentin décida de ne rien dire à ses grands-parents. Ceux qui s'étaient vu subtiliser les pierres précieuses n'allaient sûrement pas en rester là et si leurs premiers soupçons le concernant n'avaient pas pu avoir de suite immédiate, ils allaient probablement enquêter de manière plus pointue et revenir à la charge puisque aucune autre piste ne pouvait donner de résultat. Il fallait absolument que grand-père Jean-Claude et grand-mère Isabelle ignorent tout pour n'avoir rien à dire.
Valentin songea à trouver une meilleure cachette que le tiroir de sa table de nuit pour les précieuses gemmes. Il se décida pour le guidon de son VTT à l'intérieur duquel, après avoir ôté la poignée de caoutchouc, il glissa le sachet de toile soigneusement refermé à l'agrafeuse. Cela fait, il effaça toutes les photos de la mémoire de son smartphone ainsi que les copies sur sa tablette et sur l'ordinateur familial sollicité pour les impressions papier.
Quelque peu rassuré par les précautions prises, il envisagea l'attitude à avoir si des inconnus se présentaient. Sous quels prétextes, sous quels déguisements, avec quelles identités allaient-ils venir ? Police, gendarmerie, douane, enquêteurs de satisfaction de la compagnie aérienne ? Quelles questions allaient-ils poser ? De quels moyens de pression allaient-ils disposer ?
Après le repas de midi, Valentin décida d'aller courir jusqu'au lac et de laisser son esprit vagabonder. Il avait plus d'une fois remarqué que la solution venait toute seule quand on cesse de la chercher.

La première certitude qui lui vint fut celle que l'homme en costume traditionnel avait changé le rouleau de papier d'origine pour celui cachant les diamants puisque personne d'autre que cet homme n'était allé aux toilettes après lui-même. Le rouleau contenant les pierres devait être préparé à l'avance pour éviter tout bricolage aléatoire dans les toilettes, pour preuve, il n'avait pas la même épaisseur. Il songea ensuite que les pierres devaient obligatoirement être récupérées avant la remontée des autres passagers sous peine d'être accidentellement découvertes. Qui devait récupérer le magot ? Il était certain qu'aucune autre personne restée dans l'avion à l'escale ne s'était rendue aux toilettes. Il avait doublé une hôtesse qui empruntait la seconde travée de l'avion en s'y rendant la seconde fois. Était-ce elle ? La personne qui avait constaté l'absence du sachet avait immédiatement prévenu un complice à Genève. Est-ce que d'autres passagers avaient été fouillés comme lui à l'arrivée ? Il lui semblait bien que non, donc les soupçons portaient essentiellement sur lui.
Les trafiquants pouvaient-ils laisser tomber et passer leur mésaventure par profits et pertes. La réponse était clairement non, pas pour une telle somme d'argent. Les trafiquants pouvaient-ils retrouver son identité et son adresse chez ses grands-parents ? La réponse était sans conteste oui pour peu qu'ils aient des complices parmi le personnel aéroportuaire ou navigant, chaque vol disposant d'une liste de passagers.
Une sourde inquiétude commença à l'envahir. Est-ce qu'on allait l'aborder en n'importe quel lieu ? Allait-on se faire passer pour des enquêteurs officiels ou utiliser la force ? Devrait-il rendre les pierres ou continuer à jouer l'innocence ? Rendre les pierres volées aux voleurs ? Impossible maintenant que l'adjudant Lemoine était prévenu. Valentin s'aperçut qu'il commençait à s'essouffler. Il décida de rebrousser chemin mais de rentrer en n'empruntant que des passages inaccessibles aux voitures. Ces gens ne devaient pas reculer devant un enlèvement pour une telle rançon.
Toujours courant, il sortit son smartphone et regarda l'heure : quinze heures douze. Ses amis n'allaient pas tarder à arriver. Il se rasséréna : personne ne tentera quoi que ce soit tant qu'il sera parmi ses invités.

Quand il arriva au portail de sa maison, il vit avec plaisir que Gilles était déjà dans le jardin.
— Valentin !
— Gilles !
Les deux amis échangèrent une vigoureuse poignée de main et de nombreuses tapes sur l'épaule.
— Comment ça va ?
— Bien et toi comment vas-tu ?
— Super. Tiens, dis donc, on doit se ressembler, figure-toi que juste avant de rentrer ici, quelqu'un m'a demandé si j'étais bien Valentin Valmont.
— Qu'est-ce que tu lui a répondu ?
Gilles haussa les épaules en souriant :
— Ben je lui ai dit que non mais que j'allais justement chez toi.
Devant la mine soucieuse de Valentin, Gilles reprit :
— Je n'aurais pas dû ? J'ai fait une bêtise ?
— Non, cela n'aurait rien changé.
— Changé quoi ? Tu peux m'expliquer ?
— Plus tard. Tiens voici Eva et Lucie. Bonjour les filles, on se fait la bise ?
— Toujours en train de lécher les joues des filles, fit Olivier en entrant, salut Val, super content de te revoir !
— Salut Olive, bonjour Mathilde, bonjour Pauline, allez, la bise aussi pour vous. Florian ne vient pas ?
— Si, mais il sera un peu en retard m'a-t-il dit, renseigna Gilles. Alors qu'est-ce que tu as à nous raconter ?
— Et Bouboule ?
— Quelqu'un m'appelle ? s'amusa Pascal qui venait d'entrer.
— Pascal, qu'as-tu fait de tes lunettes, tu portes des lentilles ?
— Ben non. Jeudi dernier un mec de la cité m'a bousculé, mes lunettes sont tombées et ce sale type a marché dessus.
— L'a-t-il fait exprès ?
— Il dit que non mais j'ai des doutes. Mes nouvelles lunettes seront prêtes mardi.
— Tu vois bien sans elles ?
— Oui, la preuve, je t'ai reconnu ! Tiens, voilà Flo.
— Salut Flo, toujours en forme ?
— Salut Val, vraiment content de te voir. Sympa d'avoir organisé un goûter pour tout le monde.
— Ce sont mes grands-parents qui ont tout organisé à mon insu, c'est donc à eux qu'il faut dire merci. Les voici justement !
— Merci, merci, merci madame, merci monsieur.
— Ce n'est pas grand-chose et cela vous fait plaisir, alors tout va bien ! Nous partons quelques heures en montagne, allez, mangez, buvez, amusez-vous.
— Ils sont sympas tes grands-parents, ils ne nous ont même pas dit d'être sages, observa Bouboule.
— Ils me font confiance.
— Dis nous Val, intervint Gilles, maintenant que tout le monde est là, tu peux nous expliquer qui est cet homme qui te cherche et pourquoi ça te rend soucieux ?
— En quelques mots pendant que mes grands-parents ne peuvent pas entendre : dans l'avion de retour j'ai découvert par hasard un trafic de diamants bruts. Sans savoir ce que c'était, j'ai gardé les pierres. Les trafiquants me soupçonnent et vont tout faire pour les récupérer.
— Les diamants, tu les as ? Tu peux nous les montrer ? demanda Olivier.
— Ils sont cachés et je ne vous direz pas où. On ne peut pas avouer ce qu'on ne sait pas.
— Avouer quoi, qu'est-ce qu'ils peuvent nous faire ? s'inquiéta Bouboule.
— Nous enlever et nous faire dire par la force où sont les pierres.
— Ah mais non, on ne va pas se laisser faire ! s'exclama Gilles approuvé par l'ensemble des amis.
— Tu as prévenu les gendarmes ? demanda Mathilde.
— J'ai écrit une lettre à l'adjudant chef Lemoine, mais j'ai fait l'erreur de lui envoyer par la poste. Il ne l'aura que demain. Je ne pensais pas qu'il y avait urgence.
— Qu'est-ce qu'on peut faire pour t'aider ? questionna Olivier.
— Connaître l'ennemi.
— Oui, mais comment faire ?
— Il y a une demi-heure, Gilles tu as été abordé par un homme qui t'a pris pour moi. A quoi ressemblait-il ?
— Un grand type en costume gris, cheveux noirs, très bronzé, une barbe dégueulasse à la mode.
— Tu l'avais déjà vu dans le village ?
— Jamais.
— Où t'a-t-il abordé ?
— À une cinquantaine de mètres d'ici, avant l'entrée de l'impasse.
Valentin se tut un instant. Les autres, visages tendus, sans oser troubler sa réflexion ne perdaient aucune des expressions de son visage.
— Il est encore dans le coin à guetter, c'est certain. Qui a un smartphone ?
Gilles, Florian, Olivier, Pascal et Mathilde se manifestèrent.
— Tu as un smartphone maintenant Bouboule ?
— Oui, d'occase mais il marche super bien.
— OK, je vais vous demander un service. Vous allez vous associer par deux. Pascal et Eva, Gilles et Lucie, Olivier avec Mathilde et vous allez vous promener dans le quartier. Si vous repérez une personne que vous ne connaissez pas, vous faites semblant de faire un selfie et vous la photographiez. Vous pouvez aussi filmer tout ce qui vous semble anormal.
— Et nous ? dirent ensemble Pauline et Florian.
— Mes grands-parents étant sortis, je ne veux pas rester seul. Vous êtes mes gardes du corps.
— Qu'est-ce qu'on fait si quelqu'un nous aborde ? questionna Mathilde.
— Répondez à ses questions. Ils savent déjà où j'habite mais n'ont probablement pas ma photo.
— Et s'ils veulent nous emmener ? s'inquiéta Bouboule.
— Hurlez le plus fort que vous pouvez, les autres ne seront pas loin et viendront immédiatement. Ils peuvent neutraliser une ou deux personnes mais pas six à la fois. Essayez aussi de voir s'il y a une voiture inhabituelle stationnée pas trop loin.
— Inhabituelle comme quoi ? s'enquit Lucie.
— Avec une plaque étrangère par exemple, ou alors un modèle pas courant. Prenez des photos. Rassemblement ici dans un quart d'heure.