VALENTIN ET SES COPAINS

4. LES TRAFIQUANTS

Au bout d'un quart d'heure, deux à deux les amis de Valentin revinrent dans le jardin de la villa des grands-parents.
— Alors le pêche a été bonne ? Lucie, Gilles ?
— Lucie faisait les repérages, moi je prenais les photos, résultat un couple et trois hommes inconnus.
— Eva, Bouboule ?
— Nous avons repéré le mec en costard gris décrit par Gilles. Il était près d'une voiture avec une plaque hollandaise. Eva a également repéré une voiture immatriculée en Suisse. J'ai tout pris en photo, le mec et les voitures, tu vas voir comme il marche bien mon smartphone !
— Mathilde, Olivier ?
— Nous avons aussi repéré ce type en costume gris, il était en train de téléphoner. Nous sommes passés près de lui à ce moment là en le filmant au jugé, rapporta Olivier. Ensuite nous avons fait un selfy décalé avec zoom et nous avons sa trombine en gros plan, continua Mathilde. Il a été rejoint par une femme assez grande, brune aux cheveux courts. Nous en avons également une photo mais prise de plus loin.
— Voilà du bon boulot les amis. Je vais chercher ma tablette et nous allons essayer de tout transférer dedans.
— C'est possible ?
— Oui en synchronisant vos téléphones et mon iPad. Heu... Attendez... Nous sommes neuf. Sur la tablette, étant donné la taille de l'écran, nous ne verrions pas grand-chose. Nous allons faire mieux que cela, envoyez-moi tout ça par courriel. Je récupère les messages sur l'ordinateur de mes grand-parents que je vais relier au téléviseur, ainsi tout le monde pourra voir.
— Tout est toujours simple avec toi ! affirma Bouboule admiratif.
— Je sauvegarde photos et vidéos dans un dossier spécial. Voilà... Commençons par le travail d'Eva et Bouboule. La première voiture... Une Mercedes immatriculée à Genève, OK… La seconde, une grosse BMW avec une plaque jaune hollandaise, bon. Où sont-elles stationnées ?
— Pas loin, dans la rue perpendiculaire à l'impasse des crocus, la BMW en aval, la Mercedes en amont du croisement, répondit Eva.
— OK. Le type en costume gris maintenant : Gilles, est-ce bien le type qui t'a interrogé à mon sujet ?
— Absolument, je suis formel, c'est lui avec sa barbe pas fraîche !
— Elles sont superbes tes photos Bouboule !
L'intéressé en rougit de plaisir, il associa Eva :
— C'est elle qui m'a aidé. Elle a détourné l'attention du gars en le bousculant par inadvertance pour me permettre de faire mes photos.
— Bien joué Eva, félicita Valentin. Lucie et Gilles, les trois hommes que vous avez repérés, je vous les mets sur l'écran côte à côte. Quelqu'un a-t-il des remarques ?
— J'en connais deux, les deux de droite, dit Florian. Ils travaillent dans une entreprise du bâtiment, ils sont venus faire des travaux dans mon quartier récemment.
— J'ai déjà vu celui de gauche au supermarché. Il place les produits dans les rayons, compléta Mathilde.
— Donc exit ces trois hommes, le couple maintenant… Oh, non d'un chien ! On dirait l'hôtesse de mon avion et le douanier de l'aéroport. J'étais presque sûr qu'ils étaient complices ces deux là. Tout se précise. Bon boulot les amis. Je ne parle pas de toi Pascal ! Voyons le travail de Mathilde et Olive. Le selfy... Yes, c'est bien lui, un gros plan bien net, bravo. Le femme aux cheveux courts qui l'a rejoint... Nom d'un deuxième chien, c'est bien l'hôtesse de l'air ! Preuve est faite qu'ils sont de connivence ces trois là : l'homme en gris qui me cherche, plus l'hôtesse et le douanier. Examinons quand même la vidéo.
— On ne vois pas grand-chose, c'est un peu flou et pas cadré, s'excusa Olivier. On ne peut rien en tirer.
— Attends un peu, on entend le mec téléphoner.
— Oui mais c'est confus, indistinct, on ne comprend rien, commenta Mathilde.
— Attendez, mon grand-père possède VLC, un logiciel gratuit qui permet d'extraire la bande son d'une vidéo. J'ai quelques manipulations à faire et je la vais récupérer en mp3.
— Comment tu sais faire tout ça ? osa demander Lucie.
— Je me suis intéressé aux sons lorsque j'ai préparé mon exposé sur les vieilles chansons françaises, vous vous souvenez ?
— Oui, c'était très chouette, se souvint Pauline approuvée par tous les amis.
— Voilà, j'ai la bande son, on l'écoute...
— C'est toujours aussi mauvais et incompréhensible, constata Olivier.
— Attends, mon grand-père a un autre logiciel qui permet de nettoyer les sons. Il s'agit d'Audacity, vous allez voir ou plutôt entendre, c'est magique. Je le lance, j'ouvre la bande son récupérée, je vais dans Effets, Réduction du bruit, Prendre le profil du bruit, voilà... maintenant je fais la Normalisation... Écoutez maintenant... « peut vous reconnaître, moi... adultes partis... BMW... démarrer... angle de l'impasse... »
— Le reste est malheureusement irrécupérable. Donc à mon avis il disait à ses ou un de ses complices de ne pas se montrer car je pouvais le ou les reconnaître et que c'est lui qui allait m'aborder... Il leur fait remarquer que mes grands-parents sont partis et que probablement il pourra passer à l'action dès que vous aussi serez partis. Il leur indique où se trouve sa voiture pour qu'ils se tiennent prêts. Eva et Lucie, pouvez-vous aller à l'entrée de la rue voir s'il y a toujours une BMW immatriculée aux Pays-Bas ? Soyez discrètes.
— Qu'est-ce qu'on va faire ? s'inquiéta Gilles.
— Vous allez partir. Mais d'abord attendons le retour d'Eva et de Lucie.
— On ne va pas te laisser seul pour qu'ils te kidnappent, qu'ils te torturent, qu'ils te tuent, s'énerva Florian.
— Attends Flo, pas de panique. Voici les filles, alors ?
— Oui, il y a une grosse BMW hollandaise à vingt mètres de l'entrée de ton impasse.
— OK. Merci. Personne à l'intérieur ?
— Si, un couple en train de fumer.
— Donc leur dispositif est prêt.
— Qu'est-ce que tu vas faire ? s'inquiéta Pauline.
— Me laisser enlever.
— Mais tu es complètement fou ! s'insurgea Mathilde.
— Non, je ne crois pas. Vous allez partir seuls ou deux par deux tout en restant super attentifs. Cachez-vous, faites semblant de jouer, de discuter, de vous engueuler, bref donnez le change tout en gardant un œil sur la rue et aussi sur la BMW. Quand le type en gris pensera que je suis seul dans la maison, il viendra pour me cuisiner.
— Te cuisiner ? s'affola Eva.
— Oui, m'interroger pour me faire avouer où sont les diamants puisqu'ils sont sûrs, à juste raison, que c'est moi qui les ai.
— Tu n'as qu'à leur dire tout de suite que tu as trouvé un sachet dans les toilettes et que tu l'as jeté dans la cuvette des WC, suggéra Olivier, ainsi ils te ficheront la paix.
— C'est malin ta suggestion mais cela signifie que les voleurs resteront impunis. Et puis sont-ils prêts à renoncer à cent mille euros sur ma simple affirmation ? Je ne crois pas.
— Cent mille euros s'exclama Bouboule, c'est une fortune !
— Je ne te le fais pas dire. Si je prends le risque de me faire enlever, il y aura deux motifs d'inculpation contre eux : vol plus enlèvement de mineur, donc je maintiens ma suggestion. Vous partez tous comme je vous l'ai dit et un ou une d'entre vous reste avec moi pour filmer la scène tout en restant caché.
— Moi je reste avec toi, s'imposa Gilles.
— Non Gilles, le type en gris te connais puisqu'il t'a adressé la parole. Il doit guetter, peut-être à la jumelle et s'étonnerait que tu ne ressortes pas. Je pense plutôt à Bouboule, le roi du cinéma.
Donc le type cherche à entrer, je joue les innocents et le laisse pénétrer dans le jardin. Je pense qu'il va utiliser un prétexte comme « tes grand-parents ont besoin de toi » ou quelque chose dans le genre pour m'inciter à le suivre. A ce moment-là Bouboule vous envoie à tous un SMS disant par exemple « Action ». Alors vous appelez tous le 112. en disant que quelqu'un est en train de m'enlever.
— C'est quoi le 112 ? interrogea Lucie.
— C'est le numéro unique d'appel d'urgence. Donnez votre nom, le mien, la description du bonhomme et le modèle de la voiture ainsi que son immatriculation.
— Attends un peu Val, je peux d'abord essayer d'immobiliser la voiture en dégonflant ses pneus, je sais faire maintenant, suggéra Florian.
— Non Flo, dégonfler les pneus alors qu'il y a quelqu'un dedans, c'est impensable.
— Tu as des gros clous ? Je peux en mettre sous les roues.
— Sur la photo de Bouboule, j'ai remarqué que la voiture avait des pneus taille basse donc probablement increvables, rétorqua Val.
Florian ne s'avoua pas vaincu :
— Attends encore, tu peux me prêter ton ballon de foot ? Je passe à côté de la bagnole en jonglant avec le ballon et je l'envoie en dessous. Ils ne se méfieront pas si j'essaie de le récupérer. J'en profite pour placer deux ou trois gros clous comme des étais devant et derrière un pneu. Comme ça, même si ça ne crève pas complètement le pneu, ils ne pourrons pas rouler normalement, ça les retardera.
— OK, tu peux essayer ça, mais ne te fais pas prendre ! Au fait je n'ai pas de ballon de foot mais un de volley.
— Ça fera l'affaire.
— J'ai une autre idée, avança Gilles, j'ai remarqué des vieux pots de peinture dans ton garage, j'en prends un et s'ils t'embarquent de force dans leur voiture, je jette toute le contenu du pot sur leur pare-brise. Ils seront aveugles et ne pourront pas rouler.
— Excellent Gilles. De mon côté, je vais retarder le barbu au maximum pour vous laisser le temps de vous positionner. Quand vous me verrez monter dans leur auto, mettez-vous devant et derrière en hurlant le plus fort que vous pouvez, à trois, ils ne pourrons pas s'occuper de sept personnes.
— De huit, tu veux dire, intervint Bouboule. Quand j'aurai fini mon film, je rejoindrai les autres.
— OK Bouboule, merci. Vous êtes plus agiles qu'eux, surtout toi Gilles, hein ? Alors esquivez-les, sauvez-vous et revenez aussitôt dès qu'ils s'occuperont de quelqu'un d'autre. C'est la stratégie du nid de guêpes. Il faudra tenir jusqu'à l'arrivée des forces de l'ordre. De mon côté, je jouerai les « stupide » le plus longtemps possible. Et puis je vais mettre mon iPhone dans ma chaussette comme je l'ai déjà fait, n’est-ce pas Bouboule. S'ils réussissent à m'embarquer et à mettre les voiles malgré tous nos efforts, communiquez mon numéro à la police ou la gendarmerie dès qu'ils interviendront, ils ont les moyens de pister mon iPhone.
— Val, j'ai peur, on a tous peur pour toi ! dit Pauline, la mine ravagée par l'inquiétude.
— Rassure-toi Pauline, rassurez-vous tous, je n'ai pas l'intention de me laisser torturer. En dernier ressort, je dirai la vérité, que les diamants sont ici dans une cachette introuvable. Ils reviendront alors avec moi pour récupérer les pierres et ils se feront cueillir si vous suggérez aux gendarmes ou aux policiers de monter une souricière, OK ? Allez les amis, c'est parti.