VALENTIN S'AFFIRME

23. COMPÉTITION

Les garçons de quatrième C et de quatrième D attendaient devant la porte de leur vestiaire du gymnase. Les filles étaient entrées depuis plus de cinq minutes. Monsieur Doucet était en retard ce qui était exceptionnel. Quand il arriva tout courant, il crut bon de donner une explication aux élèves.
— Excusez-moi les gars, la mise au point de certains détails de l’organisation des championnats de district d’athlétisme m’a retardé. Entrez, ne perdons plus de temps. Dans le vestiaire, pendant que ses élèves se mettaient en tenue de sport, il continua ses explications.
— Les « districts d’athlétisme » auront lieu dans six jours, mercredi prochain toute la journée, vos cours habituels du matin seront reportés. Cette année nous avons décidé d’ouvrir ces championnats à tous les volontaires, donc si vous voulez voir à quoi ressemble une réunion d’athlétisme et ressentir les émotions que procure la compétition, n’hésitez pas, inscrivez-vous. Les épreuves retenues sont le 50mètres, le 1.000 mètres et le 80 mètres haies pour les courses, le lancement du poids de quatre kilos ainsi que celui du javelot et pour les sauts, la hauteur, la longueur et le triple saut. J’ajoute la possibilité de constituer des relais de quatre fois 60 mètres. Notez que pour les filles, les épreuves seront les mêmes.
— M’sieur ? intervint Quentin, il y aura qui aux championnats ? — Il y aura qui... Ah oui, je vois ce que tu veux savoir. Il y aura tous les collèges de l’agglomération, le district quoi. En tout une dizaine d’établissements.
— Il y aura les filles ? s’enquit Tony intéressé.
— Si tu avais écouté Tony, hein ? Vos camarades filles font elles aussi ces championnats avec les mêmes épreuves mais pas contre les garçons.
— Dommage, c’est plus facile de gagner contre des filles.
— Je ne vous demande pas de gagner mais de faire de votre mieux. Pierre de Coubertin, le fondateur des jeux olympiques modernes a dit : « l’essentiel est de participer. »
— Oui mais gagner c’est mieux ! affirma Florian.
— S’il n’y a pas de participants, il n’y a pas de gagnant,
Florian. — Ah... Heu... Oui, bien sûr.
— Je m’adresse maintenant à ceux qui, sans vouloir concourir, désirent cependant s’investir. Ils sont les bienvenus pour donner à coup de main à l’organisation matérielle des épreuves comme placer les barres de saut en hauteur, ratisser le sautoir de la longueur, positionner les haies etc. Je vous laisse réfléchir pendant la séance. Je prendrai les premières inscriptions ici dans le vestiaire à la fin des deux heures. Allez, hop, sur le stade tout le monde, un tour d’échauffement en course lente, accélérée dans la dernière ligne droite.

Après la cantine, quand les amis de Valentin se retrouvèrent près du banc que plus personne ne leur contestait, Florian harcela les garçons.
— Allez les gars, on y va tous, on s’inscrit. Toi Olive, qu’est-ce tu choisis comme épreuve ?
— Pas la même que toi si je veux garder une chance !
— Moi je me suis déjà inscrit au 80 mètres haies et au lancement du poids.
— Bon ben je prends le 50 mètres.
— Moi je vais essayer le triple saut, décida Quentin, et toi Val ?
— Je vais tenter le 1.000 mètres.
— Tu viens aussi Gilles ! boosta Florian.
— Je veux bien m’essayer au 1.000 mètres avec Val.
— Et toi Bouboule ?
— Moi je suis nul de chez Nullos en athlé, mais pour être avec vous, je vais me mettre à l’organisation.
— Vous ne faites pas d’athlétisme les filles ? reprit Florian.
— Bah, notre prof n’aime que la danse et la gym rythmique, surtout le ruban, nous n’avons aucun entraînement, expliqua Mathilde.
— Mais nous irons vous encourager, compléta Pauline.
— Moi je m’inscris, décida Amandine, je prends la course de vitesse, c’est quelle distance pour les filles.
— 50 mètres aussi. Je vais te faire travailler ton départ, c’est le plus important.
— Je ne savais pas que tu étais coureuse, s’amusa Quentin, provoquant un haussement d’épaules et un air excédé d’Amandine.
— Moi aussi j’y vais, décida Margot, il y a un 500 mètres ?
— Non, c’est 1.000 mètres, comme les garçons.
— Alors je prends le 1.000 mètres.
— Lucie et moi, nous ferons l’organisation comme Pascal, dit Eva.
— Il faut un matériel spécial ? demanda Amandine.
— Il faut le tee-shirt aux couleurs du collège et des chaussures à pointes pour les courses et les sauts mais le prof en a un stock et il prête tout.
— Tu n’apportes que ton short et ton sous-tif, rigola Bouboule.
— Oh ! s’offusqua Eva tandis que le groupe éclatait de rire.

Il faisait un splendide temps de mai quand les jeunes athlètes se retrouvèrent au stade de la ville. Au cours de la matinée, Florian se qualifia pour la finale du 80 mètres haies et s’adjugea le titre au lancement du poids avec un jet à plus de onze mètres. Olivier et Amandine finirent respectivement premier et deuxième de leurs séries du 50 mètres, restant ainsi en course pour la suite de la compétition.
La finale du 80 mètres haies à la reprise de l’après-midi vit la large victoire de Florian, incroyable de facilité. Les épreuves du 1.000 mètres devaient avoir lieu vers 15 heures pour les filles et quinze heures quinze pour les garçons. Follement encouragée par ses onze amis, Margot malgré son manque d’entraînement mais avec une farouche volonté s’adjugea une très méritoire cinquième place.
— Pour quelqu’un qui n’a pas d’entraînement, c’est remarquable ce que tu as fait, félicita Florian.
Vint l’appel des concurrents de la même épreuve. Ceux-ci, trop nombreux pour un départ classique sur une ligne courbe, furent disposés sur deux demi-lignes. Gilles se retrouva placé au deuxième rang du groupe placé à la corde tandis que Valentin était positionné au premier rang du groupe à l’extérieur.
— A vos marques, dit la voix puissante du starter qui déclencha presque aussitôt le coup de feu libérateur.
Rapidement le groupe de Valentin se rabattit vers la corde. Le train était soutenu. Un grand escogriffe en tee-shirt jaune vint prendre la tête, Valentin se mit dans sa foulée pendant que Gilles restait à l’abri au sein du peloton, cinq places derrière Valentin. Aux quatre cents mètres, à l’entrée d’un virage, Valentin profita de l’espace que le meneur laissait entre la corde et lui pour tenter de passer par l’intérieur et se porter en tête. L’autre sentant la menace se rabattit poussant fortement Valentin de l’épaule. Plus léger que son rival, Valentin déséquilibré posa son pied intérieur sur la lisse et s’étala sur la pelouse. Il se releva aussitôt pour reprendre la course et se retrouva en dixième position. Gilles qui avait tout observé de la manœuvre anti-sportive du meneur s’extirpa du peloton. Dans la ligne droite principale, il sprinta, doubla tout le monde et vint se rabattre à l’entrée du virage suivant juste devant le bousculeur, puis ralentit brusquement l’allure. L’autre tenta de passer par l’intérieur sans réussir. Il se décala vers l’extérieur, ce que sentant, Gilles fit de même, obligeant son adversaire principal à parcourir plus de distance et ouvrant du même coup la porte aux suiveurs qui passèrent par la brèche intérieure.
— Pousse-toi connard, haleta tee-shirt jaune.
Quand Valentin l’eut doublé par la gauche, Gilles exténué trébucha et tomba dans les jambes de son adversaire qui s’étala à son tour. Le temps qu’ils se relèvent, le peloton à nouveau étiré venait de les doubler. Le mauvais joueur tenta un sprint éperdu pour tenter de se replacer mais ne put rejoindre Valentin qui avait repris la deuxième position derrière un nouveau meneur. Il restait cent cinquante mètres à parcourir. En dépit d’une dernière ligne droite exceptionnelle, Valentin à bout de force passa la ligne quelques centimètres après le vainqueur, dans le même temps que lui, sous les applaudissements de ses amis.
— Tu aurais gagné si ce sale type ne t’avait pas bousculé, félicita Florian approuvé par Amandine et Margot.
— Oui, ça c’est sûr, appuya Bouboule. Vous avez vu ce qu’a fait Gilles ? Ça c’est un ami, je suis sûr qu’il s’est sacrifié pour Valentin. Hein Gilles que c’est vrai ?
Allongé sur la pelouse pour tenter de reprendre souffle, Gilles eut un rictus qui pouvait passer pour un sourire.
— Tu as fini combien ? lui demanda Quentin qui venait de finir son triple saut. — Pendant... tout le dernier... tour... je n’ai vu que les fesses... de l’avant-dernier, haleta Gilles, et toi ?
— Cinquième avec neuf mètres quarante, répondit Quentin avec une petite grimace de déception, mais quand même, c’est mon record.
— Bon, ce n’est pas si mal. Au triple saut, moi je n’ai jamais pu faire mieux que sept mètres au collège dit Bouboule. Il y a encore la finale du 50 mètres pour Olivier, dit Bouboule, venez les filles, il faut aider à placer les starting-blocks.
— Dis-donc, c’est toi le connard qui m’a fait tomber, fit le grand escogriffe en jaune en s’avançant vers Gilles. A cause de toi je n’ai pas gagné !
— Eh, la jaunisse, tu aurais peut-être gagné si tu n’avais pas bousculé mon copain, j’ai bien vu ton manège.
— J’ai bien envie de t’en coller une, lève-toi abruti !
Florian, assis sur la pelouse près de Quentin et Valentin se dressa d'un bond.
— Celui qui frappe un de mes copains, c’est comme s’il me frappait moi, alors essaie un peu tête d’asperge ! Non ? Alors fous le camp, minable !
Venez dans la tribune les amis, on va encourager Olivier pour sa finale.