VALENTIN S'AFFIRME

31. VOLLEY-BALL

Dans le vestiaire du gymnase, les garçons de quatrième C associés à ceux de quatrième D étaient presque prêts pour la séance de sports quand arriva Adrien Dubreuil de quatrième D.
— Qu'est-ce tu fous Adrien ? lui dit Olivier qui le connaissait bien, dépêche-toi, on doit composer les équipes pour l'interclasse de volley !
— Excuse ! J'étais au secrétariat pour mon certificat de scolarité. J'ai une nouvelle pour vous les mecs : ça a pété entre Jocrisse et le principal ! Jocrisse criait si fort que ça faisait trembler les murs ! Je n'ai pas tout compris mais il accusait le principal de faire confiance aux élèves plus qu'aux professeurs, qu'il en avait marre d'enseigner dans ces conditions, que les profs n'étaient pas soutenus, que c'était le règne de l'enfant roi... Quand il est sorti du bureau, le Jocrisse était tout rouge et il a immédiatement demandé à la secrétaire les formulaires pour faire sa demande de mutation ! L'an prochain, il ne sera sûrement plus là !
— Oui ben celui-là, je ne vais pas le regretter, commenta Olivier.
— Il n'est pas mauvais dans ses cours, tempéra Valentin, mais il est beaucoup trop susceptible.
— Tu ne vas pas le défendre après ce qu'il t'a fait, quand même ! s'étonna Gilles.
— Je n'ai pas à le défendre. Il s'est mis tout seul en situation d'être désavoué. Sa réaction n'est pas étonnante, les causes de sa colère, si.
— Peut-être qu'on aura la même remplaçante que l'an dernier, Carine Fontaine, la petite prof, espéra Bouboule.
— La nunuche ! se moqua Tony.
— Nous, on l'aime bien, trancha Gilles en défiant le Thénardier du regard, lequel n'insista pas.
— Bon, on les fait ces équipes ? s'énerva Florian. Dans la mienne, je prends Olivier, Quentin, Gilles, Valentin, Charly et Bouboule. Venez avec moi dans un coin du gymnase les gars, on va mettre au point une tactique.
Quand ils furent réunis loin des oreilles indiscrètes, Florian continua.
— Bon d'abord tout le monde doit jouer, même toi Bouboule, si, si ! Ce n'est pas parce que tu es plus petit que tu dois rester sur la touche. Je propose qu'on fasse un changement de joueur tous les cinq points, qu'on soit remplaçant à tour de rôle et que la rentrée du remplaçant se fasse au poste un.
— C'est quoi ça, poste un ? demanda Gilles en fronçant les sourcils.
— C'est la place de celui qui sert, qui engage quoi ! Attendez, le prof me fait signe, je pense que c'est pour le tirage au sort, j'y vais.

— Les copains, je crois qu'on a de la chance, expliqua Florian de retour après concertation des capitaines d'équipes avec monsieur Doucet, le professeur d'éducation physique. Le prof a décidé de faire un tirage au sort intégral pour les matchs. Nous rencontrons d'abord l'équipe deux de la quatrième B, donc nous avons de grandes chances de disputer la demi-finale. L'équipe à Thénardier joue contre les plus forts de quatrième A, les meilleurs de tous à mon avis. Ils ne vont pas faire le poids. De plus la 4B1 joue contre la 4D1 ce qui va forcément éliminer des bons. Échauffez-vous sérieusement les mecs, on commence dans cinq minutes et on ne joue que sur un seul set de vingt et un points.

Florian avait été bon prophète, sa force de frappe associée à celle d'Olivier firent merveille grâce aux bonnes passes de Bouboule et de Valentin. Gilles excellent défenseur fit des sauvetages miraculeux tandis que Quentin et Charly plus polyvalents se montraient solides dans leur jeu collectif.
— Bon, 21 à13, on a gagné assez facilement, commenta Florian une fois leur match terminé. En demi-finale, nous allons rencontrer l'équipe deux de quatrième D qui vient de gagner la 4A2. Si on réussit à les dominer, en finale, ce sera soit la 4A1 soit la 4B1, probablement l'équipe de quatrième A.
— Ils sont plus grands que nous en moyenne, c'est un sacré avantage pour eux, commenta Charly.
— Et, à part Flo qui peut rivaliser avec eux, les autres tapent plus fort que nous, ajouta Quentin, ça va être dur !
— Pas de défaitisme ! s'insurgea Valentin, quand on est moins fort, il faut se montrer plus malin.
— Comment ça plus malin ? questionna Olivier. Pour marquer des points, il faut envoyer la balle au sol de l'autre côté du filet et plus on tape fort, plus c'est facile.
— Je peux me permettre une suggestion ? fit Bouboule avec un petit sourire.
— Ben oui, vas-y, accepta Florian.
— Écoute, reprit Bouboule, ils savent que tu es bon et que tu cognes comme un sourd, donc ils vont toujours mettre deux mecs pour te contrer, alors toi tu sautes comme pour frapper et tu envoies une petite balle molle juste derrière le filet sur l'autre aile.
— Une carotte quoi ! fit Olivier.
— Ou une quéquette comme disent les grands ! nuança Florian.
— Appelez ça comme vous voulez. Donc des fois vous cognez et d'autres fois vous feintez.
— Ben dis donc, tu penses, toi ! s'émerveilla Charly.
— Quand on n'a pas le physique, il faut avoir l'imagination, sourit encore Pascal.
— Pas mal vu Bouboule, approuva aussi Valentin, mais il faudra faire ce changement de tactique en fin de match pour éviter qu'ils trouvent la parade.
— Ou alors si nous sommes trop dominés, ajouta Quentin.
— J'ajoute que contre les 4A, nos attaquants devront agir le plus possible en bout de filet, les trous dans la défense adverse seront ainsi plus grands, compléta Valentin.

Comme Florian l'avait pronostiqué, la finale allait opposer son équipe aux grands gabarits de quatrième A. Ceux-ci avaient aisément gagné leurs deux matchs précédents, écrasant l'équipe de Tony et dominant largement l'équipe numéro un de quatrième B. Les faciles vainqueurs, décontractés, riaient, plaisantaient, narguaient leurs futurs adversaires. Florian rassembla à nouveau ses équipiers dans un coin du gymnase.
— On ne se relâche pas les gars, on reste concentré. Ne les regardez pas, faites comme s'ils n'existaient pas. En réception de service, essayez de ne pas vous gêner, placez-vous bien et dites-vous toujours ça : « si une balle vient vers moi, elle est pour moi, je la prends », quand vous réceptionnez, ne perdez jamais la balle des yeux, jusqu'au contact. Un dernier conseil, quand vous serez au service, pour ceux qui ne peuvent pas taper fort, servez très haut, obligez-les à lever la tête, ils seront moins précis dans la passe qui suit. C'est bon pour tout le monde ? Allez les gars, c'est le moment, et rappelez-vous : on n'a pas gagné, on n'a pas perdu avant la marque du dernier point !

La partie fut équilibrée dans son début, aucune équipe ne put distancer l'autre de plus de deux longueurs. Florian était survolté et Gilles, toujours aussi souple et agile remontait un nombre incroyable de balles en défense. Le score venait de repasser à dix-sept – dix-neuf, toujours en faveur leurs adversaires, quand Valentin qui était remplaçant entra à la place de Quentin pour servir. Florian se trouvait à l'avant gauche, Bouboule au centre, Olivier à l'avant droit, Gilles en poste de défenseur prioritaire et Charly à l'arrière gauche.
— Maintenant ! cria Valentin en expédiant très haut la balle. Le réceptionniste adverse, habitué à un service retombant moins verticalement, rata sa manchette et expédia un ballon irrécupérable dans le filet.
— Dix-huit-dix-neuf, compta monsieur Doucet en tendant le bras vers l'équipe de quatrième C.
Coup de sifflet, Valentin refit le même service. Le receveur contrôla mieux son geste mais le passeur ne put relever assez la balle. L'attaquant face à Quentin fut obligé de la pousser à deux mains vers Charly. Celui-ci la leva vers Bouboule lequel expédia une bonne passe haute vers Florian. Ce dernier arma son bras droit mais au lieu de frapper dévia la balle vers l'opposé du filet dans le vide du camp adverse.
— Point, fit monsieur Doucet en désignant le sol. Égalité à dix-neuf, service quatrième C toujours.
Valentin pour la troisième fois servit très haut mais l'adversaire avait compris. Réception, passe, smatch ! Gilles plongea et releva miraculeusement le ballon d'un bras en bout de plongeon. Celui-ci arriva au-dessus de Charly qui poussa une balle haute vers Olivier, lequel fit la même feinte que Florian et marqua.
— Vingt à dix-neuf, balle de match, déclara le prof de gym.
Valentin cette fois assura un service normal que le réceptionniste pensant le surprendre lui réexpédia immédiatement. D'une manchette double, il passa habilement la balle à Bouboule qui s'était positionné pour faire une passe à Florian. Tous les adversaires s'étaient approchés du filet pour contrer ou relever une éventuelle carotte mais Pascal au lieu de passer, d'une manchette double également, réexpédia le ballon dans un angle du fond du terrain adverse.
— Faute ! Out ! Elle est dehors ! La balle est faute ! crièrent leurs adversaires.
Monsieur Doucet, bras pointé vers le sol, siffla le point.
— Mais la balle est faute, m'sieur, se rebella le capitaine adverse.
— La balle a touché le trait, le trait fait partie du terrain donc la balle est dans le terrain. Vingt et un dix-neuf, victoire de la quatrième C trancha le professeur dans les cris de joie de Florian et de ses équipiers. Serrez la main de vos adversaires.
En bougonnant, les six meilleurs de quatrième A passèrent sous le filet et serrèrent mollement les mains tendues des équipiers de Florian. En passant, le capitaine adverse vexé écrasa volontairement les orteils de Bouboule qui hurla de douleur.
— Qu'est-ce qui t'arrive ? Je t'ai serré la main un peu trop fort ? se moqua l'autre.
— Tu as fait exprès de me marcher sur le pied, tout ça parce que tu es véreux d'avoir perdu, répondit Bouboule en ôtant sa chaussure de sport et en se massant les doigts de pied. Tu n'es qu'un mauvais joueur !
— Fais gaffe à ce que tu dis, minus à binocles ! menaça le grand type.
— Toi, tu ne touches pas à mes amis ou je t'en colle une ! répondit Florian.
— Doucement, doucement tout le monde, tenta de calmer monsieur Doucet, vous avez tous bien joué et bien participé, ne gâchez pas cette belle journée.
— Eux ils ont participé mais nous, nous avons gagné ! appuya Bouboule vindicatif et, se tournant vers le capitaine des quatrième A, il ajouta : si tu veux avoir une chance de gagner à ton tour, essaie donc la marelle, pauvre nul !

Face à ses équipiers regroupés dans la cour avant la sortie, Florian félicitait chacun de ses hommes.
— Bravo les gars, je suis hyper fier de vous, vous avez tous joué comme des dieux du stade, oui, même toi Bouboule !
— Tu as bien dis tout à l'heure qu'une partie se gagne quand on marque le dernier point hein ? Alors c'est moi qui ai gagné le match, rigola Bouboule, ravi en dépit de son autodérision.
Quand les rires soulevés par la remarque se furent calmés, Charly annonça :
— Pour fêter la victoire, je vous invite tous demain après-midi à la villa. Coca et limonade à volonté et n'oubliez pas de prévenir les copines, je les invite aussi.
— Même Em... commença Gilles.
— Emily a défendu Valentin dans l'affaire Jocrisse. Je l'invite donc également. Tu n'y vois pas d'inconvénient Valentin ?
— Aucun, sinon qu'elle sera un peu mal à l'aise. Ce sera à vous de faire le nécessaire pour l'intégrer, moi je ne peux pas, vous comprenez.
— D'accord, donc demain à partir de quatorze heures.