VALENTIN S'AFFIRME

32. UN DRAME

À quatorze heures trente chez Charly, ils étaient tous là sur la superbe pelouse face au lac à jouer au ping-pong, au frisbee, au mölkky, tous sauf Bouboule. Bien entendu Eva fut la première à s'en inquiéter. Elle aborda Valentin, un peu rougissante.
— Est-ce que Pascal t'a téléphoné aujourd'hui ?
— C'est plutôt à toi qu'il téléphone d'habitude, non ?
Eva rougit un peu plus et secoua affirmativement la tête. S'apercevant que Eva semblait avoir du mal à s'exprimer, Valentin ajouta :
— Ça ne va pas ? Tu as mal à la gorge ?
Eva secoua encore la tête mais négativement cette fois.
— Qu'est-ce qui se passe Eva, tu t'es fâchée avec Pascal ?
— Oh non ! réussit-elle à articuler, c'est que Pascal est toujours à l'heure avec moi et quand il ne peut pas venir, il me téléphone. Mais là, rien !
— Ne t'inquiète pas Eva, il peut y avoir dix raisons différentes à son retard : téléphone oublié ou déchargé, vélo dégonflé ou crevé, nécessité pour lui d'aider ses parents, une tante ou un cousin qui débarque à l'improviste, une nouvelle petite amie... mais non Eva, je plaisante, ajouta-t-il en voyant le visage de celle-ci se chiffonner. Attends, je l'appelle.
Valentin, sortit son smartphone, fit apparaître la liste de ses amis et toucha le nom de Pascal. Dès que la communication fut établie, elle bascula sur l'annonce de sa messagerie. Sourcils soudain froncés, il lança à la cantonade :
— Oh, les amis, quelqu'un a des nouvelles de Bouboule ?
Face au silence interrogatif du groupe, Valentin se mit à réfléchir. « Voyons, Bouboule adore être avec les copains, surtout quand Eva est présente, jamais il ne refuserait une invitation, donc il s'est passé quelque chose, mais quoi... Impossible à deviner. Il faut que j'aille jusqu'à chez lui. »
— Gilles ? Je fais un saut jusqu'à chez Pascal ! prévint-il.
— Pourquoi faire ? Le voici qui arrive.
Pédalant à toute vitesse sur le chemin des roselières jouxtant les pelouses de la villa de Charly, Bouboule dérapa freins bloqués devant le portail d'accès au lac, laissa tomber son VTT, lui d'habitude si soigneux de son matériel.
— Marion Lacombe a eu un accident ! hurla-t-il.
Devant ses amis rapidement regroupés, il poursuivit :
— Elle et son petit frère se sont fait faucher par une voiture ce matin ! C'est vachement grave ! Ils sont à l'hôpital !
— Du calme Bouboule, c'est toujours quand c'est grave qu'il faut essayer de garder l'esprit clair. Comment sais-tu cela ? Tu as vu l'accident se produire ? lui demanda Valentin.
— Non. Mais tu sais que la famille de Marion habite le même immeuble HLM que mes parents, c'est un voisin qui vient de nous prévenir.
— Est-ce que tu sais ce qu'ils ont exactement.
— Il paraît que son petit frère a un bras cassé mais Marion est dans le coma ! C'est où le coma ?
— C'est quand on est et qu'on reste évanoui, expliqua Mathilde.
— L'accident a eu lieu ce matin tu as dit, à quel endroit ? questionna Valentin.
— Sur la route qui suit le torrent, juste avant le camp scout.
— Et la voiture ?
— Elle ne s'est pas arrêtée ! Les sirènes des voitures des pompiers ce matin, c'était pour eux !
— Dans la classe, Marion Lacombe ne fait pas partie de notre groupe mais elle n'est pas non plus avec nos ennemis. Il faut savoir ce qui s'est passé et aussi ce que nous pouvons faire, décida Gilles.
— Tu as raison, reprit Valentin, d'abord il nous faut avoir de ses nouvelles. Le plus proche d'elle, c'est toi Bouboule. Essaie de contacter ses parents si tu peux trouver une façon de les joindre. Gilles et moi allons voir le lieu de l'accident pour essayer de comprendre. Nous serons de retour ici dans un quart d'heure.
Gilles et Valentin sautèrent sur leurs VTT et foncèrent à toutes pédales vers le camp scout désert qu'ils traversèrent pour se retrouver rapidement devant la barrière interdisant le passage des voitures mais laissant un chemin libre pour les vélos. Ils remontèrent la petite route communale sur une centaine de mètres sans rien observer de particulier.
— Essayons dans l'autre sens, suggéra Gilles en faisant un habile demi-tour sur la route étroite.
Un peu avant la barrière du camp scout, la route tournait à angle droit et s'engageait entre deux prairies pâturées et là, à une dizaine de mètres du virage, de la sciure de bois épandue au sol marquait l'endroit du drame.
— C'est ici qu'a eu lieu l'accident, murmura tristement Valentin, ils ont répandu de la sciure pour éponger les taches de sang.
Il resta là, immobile et silencieux, les larmes au bord des cils pendant plus d'une minute. Soudain il se secoua, son visage prit une expression déterminée. Concentré au maximum, il fit lentement un tour sur lui-même pour mieux examiner l'environnement du drame.
— Gilles, je m'éloigne un peu pour prendre une ou deux photos.
— Ce n'est vraiment pas un souvenir à garder ! reprocha son ami.
— Une photo n'est pas obligatoirement un souvenir mais c'est un témoignage, elle permet d'avoir une vue d'ensemble et de mieux comprendre ce qui a pu se passer.
La route venant du centre du village passait entre le torrent dont elle longeait la rive gauche et un pâturage limité par une clôture de trois fils de fer barbelés soutenus par des piquets en bois jaune avant de tourner à angle droit pour s'éloigner du cours d'eau. Une petite cépée de frêne marquait à l'intérieur l'angle de la pâture. Sur la droite de la route, un autre pâturage clos d'un simple fil électrifié supporté par des tiges de fer limitait le domaine d'un petit troupeau de génisses à robes rousses. Valentin prit plusieurs clichés de l'ensemble des lieux avant de revenir au niveau de celui de l'accident.
— Gilles, s'il te plaît, éloigne-toi en reculant et en remontant vers le village. Arrête-toi quand tu ne me verras plus.
— D'accord. Je recule... je recule... Top ! Tu es masqué par le buisson à ma gauche devant.
— OK, ne bouge plus, je vais estimer la distance.
Valentin comptant ses pas s'avança en suivant le milieu de la route jusqu'à son ami.
— Vingt-neuf pas donc entre vingt et vingt-cinq mètres. Merci Gilles. Je vais tenter d'estimer le temps qu'il faut à une voiture pour parcourir cette distance en fonction de la vitesse.
Valentin activa l'application calculette de son smartphone et se mit à raisonner tout haut.
— Une vitesse raisonnable dans ce virage d'une route étroite sans visibilité, ce serait disons quinze kilomètres à l'heure. Il faut que je raisonne en mètres et en secondes. Une heure c'est 3600 secondes, 15 kilomètres c'est 15.000 mètres.
Valentin se mit à tapoter sur son écran.
Je veux obtenir une durée en secondes, voyons, si une voiture met 3600 secondes pour faire 15.000 mètres, pour faire 1 mètre elle met 15.000 fois moins et pour faire 25 mètres, 25 fois plus donc j'obtiens... 6 secondes.
Six secondes, ça donne au chauffeur le temps de freiner en cas d'obstacle. Maintenant si je double la vitesse : 30 à l'heure, je dois diviser le temps de parcours des 25 mètres par deux donc 3secondes. A 60 km/h, 1 seconde et demie et à 120 à l'heure 75 centièmes de seconde.
Tu vois Gilles, pour moi cette auto roulait au minimum à soixante kilomètres à l'heure.
— Soixante à l'heure sur cette route, mais c'est criminel !
— C'est bien mon avis ! Maintenant je vais examiner de plus près l'endroit du choc.
— Comment peux-tu parler aussi froidement d'un fait qui a gravement blessé une de nos copines ?
— J'ai autant de peine que toi tu sais, mais ça ne sert à rien de pleurer. Je veux comprendre comment cet accident a été possible sur une si petite route.
Revenu à la tâche de sciure, il en fit plusieurs fois le tour avant de ressortir son smartphone, de se pencher vers le sol et de faire plusieurs clichés du goudron de la route, des gravillons du bas-côté, de l'herbe haute d'une trentaine de centimètres succédant aux graviers et de celle plus rase au niveau de la clôture électrique. Soudain, il se mit à genoux et ramassa dans l'herbe rase plusieurs petits bouts ressemblant à du verre blanc cassé. Il se redressa ensuite et alla examiner de près la clôture barbelée de l'autre côté. Les poteaux plantés bien verticalement semblaient récents et un des trois fils barbelés était neuf. Valentin s'éloigna d'une trentaine de mètres et observa la clôture en enfilade. Un des piquets était légèrement incliné vers l'intérieur de la prairie, quelques mètres après le lieu du choc. Il se rapprocha de ce piquet qu'il examina attentivement et prit une nouvelle photo : un gros plan de deux ardillons du barbelé neuf. Un peu plus loin sur la route, il se pencha vers le sol et ramassa un morceau de verre un peu plus gros que les précédents.
— Je crois que j'en sais assez maintenant, retournons voir les copains, nous allons avoir du travail.

Quand ils revinrent à la villa de Charly, les amis avaient cessé de jouer, personne n'avait le cœur à s'amuser alors qu'une de leurs camarades de classe souffrait sur un lit d'hôpital. Face aux regards anxieux et interrogateurs, Valentin expliqua :
— Nous avons vu le lieu de l'accident, il se situe non loin de l'endroit ou la route est très étroite et s'écarte de la rivière. J'ai pu observer quelques petits indices mais avant de vous expliquer et d'avoir votre avis, je veux téléphoner à l'adjudant-chef Lemoine car je pense que c'est son équipe qui a fait les premières constatations et qui est chargée de l'enquête. Je mets le haut-parleur de mon smartphone. Voilà, ça sonne.
— « Oui, c'est moi mon adjudant-chef. Je ne veux pas vous ennuyer ni vous faire perdre votre temps. En quelques mots, Marion Lacombe, une de nos amies ainsi que son petit frère Léo auraient été fauchés par une voiture ce matin. Là nous sommes quatorze de sa classe et nous voudrions savoir ce qui s'est passé exactement. Pouvez-vous nous en dire plus ?
— L'accident a eu lieu à dix heures quinze ce matin. C'est un campeur du terrain privé voisin qui a entendu le choc et les cris du jeune Léo. Il s'est rapidement rendu sur place et a prévenu l'ambulance des pompiers qui nous ont averti à leur tour. La jeune fille était sans connaissance et saignait abondamment, le garçon se plaignait de son bras. Le conducteur de la voiture ne s'est pas arrêté et nous n'avons pas d'indices pour l'instant. Mes hommes sont à la recherche de témoignages et questionnent tous les gens qui pourraient avoir vu quelque chose. C'est tout pour le moment Valentin. Je comprends que cet accident vous touche de près et nous allons tout faire pour trouver rapidement le responsable.
— Merci mon adjudant-chef, je sais que vous allez faire tout votre possible. Avez-vous des nouvelles de Marion et de Léo ?
— Non, rien de nouveau pour l'instant. Les parents sont auprès d'eux et pourront peut-être vous renseigner.
— Merci encore. Au revoir mon adjudant-chef. »
Valentin coupa la communication et s'assit sur la pelouse, imité par tous les amis. Il réfléchit quelques secondes avant de déclarer :
— Marion a été renversée par un chauffard qui a lâchement pris la fuite au lieu de venir à son secours. Si Léo son petit frère n'avait pas crié pour attirer l'attention, ils n'auraient pas été secourus tout de suite or dans ce cas, les médecins disent que chaque minute compte. Je propose que nous essayions de retrouver ce sinistre personnage.
— C'est peut-être plus simple de laisser faire les gendarmes, non ? objecta Mathilde.
— Les gendarmes ont beaucoup d'autres enquêtes à mener et pour celle-ci, ils n'ont pas d'indices. Nous, nous en avons.
— Lesquels ? s'enquit Amandine très intéressée.
— Tout d'abord ceci, répondit Valentin en sortant d'une poche les débris transparents qu'il avait récupérés sur le lieu du drame. Je pense qu'il s'agit de morceaux d'un projecteur, d'un phare de voiture.
— Rien ne nous dit qu'ils appartiennent à la voiture du chauffard, opposa Emily.
— Deux accidents au même endroit ayant pour conséquence un bris de phare, c'est assez improbable, d'autant plus que le plus gros morceau, je l'ai trouvé plus loin sur la route, comme s'il était tombé après le choc, mais tu as raison, ce n'est pas impossible. Quoi qu'il en soit, je vais aller voir l'adjudant-chef Lemoine et les lui donner. Leur section scientifique pourra peut-être déterminer le type de voiture dont ils proviennent.
— C'est bien maigre comme indice, je doute que l'on puisse déterminer le type d'une voiture rien qu'avec des morceaux de plexiglas, pensa tout haut Olivier. Et si on allait voir Marion et son frère à l'hôpital plutôt ?
— Marion est dans le coma. Si elle n'en est pas sortie, elle ne pourra rien nous dire, fit remarquer Mathilde.
— Mais son frère si ! compléta Margot.
— Il a quel âge Léo ? demanda Florian.
— Sept ans à peine, il finit son année de CP, informa Bouboule.
— Je doute qu'à cet âge on sache reconnaître les marques de voitures, reprit Florian.
— Il n'empêche qu'il faut aller les voir, c'est le moins que nous puissions faire pour l'instant, estima Gilles. Qui veut y aller ?
— C'est ma voisine, reprit Bouboule, je vais demander à ses parents de m'emmener s'ils veulent bien.
— Je veux y aller aussi, ajouta Eva. Je m'entends bien avec Marion.
— On en reste là ? demanda Quentin, tu as une autre idée Val ?
— Oui. Je vous explique la configuration des lieux. La route est très étroite à cet endroit-là, quatre mètres à peu près. Du côté où a eu lieu le choc, il y a un bas-côté en herbe puis une clôture électrique. Les vaches ont l'habitude de passer la tête sous le fil pour brouter l'herbe plus drue au-delà, donc l'herbe est plus rase à ce niveau et c'est là que j'ai trouvé les premiers débris de phare, pas sur la route. Donc Marion était sur le bas-côté quand elle a été renversée. Elle n'est absolument pas fautive dans l'accident. Pour manquer à ce point son virage, la voiture devait aller à grande vitesse. Je n'ai observé aucune trace de freinage, seulement un endroit balayé de ses gravillons lesquels ont été projetés sur l'herbe tondue par les vaches. La personne qui conduisait a dû donner un violent coup de volant au dernier moment, ce qui a fait déraper l'arrière de la voiture. Elle s'est probablement mise en travers de la route et un autre coup de volant dans l'autre sens a été nécessaire pour la redresser. La voiture a dérapé dans l'autre sens et son aile arrière a touché les barbelés au niveau d'un piquet, l'inclinant légèrement.
— Tout ceci n'est que suppositions, même si ça semble très logique. Comment le prouver ? demanda Emily.
— J'ai pris une photo de deux ardillons de barbelés au niveau du poteau un peu incliné vers la prairie. Je vous la fais passer. Remarquez en l'agrandissant que ceux-ci présentent des traces de peinture bleue. Ma conclusion est que cette voiture a son phare avant droit cassé, qu'elle est bleue et qu'elle présente deux éraflures sur son aile arrière gauche.
Amandine prit la parole en réfléchissant tout haut : — Il nous faut trouver une voiture bleue avec un phare cassé et des rayures à l'arrière. Le proprio va se dépêcher de faire réparer donc en cherchant dans les garages on peut la trouver...
— C'est bien raisonné Amandine mais mets-toi à la place du chauffard...
— Sûrement pas !
— C'est juste pour le raisonnement. Tu as un phare cassé avec peut-être des traces de sang dessus...
— Oh mon dieu ! fit Lucie hypersensible.
— Tu sais que les gendarmes vont rechercher un véhicule présentant ces traces-là, continua Valentin, qu'est-ce que tu fais ?
— Je lave l'endroit du choc.
— Pas suffisant. Comment masquer les traces d'un accident ayant brisé un phare ?
— En achetant un phare d'occasion pour le remplacer ? proposa Florian.
— Cela suppose que le chauffard ait des dons de bricoleur mais surtout que le reste de l'aile avant droite ne soit pas cabossée ce qui me semble hautement improbable. Que faire pour masquer de petits dégâts ?
— J'y suis ! dit Gilles, il va provoquer un autre accident, uniquement matériel celui-là, pour masquer le premier.
— Exactement ! Donc pour en revenir à l'idée d'Amandine, il faut chercher dans les garages une voiture bleue avec l'aile avant droite complètement enfoncée. Le gars va soit rentrer dans un arbre, soit dans un mur, soit dans une voiture à l’arrêt. Faisons donc des binômes de recherche pour inspecter les garages de réparation de carrosserie. Dans le village, il y a un Peugeot et un Renault, à Ville Semnoz, il y a un Citroën, commençons donc par là.
— Comment on va présenter les choses aux garagistes ? s'enquit Olivier, pragmatique.
— On peut dire qu'on fait des exposés à l'école sur différents métiers et qu'on se renseigne sur celui de carrossier, proposa Quentin.
— Excellent, approuva Mathilde. Les gens adorent parler de leur profession.
— Commençons dès lundi après la classe et prenez des photos si vous découvrez quelque chose : l'aile avant droite, l'aile arrière gauche, la plaque d'immatriculation et même l'intérieur du véhicule si vous en avez l'occasion.
— Vous n'allez pas chercher plus loin que le village ? demanda Emily.
— Ne dis pas « vous », Emily. Tu fais partie de l'équipe alors il faut dire « nous », répliqua Valentin. Dans un premier temps, cantonnons-nous à ces trois garages car pour connaître cette petite route, le chauffard est probablement du coin.

Le lendemain dimanche, Valentin qui avait relaté l'accident à ses grands-parents demanda à son grand-père en lui montrant la photo du piquet de clôture à barbelés :
— Avec quoi fait-on ces piquets Jean-Claude ?
— Un bon paysan choisit toujours un bois qui dure dans le temps, qui ne casse pas, qui est courant dans la région. Il le plante profond et bien verticalement pour éviter d'avoir à refaire sa clôture tous les ans. Dans le cas de ta photo, le bois est jaune, les lignes sont bien droites, c'est de l’acacia. Ce piquet a reçu une poussée importante pour être incliné alors que les autres sont verticaux.
— Merci pour tes explications Jean-Claude, cela confirme ce que je pensais.
— Tu n'as pas d'autres nouvelles de ton amie et de son petit frère ?
— J'attends d'un instant à l'autre un appel de Pascal Boulot qui est allé les voir avec Eva. Les parents de Marion ont accepté de les emmener. Ils pensent que quand Marion se réveillera, cela lui fera du bien de voir des figures amies.
— Ils n'ont pas tort. Pourvu qu'elle se réveille ! Un choc à la tête c'est toujours grave et les conséquences sont imprévisibles.
— Oh, j'ai un appel, dit Valentin en sentant vibrer son smartphone dans la poche arrière de son bermuda. C'est Pascal ! « Alors Bouboule, comment va-t-elle ?
— Elle est sortie du coma. Elle a subi un traumatisme crânien, probablement quand sa tête a touché le sol. Elle a aussi une fracture du bassin et une entorse à la cheville droite. Son frère Léo a une double fracture du radium et du coudium, enfin les os du bras et la main toute éraflée par des gravillons. Marion a l'air encore bien sonnée. On lui a parlé, elle nous a reconnus car elle a essayé de nous sourire mais elle ne peut pas parler. D'après ce qu'a dit le chirurgien à ses parents, elle a un hématome dans la tête, dans la partie gauche du front, c'est pour ça.
— Est-ce que le docteur a dit qu'elle pourrait reparler ?
— Il paraît qu'on ne peut pas savoir à l'avance.
— Elle va rester longtemps à l'hôpital ?
— Oui, au moins une semaine. Ensuite elle pourra rentrer chez elle mais ne pourra pas marcher tout de suite. Son petit frère va rentrer chez lui dès ce soir.
— Merci pour tes infos Bouboule, dis-lui que nous pensons tous à elle, mais ne lui parle pas de l'enquête.
— Ah, j'allais oublier de te dire pour l'enquête justement, Léo a dit que c'était une voiture bleue mais il ne sait pas la marque.
— Merci Bouboule, à demain. »
Après avoir coupé la communication, Valentin resta un instant songeur avant de demander à son grand-père :
— Jean-Claude, pourquoi une personne ne parle pas ?
— Parce qu'elle n'a rien à dire !
Valentin sourit tristement à cette facétie de son grand-père.
— Sérieusement quelles sont les causes qui font qu'une personne ne puisse plus parler ?
— C'est au sujet de ton ami Marion, n'est-ce pas ?
Valentin, front ridé par la concentration, hocha affirmativement la tête.
— D'après ce que j'ai compris, elle a subi un traumatisme crânien qui a dû léser la zone du cerveau dédiée à la parole. Je crois me souvenir que cette zone se situe dans la partie frontale gauche du cerveau.
— Tu crois qu'on peut guérir de ça ?
— Je ne suis pas médecin mais il me semble que si c'est dû à un hématome, un amas de sang causé par la rupture de vaisseaux sanguins dans la tête, si cet hématome se résorbe rapidement, elle peut retrouver ses facultés petit à petit. Si la zone est abîmée à la suite d'une fracture, c'est plus problématique.
— Une fracture met combien de temps à se réparer ?
— Entre trois semaines et deux mois selon l'âge, l'état de santé de la personne et aussi son alimentation.
— Est-ce que la parole revient toute seule ?
— Elle peut mais l'aide d'un orthophoniste est souvent nécessaire.
— Est-ce que le fait d'être entourée par ses amis peut accélérer sa guérison ?
— J'en suis convaincu mon petit Valentin.