VALENTIN S'AFFIRME

39. FILATURE

A dix heures du matin, ils étaient là, tous sauf Pauline qui devait être prise au passage, la route passant devant chez elle. Gilles prodiguait ses conseils aux filles pour la montée en vélo, sous le regard amusé de Valentin.
— La pente n’est pas très accentuée mais on l’aborde sans échauffement alors oxygénez-vous bien en respirant à fond pendant au moins trente secondes. Dans la montée, servez-vous du dérailleur plutôt que de monter en danseuse, votre sac à dos vous déséquilibrerait. Si vous avez mal aux jambes, pensez à quelque chose d’agréable ou chantez dans votre tête. J’ai expérimenté la recette et elle fonctionne. Si vous avez un coup de pompe, n’ayez pas honte de le dire, on fera une petite pose.
— Avec Margot grâce à son père et sa carriole, nous avons déposé hier soir le matériel lourd à l’accueil du camping, continua Florian, maintenant il n’y a plus qu’une seule chose à faire.
— Quoi donc ? demanda Gilles en fronçant les sourcils.
— En profiter mon vieux ! Tu donnes le signal de départ quand tu veux.
— Oui, j’attends encore un peu.
— Ah, pourquoi ?
— Là-bas vers le petit parc, il y a Thénardier et Clébar qui nous matent. Je ne veux pas qu’ils sachent où l’on va.
— Bah, c’est simple, il n’y a qu’à les aiguiller sur une fausse piste, fit Bouboule toujours aussi futé. Passons par la passerelle des écoliers, le chemin des morilles et on retrouvera la route après la passerelle des peupliers.
— Bon, top départ, suivez Bouboule !
La petite troupe se mit à rouler en file indienne, Valentin se positionnant délibérément en dernière position. Au moment de tourner à droite au niveau du magasin de fleurs, il jeta un coup d’œil en arrière et aperçut ses deux plus actifs ennemis prendre la même direction que lui. Cent mètres plus loin, juste après la première passerelle, au moment de tourner à gauche dans le chemin des morilles, Valentin se retourna encore : ils avaient comme eux emprunté le passage des écoliers. Faisant un rapide demi-tour, il suivit sur vingt mètres la petite route conduisant à la boulangerie puis s’arrêta, descendit de son VTT, fit semblant d’examiner sa roue arrière et regarda vers la passerelle. Après un moment d’hésitation, Clébar et Thénardier s’engagèrent sur le chemin des morilles. Valentin sortit son smartphone et appela Gilles.
— Gilles, ils vous suivent ! Après la passerelle des peupliers, au niveau de l’église, revenez en arrière, et refaites la boucle, il ne faut pas qu’ils sachent où nous allons.
— Bien reçu, répondit laconiquement son ami.
Valentin remonta sur son vélo, retourna jusqu’au niveau du fleuriste et attendit sa troupe. Quand elle l’eut rejoint, il proposa rapidement son plan.
— Séparons-nous. Gilles, Olivier, Pascal avec Eva, Lucie, Mathilde et Margot, reprenez l’itinéraire convenu et allez jusqu’au camping. Partez tout de suite. Les autres avec moi, attendons cachés par le mur du cimetière qu’ils nous rejoignent. Ils vont se trouver tout bête et probablement continueront droit vers la mairie. Nous en profiterons pour foncer jusqu’à la petite route qui rejoint l’autre au niveau du pont de l’ancienne scierie, près de chez Pauline. Si on fait vite, ils ne nous verront même pas tourner. Allez, go !
— Tout en roulant à toutes pédales, Florian demanda :
— Comment saura-t-on qu’on les a semés ?
— Nous ne pourrons pas en être sûrs. Mais Gilles a raison, j’aime autant qu’ils ne sachent pas où nous allons et ce que nous faisons. Ces mecs et leur bande ne construisent jamais rien, ils ne pensent qu’à démolir, donc, connaissant leur amour pour nous, vivons cachés.
— S’ils trouvent où on va et s’ils viennent nous attaquer, je leur démolis le portrait ! affirma Florian avec force.
— Ils sont bêtes mais pas au point de nous attaquer en position d’infériorité. Olivier et toi, Gilles et moi pouvons facilement les stopper et les renvoyer dans les cordes. Ce que je crains ce sont des attaques plus insidieuses, contre le matériel quand on n’est pas là, tentes, vélos, provisions... Tout ce qui peut gâcher notre séjour. Je me demande comment ils ont fait pour savoir que nous organisions un camp de vacances. Personne dans le groupe n’est assez bête pour avoir vendu la mèche !
— Les jumelles ont dû se douter de quelque chose puisqu’elles ont vu notre réunion chez Charly, suggéra la voix essoufflée d’Emily.
— Ça c’est possible, je les ai vues à sept heures du soir au supermarché en train de discuter avec la maman d’Eva, mais je ne sais pas ce qu’elles se sont dit, continua Amandine.
— Elles ont pu comprendre qu’on partait ce matin en camping en se faisant passer pour des participantes, suggéra Quentin.
— Elles et ils ne savent pas exactement à quel endroit nous allons, sinon, Tony et Clément n’essaieraient pas de nous suivre, déduisit Valentin. J’espère qu’ils ne vont pas tomber sur la bonne hypothèse en discutant entre eux.
— Ah, les copains sont là avec Pauline, se réjouit Charly, leur groupe arrivant à la jonction des deux routes. Apparemment, on les a semés.
— Allez, dit Gilles, on roule, il reste un kilomètre et demi avant les vacances !