VALENTIN EN VACANCES

1. FIN D'ANNÉE

C’est la récréation matinale du dernier jour de classe de l’année au collège de Saint Thomas du Lac. Le soleil de fin juin a déjà grillé les maigres carrés de pelouse entre les peupliers séparant la cour des terrains de sport.
Négligeant pour une fois leur banc favori, avachis sur l’herbe parcimonieuse cannelée de racines, Valentin et ses treize amis discutent des vacances toutes proches.
— Et toi, où vas-tu cette année ? demande Florian à Gilles son voisin.
— Quinze jours en mobil-home dans un camping de Vendée.
— Où exactement ?
— Saint Gilles Croix de Vie. Piscine, plage et baignade dans les vagues, et toi ?
— Nous partons dans le sud en camping-car pour faire du VTT sur le chemin de halage du canal du midi.
— Attends, je comprends mal, si vous faites tous du vélo, qui est-ce qui ramène votre camion à l’étape du soir ?
— C’est tout simple. Mes parents choisissent un endroit sympa où stationner. Le matin nous roulons sur le chemin de halage dans un sens et nous revenons au camion pour le repas de midi. L’après-midi, nous faisons la même chose dans l’autre sens. Puis nous changeons de lieu de stationnement pour le lendemain.
— Donc vous allez faire deux fois le trajet en vélo, déduisit Valentin.
— Oui, mais ce n’est pas pour me déplaire, j’adore faire du VTT. Sans compter que le paysage vu à l’aller n’a pas le même aspect que celui vu au retour.
— Personnellement, je préfèrerais naviguer sur le canal à bord d’une péniche, intervint Amandine, la jolie rouquine.
— Vautré dans une chaise longue sur le pont d’un bateau, très peu pour moi, il me pousserait des racines ! commenta Florian. Et toi, où vas-tu aller ? poursuivit-il.
— Nous retournons dans notre location en Bretagne.
— Tu prends goût à la pluie !
— Tu n’y connais rien, il ne pleut pas plus qu’ici.
— C’est vrai, intervint Gilles, en Bretagne, il fait beau plusieurs fois par jour. Tu vas faire un stage de voile comme l’an dernier ?
— Non, cette année je suis inscrite pour des cours de windsurf. Toi Valentin, tu retournes en Australie faire du ski ?
— Non, cette année, je reste en France. Ce sont mes parents qui viennent ici les quinze derniers jours de juillet.
— Et avant ça, demanda Quentin, que fais-tu ?
— Mon grand-père m’a promis une surprise mais je n’ai rien pu deviner et ma grand-mère pour une fois sait tenir un secret. Et toi ?
— Moi je reste dans le coin, rien de prévu.
— Mon pauvre, intervint Bouboule moqueur, être obligé de rester dans une région qui attire des milliers de touristes, je te plains !
— Tu restes aussi dans la région ? poursuivit Quentin.
— Non, nous sommes inscrits en colonie de vacances dans la Vallée Verte.
— Nous ?
— Eva et moi.
— Un peu comme l’an dernier donc, commenta Valentin. Et toi Margot, tu retournes en Picardie ?
— Ben oui. L’entreprise de mon père marche bien maintenant, mais il ne peut pas encore prendre de vacances donc je retourne chez mon oncle près de Villers-Cotterêts. Ce qui veut dire vélo, lecture et promenade en forêt.
— C’est un peu comme moi, ajouta Lucie. En Haute Marne chez mon oncle, ma tante et mon cousin.
— Il s’est bien rétabli de son opération ton cousin ? s’enquit Florian.
— Oui, ça va, il se remet tout doucement et ça, c’est grâce à vous tous, répondit Lucie émue rétrospectivement.
— De quoi s’agit-il ? demanda Emily, nouvelle venue dans le groupe.
Voyant l’émotion de son amie Lucie, Gilles expliqua :
— Son cousin avait une tumeur sur une glande importante du cerveau. Il fallait qu’il aille aux États Unis pour se faire opérer. Nous avons un peu aidé à financer le voyage.
— Comment avez-vous fait ? demanda à son tour Charly également nouvellement intégré.
— On s’est présenté au jeu des mille euros « spécial jeunes » et on a gagné le super banco, triompha Bouboule. Enfin c’est surtout Mathilde et Valentin qui sont allés au bout. Et toi Charly, tu pars en vacances ?
— Je n’osais pas trop le dire. Mes parents ont fait un échange de villa avec une famille américaine. Nous allons sur la côte ouest, à Los Angeles, près de la plage de Malibu.
— Ben dis-donc ! s’émerveilla Olivier, il y en a qui ont du bol ! Bon, moi je ne me plains pas, mes parents ont loué un mobil home dans un camping en Ardèche pour la dernière semaine de juillet. Je vais me perfectionner en technique du canoë en descente de rivière rapide. Et vous les filles ? Mathilde ?
— Je vais à Paris pour un stage de perfectionnement au violon avec un grand virtuose, je suis super heureuse !
— Emily ?
— Je retourne à Brighton avec mes parents.
— Définitivement ? lança Valentin en tentant de prendre un air indifférent.
— Oh non, j’espère bien que non, je suis trop bien ici avec vous. Nous partons un mois et ensuite j’irai avec ma mère dans notre chalet du Grand-Bornand.
— Il n’y a plus que toi, Pauline, compléta Olivier.
— Moi, c’est comme Quentin, je passe les vacances chez moi, mais finalement j’aime bien. Mes parents m’ont donné un coin de jardin et je fais pousser des fleurs et des légumes. Ah, ça sonne ! Dernière heure de math. Vous croyez que le prof va faire cours ?
— Tu aimes toujours autant les maths à ce que je vois ! souligna Gilles.
— J’ai toujours eu du mal en math ! J’écoute en classe, j’apprends mes leçons, mais j’ai toujours des difficultés à comprendre. Je préfèrerais être bonne mais je suis comme ça !