VALENTIN EN VACANCES

12. DERNIÈRE ÉTAPE

L’incident de la nuit avait balayé les derniers doutes de Valentin. Persuadé que leur voisine de chambre n’avait pas rêvé, il avait mis au pont une marche à suivre pour tenter d’assurer une fin heureuse à cette histoire.
Dès le réveil, il questionna son grand-père.
— Dis-moi Jean-Claude, quel est le programme du jour ?
— Et bien vous allez escalader votre premier « trois mille. »
— Quel est l’itinéraire ?
— Nous allons emprunter le chemin qui suit la route jusqu’à son terminus, au parking du Pont de la Pêche. Ensuite sentier de montagne jusqu’au col d’Aussois et là, sur la droite, se dresse la pointe de l’Observatoire à trois mille quinze mètres. Son escalade est plutôt facile. Il y aura sûrement encore pas mal de névés. Ensuite dernier piquenique puis descente jusqu’au barrage du plan d’amont d’Aussois au pied de la dent Parrachée. C’est là qu’Isabelle viendra nous récupérer vers dix-sept heures. La marche sera longue mais sans grande difficulté.
— Jean-Claude, avant de partir j’ai une question à te poser : comment faire pour contrôler légalement le coffre d’une voiture ?
— Quelle drôle de question ! La gendarmerie peut le faire si elle en a la mission ordonnée par un juge.
— Ah, pas d’autre possibilité ?
— Si. La douane volante peut opérer sur tout le territoire national et contrôler toute personne qu’elle soupçonne de trafic et donc aussi son véhicule.
— Oui, je suppose alors que les gendarmes peuvent suggérer aux douaniers de perquisitionner telle ou telle voiture.
— Qu’est-ce que tu mijotes ce matin ?
— Tu n’as rien remarqué pendant nos trois jours de randonnée ?
— J’ai remarqué que vous êtes tous les deux de bons marcheurs.
— Non, je ne voulais pas parler de ça. Quentin s’il te plait, prête-moi ton téléphone avec les photos d’hier.
— Tiens, c’est celle-ci que tu veux montrer ? répondit son ami en tendant son appareil ouvert sur la photo de l’homme suspect.
— Absolument. Regarde Jean-Claude, as-tu remarqué cet individu ?
— Cette tête me dit vaguement quelque chose, mais sans plus.
— Ce mec était avec nous dans la cabine du téléphérique, puis au refuge du col de la Vanoise, ensuite au camping de Pralognan et ici même hier après-midi, expliqua Quentin.
— Donc ? voulut savoir le grand-père.
— Vol au refuge, vol au camping, à mon avis tentative de vol ici cette nuit, cela ne peut pas être de simples coïncidences, argumenta Valentin.
— Il y peut-être aussi d’autres personnes qui ont suivi le même itinéraire que nous.
— Quentin a pris beaucoup de photos des lieux, je les ai bien examinées et aucune autre personne n’est dans ce cas.
— Ce n’est qu’un soupçon, il n’y a pas de preuve.
— Autre chose, poursuivit Valentin, ce type se fait passer pour un montagnard ou un randonneur mais en fait je pense qu’il ne fait que repérer ses proies. Il agit le plus souvent la nuit ou quand il est sûr de ne pas être dérangé.
— Comment peux-tu dire ça ?
— Son sac à dos est presque vide, contrairement aux nôtres et à ceux de tous les autres randonneurs.
— Oui, oui… Mais même si vos soupçons sont fondés, je vois mal comment les vérifier.
— Par le service des douanes volantes si elles sont averties par la gendarmerie.
— Je vois, tu veux prévenir l’adjudant-chef Lemoine, mais comment l’aider à retrouver ce type ?
— En coinçant son ou sa complice et leur voiture, expliqua Quentin. J’ai repéré leur auto sur la petite route roulant dans la direction opposée à Pralognan. C’est une Ford Fiesta grise avec 2B à la fin de sa plaque d’immatriculation.
— Jean-Claude, tu nous as bien dit que cette route est un cul-de-sac ?
— Oui pour les voitures. Elle se termine au parking du Pont de la Pêche dont je t’ai parlé, après il n’y a plus qu’un sentier de montagne qui monte au col d’Aussois.
— Il y a des refuges par-là ?
— À la descente nous passerons près du refuge du fond d’Aussois.
— C’est le seul ?
— Dans le secteur il y a aussi le refuge de Plan Sec et celui de la dent Parrachée.
— Hum, oui, je pense qu’ils sont plus accessibles à partir du parking où Isabelle doit nous récupérer. Je me demande comment faire pour les coincer.
— Écoutez, vous deux, vous avez réfléchi au problème, c’est très bien et je vous félicite pour votre sagacité, mais nous ne pouvons en aucun cas nous substituer aux autorités républicaines pour agir. La seule solution c’est d’appeler Lemoine, lui saura comment s’organiser. Vous voulez que je lui téléphone ? Si oui, il faut le faire ici parce qu’ensuite, pas sûr d’avoir du réseau.
— Oui Jean-Claude, appelle-le et dis-lui que Quentin va lui envoyer la photo du type par MMS.
— Je sors pour l’appeler car dans cette salle le téléphone passe mal, Quentin, tu peux préparer ton envoi.

La randonnée fut superbe sous un ciel bleu foncé comme seules les hautes montagnes peuvent offrir. Au col d’Aussois, après être montés au somment du pic de l’Observatoire, heureux d’avoir pour la première fois escaladé une montagne de plus de trois mille mètres, Quentin et Valentin firent une mémorable bataille de boules de neige à laquelle prit finalement part le grand-père. Après le piquenique, vers quatorze heures, ce dernier donna le signal de la reprise de la marche, à quinze heures trente, ils arrivaient au niveau du refuge du Fond d’Aussois.
— C’est à mon tour de vous payer un rafraichissement, annonça Valentin, il y a une table libre en terrasse.
— C’est d’accord, nous serons à l’heure pour rejoindre ta grand-mère, alors prenons un peu de repos. C’était une longue randonnée n’est-ce pas ? ajouta-t-il quand ils furent assis. Regardez bien autour de vous, il n’est pas rare d’apercevoir des bouquetins dans ce secteur.
— Oh mais… Ce n’est pas un bouquetin qui monte par le chemin, fit Quentin, mais un barbu crado. Ne vous retournez pas, moi je peux le voir facilement sans qu’il s’en doute. Sac à dos bleu avec une corde dessus, t-shirt noir et bermuda gris, c’est le même, c’est lui ! Qu’est-ce qu’on fait ?
— Tu peux signaler sa présence à l’adjudant-chef Lemoine par texto mais ne faisons rien d’autre surtout ! Intervenir autrement c’est risquer de prendre un mauvais coup et de contrarier l’action de la gendarmerie et possiblement de la douane. Lemoine m’a dit qu’il s’en occupait, faisons-lui confiance, ordonna Jean-Claude. Je lui ai demandé de me tenir au courant des suites de l’affaire. C’est un homme de parole, il le fera. En attendant, ignorons cet homme, buvons tranquillement puis rejoignons Isabelle au parking du barrage.

— Bonjour ma chérie, fit Jean-Claude en serrant sa femme dans ses bras, il y a longtemps que tu es là ?
— Bonjour Valentin, bonjour Quentin, dit-elle avant de répondre à son mari. Pas trop fatigués par mon bourreau de la marche de mari ?
— C’était une magnifique randonnée. Nous sommes un peu fatigués mais c’est parce qu’on dort mal dans les refuges, confia Valentin.
— A qui le dites-vous ! Non, continua-t-elle en se tournant vers Jean-Claude, je ne suis là que depuis dix minutes, j’ai été retardée par un contrôle de la douane volante au niveau du barrage du plan d’Aval. C’est bizarre dans ce secteur, tu ne trouves pas ?
— Ils ont leurs raisons. Je te laisse conduire, nous te raconterons notre épopée en route. J’ai hâte de retrouver mon jardin, ton excellente cuisine et ce soir un bon lit douillet.