VALENTIN EN VACANCES

18. COURANT DE BAÏNE

A quatorze heures quarante-cinq, les trois amis repartirent vers la plage. Dans la montée, juste avant d’arriver au parking, une superbe Mercédès avec une famille de trois personnes à bord les doubla dangereusement, frôlant Olivier qui marchait au centre de la petite route.
— Abrutis ! Chauffards ! hurla-t-il en se déportant vers le milieu de la voie. Où se croient-ils ceux-là ! On a autant le droit de marcher ici qu’eux de rouler, non mais ! C’est un lieu de vacances, pas de rallye !
Une Renault Clio grise avec deux hommes à l’avant, portière du passager légèrement enfoncée fit comme la Mercédès, manquant de justesse de le toucher Olivier avec son rétroviseur droit. Celui-ci leva le poing en un geste d’énervement.
— Voyous ! Salopards ! hurla-t-il encore.
Les deux véhicules, sans que leurs occupants aient fait mine de remarquer les insultes d’Olivier, continuèrent jusqu’au parking où la Mercédès trouva rapidement un emplacement. La Clio se gara deux places plus loin.
Arrivés sur la plage, Olivier scruta les groupes de jeunes afin de repérer les apprentis surfeurs. A la limite du sable mouillé, il repéra rapidement un rassemblement de six adolescents près d’une série de planches multicolores. Un adulte aux longs cheveux blonds et au corps d’athlète manipulait une longue planche qu’il semblait décrire.
— Je crois que c’est là et que je suis en retard. Ils ne connaissent pas le quart d’heure savoyard dans ce pays. Allez vous baigner, je préfère que vous ne me voyiez pas prendre gamelle sur gamelle.
— OK, régale-toi, à tout à l’heure. Que veux-tu faire Inge ?
— Pas nager tout de suite. Marcher sur la plage, tu veux ?
— Comme ce matin ?
— Oui, marcher plus loin encore, là où il n’y a plus personne.
Main dans la main, en copains, Inge et Valentin s’éloignèrent de l’affluence de la plage surveillée. Ils marchèrent longtemps vers le sud, dépassèrent leur lieu de pêche du matin. Les vagues venaient caresser le sable de leurs langues d’écume étincelante, amenant un peu de fraicheur dans la touffeur de l’après-midi surchauffé. Ils jouaient au jeu éternel qui consiste à attraper l’autre qui se sauve en courant, s’amusaient à s’asperger en shootant dans les vaguelettes de bordure. Après le premier quart d’heure de marche espiègle, futas, serviettes et estivants étalées au sol s’étaient raréfiés et après une demi-heure, ils se retrouvèrent seuls. Devant eux, dans le lointain se devinaient les bâtiments d’un village et vers le nord, d’où ils venaient, le mirador des maitres-nageurs se perdait dans la vibration de l’air surchauffé.
— Veux-tu que nous bronzer dans la dune ? prononça la jeune fille avec un sourire convainquant.
— Si tu veux Inge.
Ils s’allongèrent côte à côte entre deux ondulations de sable chaud piqueté de petites immortelles et d’œillets des sables. Valentin ôta son tee-shirt et, bras croisés derrière la nuque, ferma les yeux. Il se laissa pénétrer par l’odeur océane, vibra au rythme des vagues grignotant la plage, fondit de bien-être sous la caresse de la brise marine. Il ferma les yeux et doucement s’assoupit.
Il n’avait pas conscience de s’être endormi.
Quand il rouvrit les yeux, Inge était toujours près de lui, les yeux fermés, complètement nue. Une vague d’émotion envahit son corps et sa pensée.
L’adolescente de quinze ans avait déjà un corps de femme, des petits seins dressés, ronds et fermes, aux aréoles rosées, une taille bien marquée, un ventre très plat. Le pubis ombré d’un duvet un peu plus foncé que ses cheveux laissait deviner l’ourlet de la vulve.
Valentin se mordit les lèvres. Extrêmement troublé, il eut envie de toucher mais il se retint. Il s’appuya sur un coude et promena ses yeux sur le joli petit corps entièrement exposé, un trouble encore plus violent le saisit. Il s’efforça de porter son regard vers l’océan de plus en plus proche mais le rythme du ressac épousait les ondes qui le traversaient. L’envie de caresser son amie le reprit et à nouveau il pinça les lèvres dans un effort de volonté pour résister. Il ne vit pas le regard amusé d’Inge, filtré par le blond de ses cils. Il se mit assis et regarda l’horizon qui se perdait dans la lointaine brume de mer.
— Oh, Valentin tu es réveillé…
Il lui jeta un bref regard puis se détourna à nouveau.
— Le naturisme ne te choque pas, n’est-ce pas ?
Il secoua négativement la tête sans répondre, les mots n’auraient pu franchir sa gorge nouée.
— Chez nous, beaucoup de gens font le naturisme.
Valentin cette fois opina d’un léger abaissement du menton.
— Tu n’as pas de vilaines pensées, n’est-ce pas ?
Une nouvelle fois il fit non sans répondre.
— Tu peux toi aussi te mettre nu si tu veux, c’est bien naturel, cela ne me gêne pas.
— Pas maintenant, réussit-il à prononcer.
Devant eux, à droite et à gauche, de petites déferlantes striaient de blanc le vert tendre de l’eau mais en face sur une cinquantaine de mètres de long, les vagues ne s’écroulaient pas, laissant une surface plus sombre tout juste ondulée.
— Je vais nager dans l’océan, tu viens ?
— Va, je te rejoins dans un instant.
La jeune fille se leva d’un bond et courut sur le sable, faisant vibrer son magnifique petit corps. Avancée dans l’eau jusqu’aux genoux, elle se retourna et fit signe à son ami.
— Tu viens ? Elle est très bonne !
Valentin, encore fortement troublé, n’osa pas enlever son bermuda de natation. Il s’avança cependant vers l’eau. Inge nageait avec une certaine aisance. Il entrait à peine dans l’eau que la jeune fille cria.
— Valentin, Valentin, je n’ai plus pied, le courant m’emporte !
— J’arrive ! hurla-t-il.
D’un crawl approximatif mais énergique, il nagea le plus rapidement qu’il put vers Inge qui luttait contre le courant mais continuait à s’éloigner. En une dizaine de secondes, il l’eut rejointe.
— Nage comme moi, suis-moi, haleta-t-il en passant du crawl à la brasse.
Au lieu de lutter contre le courant, ils se laissèrent porter en tentant de rester parallèle au rivage. Quand ils eurent atteint l’endroit où les vagues déferlaient, il souffla d’une voix hachée par l’effort :
— Maintenant… nous pouvons… rejoindre la côte, je crois.
Ils obliquèrent, moitié nageant, moitié surfant les vagues et purent bientôt reprendre pied. Complètement rassuré, calmé par la fraicheur de l’eau, Valentin se laissa disparaitre sous la surface puis émergea quelques secondes après en levant triomphalement son bermuda. Sitôt sur le sable dur, Inge entoura son ami de ses bras, se colla à lui.
— Valentin, tu m’as sauvée, dit-elle avec un hoquet dans la voix.
L’étreignant avec force, elle lui appuya une bise sur chaque joue puis posa sa tête sur son épaule.
— Arrête Inge, tu es nue et je suis un garçon…
— Mais il n’y a personne, personne ne peut nous voir. C’est naturel d’être nu, tu te rends compte comme on est bien ? Viens, retournons nous sécher au soleil. Tandis qu’Inge partait en courant vers leur refuge dans la dune, maladroitement Valentin remit son bermuda mouillé pour cacher son trouble qui revenait et suivit la jolie danoise.
Pendant une demi-heure ils lézardèrent au soleil. Valentin s’obligeait à regarder Inge dans les yeux pour éviter de se laisser à nouveau perturber.
— Si nous allions rejoindre Olivier maintenant ? proposa-t-il.
— Oui, si tu veux.
Valentin frotta de la main son corps ensablé puis remit son t-shirt.
— Tu ne te rhabilles pas ?
— Non, j’aime marcher en sentant mon corps complètement libre. Je remettrai mes habits quand il commencera à y avoir du monde. Toi, tu n’es pas encore habitué, ça se voit, pourtant tu as l’esprit naturiste.
— Comment peux-tu dire ça ?
— Tu me regardes dans les yeux.