VALENTIN EN VACANCES

24. LE TOURNOI

Onze équipes s’étaient engagées pour disputer le tournoi. L’animateur du camping avait sérieusement préparé son affaire. Les deux terrains de la plage avaient leurs limites matérialisées par des cordelettes bleues fixées dans le sable par de longues fiches de tente. Les filets bien tendus accusaient une hauteur de deux mètres vingt-quatre. Entre les deux terrains, à la limite de la montée de la dune se trouvaient une chaise en toile et bois protégée par un parasol ainsi qu’une table de camping sur laquelle la grande feuille indiquant les poules et l’ordre des matchs était tenue par des galets venant probablement d’un autre lieu que de cette région sableuse. Dans une assiette se trouvaient quelques sifflets et deux crayons à bille. Une autre feuille affichait le règlement du tournoi : deux équipes par poule seront qualifiées pour les quarts de finales qui auront lieu sur la plage à 14 heures, les demi-finales et la finale se dérouleront sur le terrain du camping à partir de dix-sept heures.
Toutes les équipes avaient décidé d’un nom plus ou moins folklorique : les Nuls, les Allemands, les Amazones, les Minots, les Tigres, les Loups-Bars, les Picards, les Lasers, les Amateurs, les Tritons et bien sûr les Lagagnons.
L’animateur ayant mis sur de petits papiers les noms des équipes, il demanda à un jeune garçon d’une dizaine d’années de les tirer un à un d’un petit sac de toile. Le tirage au sort mit donc ensemble dans la poule A les Lagagnons ainsi qu’une équipe de trois filles : les Amazones, plus les Tigres, équipe composée de deux garçons athlétiques et d’une grande jeune fille à l’allure sportive.
La poule B était composée des Nuls, des Allemands et des Tritons. Dans la poule C il y avait les Minots, les Loups-Bars et une dernière équipe de trois jeunes qui apparemment ne se connaissaient pas et que l’organisateur avait regroupé : les Amateurs. La dernière poule ne comprenait que deux équipes qui devaient se rencontrer en matchs aller-retour : les Lasers et les Picards.

Quand il sut que le premier match les opposerait aux Amazones, Olivier eut un grand sourire que Valentin s’empressa de tempérer.
— Attention Olive, les filles sautent moins haut que toi, elles auront du mal à nous planter des smatchs mais elles vont compenser en nous faisant courir un maximum. Elles vont jouer avec leurs têtes et leurs yeux. Donc, à mon avis, quand elles auront la balle, ce ne sera pas la peine de chercher à les contrer, tu recules en défense avec moi, Inge restera au filet pour récupérer les balles carottées. En revanche, quand nous aurons la balle, fais-toi plaisir en balançant des plombs.
— Tu as raison, on va faire ça. Explique tout à Inge, l’arbitre nous appelle pour le tirage au sort, j’y vais. Si je gagne, je choisis l’engagement, hein ?
— Oui, le soleil est encore voilé, l’avoir en face ne sera pas encore gênant.

Olivier se concentra et débuta le match par un service « tennis » qu’une Amazone, d’une manchette ferme, renvoya directement vers la ligne de fond de leur camp. Olivier qui s’était avancé fut lobé et Valentin fut contraint de plonger latéralement et d’effectuer un sauvetage par une manchette d’un bras. Volontairement il envoya la balle très haut de façon à ce qu’Inge ait le temps de se placer. « To » hurla-t-il. La jeune fille monta le ballon à trois mètres au-dessus du sommet du filet. Olivier frappa et marqua le point.
Sur son second engagement, leurs adversaires exécutèrent les trois touches de balle pour finalement l’envoyer dans les pieds d’Inge qui n’eut pas le temps de réagir. 1 à 1.
L’engagement leur revenant, l’Amazone concernée effectua un service à la cuiller, expédia la balle très haut dans le ciel encore laiteux. Valentin cria « j’ai » et se concentra au maximum sans quitter le ballon des yeux. Il effectua une manchette double légèrement amortie qui donna une balle trop basse à Inge. Celle-ci la releva d’une manchette énergique. « Løve » hurla Valentin. Olivier adroitement poussa la balle à deux mains vers la ligne de fond adverse. La corde bleue trembla. Point aux Lagagnons, dit l’arbitre, 2 à 1.
Pendant toute la première partie, les deux équipes échangèrent ainsi des balles malines, travaillées, vicieuses et le score s’équilibra à dix à neuf pour les Lagagnons au moment du changement de terrain. Olivier s’énervait de ne pas pouvoir cogner comme il aimait le faire.
— Maintenant c’est « to to to » dit-il à Inge, je me charge du reste. Valentin toujours très concentré avait bien enregistré la tactique des filles, il connaissait maintenant le type de trajectoire de prédilection de chacune d’elles et, placé en conséquence, put servir Inge avec plus de précision. Une bonne première passe conditionnant toujours une bonne seconde, Inge calibra à la perfection les passes que réclamait Olivier. Celui-ci alterna intelligemment les « løve » qui faisaient reculer la défense, les smatchs appuyés et les « cat » à droite et à gauche qui obligeaient les adversaires à plonger vers le filet. En dépit de leur vaillance, les Amazones ne purent marquer que sept points dans la seconde partie du set, ce qui laissa la victoire aux Lagagnons 21 à 16.
Ceux-ci serrèrent la main aux jeunes filles un peu déçues.
Le premier match de la poule C qui s’était déroulé en même temps sur l’autre terrain avait vu la victoire des Amateurs devant les Minots 21 à 10.
Pour la deuxième série de confrontations, le premier match de la poule B opposa les Nuls qui ne l’étaient pas tant que ça aux Allemands qui gagnèrent de justesse 21 à 18.
Le match « aller » de la poule D vit la petite victoire des Lasers sur les Picards 23 à 21.

Après une pause de dix minutes, sur l’autre terrain, le match de la poule C devait être arbitré par les Lagagnons. Olivier était au sifflet, Inge et Valentin juges de lignes. Lors de chaque mini interruption du jeu, Valentin jetait un regard sur la deuxième confrontation de leur poule pour comprendre le jeu des Tigres contre les Amazones et en conclut que ceux-ci n’étaient pas si méchants que leur nom voulait le laisser supposer. Ils jouaient très basiquement : réception, passe, attaque. Le smacheur était grand et plutôt bon, la passeuse assez précise mais le défenseur était lent et semblait avoir des difficultés pour se déplacer latéralement, ce dont les Amazones, s’en étant rapidement aperçues, profitèrent au maximum et les Tigres finirent par être mangés 21 à 18.
L’Arbitrage d’Olivier fut de tout repos. Les Loups Bars nettement supérieurs gagnèrent largement 21 à 9 contre les Minots trop rapidement découragés.
Arriva le dernier match de poule.
Les Tigres qui venaient de jouer, mieux échauffés que les Lagagnons qui eux finissaient leur arbitrage, prirent rapidement l’avantage en menant deux à un. Les Amazones, spectatrices, avaient calculé que pour qu’elles soient qualifiées, soit les Lagagnons devaient l’emporter, soit, s’ils devaient perdre, il fallait que ce fut avec plus de cinq points d’écart pour que la différence des scores leur soit favorable.
Valentin, sans sous-estimer l’adversaire, ne s’était pas trompé, les Tigres étaient de papier. Par un jeu lucide et varié, ils menèrent rapidement et, follement encouragé par l’équipe des filles, les Lagagnons l’emportèrent facilement sur le score de 21 à 10.
Pendant que se déroulaient les derniers matchs des poules, Olivier demanda à ses coéquipiers d’aller observer la rencontre retour entre les Picards et les Lasers.
— Notre prochain adversaire, c’est l’une ou l’autre équipe. Les Lasers ont gagné le match aller avec seulement deux points d’écart. Le vainqueur final sera déterminé par addition des scores si ce ne sont pas les lasers qui gagnent le match retour. Nous, nous rencontrerons les perdants.

À quatorze heures, quand Valentin Inge et Olivier arrivèrent sur la plage, les Lasers étaient déjà à l’échauffement. Au moment du tirage au sort, le capitaine des Lasers choisit le service, laissant le choix du camp aux Lagagnons. Après une courte réflexion, Valentin demanda à Olivier de choisir le camp côté nord. Quand ce dernier lui en demanda la raison, il se contenta de dire : « regarde la position du soleil. »
— On aura le soleil dans l’œil au début ! se plaignit Olivier.
— Tu as raison, mais réfléchis, pour attaquer tu te places à gauche, d’accord ? Inge sera forcément à droite, toujours d’accord ? Donc elle aura le soleil dans le dos pour faire les passes, par conséquent elle ne sera pas gênée comme le passeur de nos adversaires et avec ses bonnes passes, tu pourras bombarder ou carotter à ta convenance. Ce qui veut dire aussi que nous devrons marquer le plus de points possibles dans la première partie du match pour ne pas être distancés et ensuite profiter à fond du soleil dans le dos. Dans cette seconde partie, nous leur enverrons un maximum de balles hautes dans l’axe du soleil. La tactique de Valentin s’avéra payante. Menés dix à huit à mi-parcours, ils gagnèrent leur quart de finale 21 à 15.
Dans le deuxième quart de finale, les Allemands s’imposèrent devant les Loups Bars 21 à 17, les Amazones s’inclinèrent de justesse dans le troisième quart 22 points contre 24 aux Amateurs et dans le dernier, les Picards vainquirent les nuls 21 à 17.

A la fin des quarts de finale, ayant consulté le tableau des résultats, Olivier déclara :
— Maintenant, nous allons affronter des adversaires sérieux. Les Amateurs sont des clients pour la victoire finale. Ils disent qu’ils ne se connaissaient pas avant le tournoi, mais permettez-moi d’en douter. Pour ne pas trop me fatiguer, je vais juste suivre le cours théorique de surf. Pour la pratique, je verrai demain.
— Si tu veux que nous gagnions, c’est plus raisonnable comme ça, admis Valentin. Inge et moi, nous allons faire une petite marche à pieds dans l’eau pour nous décontracter. Nous revenons vers toi disons dans trois quarts d’heure.

Olivier s’était montré bon prophète. Les Amateurs étaient techniques, sérieux, polyvalents, assez athlétiques. Leur seul point faible était leur jeu trop stéréotypé, un certain manque d’imagination dans les combinaisons de jeu et par là, ils étaient très prévisibles. Valentin souffla à ses partenaires de mettre un maximum de balles directement sur leur passeuse qui avait des difficultés à expédier des passes directement attaquables. Le score s’équilibra cependant à 15à 15. C’est à ce moment qu’Olivier décida de changer d’aile d’attaque et de se positionner à droite. Il fit demander à Inge par Valentin de simplement pousser ses balles un peu plus loin, son bras de frappe se trouvant plus à l’extérieur. Cette tactique leur permit de mener 18 à 17, service à suivre pour Valentin. Celui-ci changea également sa façon d’engager et reprit sa technique de frappe type tennis, très sèche, longue, sans donner d’effet à la balle, directement sur le défenseur. Par deux fois la balle prit une trajectoire feuille morte et échappa à la manchette du receveur et le score s’établit à 20 à 17. Le service suivant de Valentin toucha la bande du filet et retomba dans leur camp. Le défenseur adverse récupéra le service et frappa une balle longue qui, mal jugée par Valentin, retomba dans leur terrain. Voyant le succès de son geste, le serveur récidiva. Valentin réceptionna d’une manchette énergique un peu trop forte qui expédia la balle au-dessus du filet. L’attaquant adverse frappa directement et marqua le point d’égalisation. La balle suivante fut mieux négociée par les Lagagnons mais le smatch d’Olivier fut contré.
« 21 à 20 » annonça l’arbitre, « balle de match pour les Amateurs »
Sur le service suivant, Olivier d’une détente verticale prodigieuse réussit à intercepter la balle au moment de son passage au-dessus du filet et l’expédia juste derrière la passeuse des Amateurs. Elle fit deux pas en arrière, chuta sur les fesses, réussit néanmoins à toucher la balle mais sans pouvoir bien la négocier.
Inge récupéra l’engagement et exécuta un service à la cuiller très brossé qui tomba sur la jeune fille adverse laquelle prit la balle en manchette. L’effet donné à la balle fit que celle-ci fusa vers le défenseur qui la leva trop en arrière de l’attaquant. La frappe sans force de ce dernier expédia le ballon dans le filet.
« 22 à 21, balle de match pour les Lagagnons. » fit l’arbitre.
Inge reprit la balle et interrogea Valentin du regard.
— « Cat » dit celui-ci.
Inge se concentra et servit à nouveau sur la passeuse qui, pensant surprendre l’adversaire, renvoya directement la balle. Valentin vigilant reprit d’une manchette impeccable directement vers Olivier qui sauta très haut, feinta le smash et déposa la balle juste derrière le filet. Le plongeon désespéré de l’attaquant pour tenter de sauver le point envoya le ballon sous le filet dans le camp des Lagagnons qui, de soulagement et de joie, se laissèrent tomber sur le sable.
« Lagagnons vainqueurs par 23 à 21 » annonça l’arbitre.