VALENTIN EN VACANCES

27. DÉCISION

Le lendemain vers dix heures, le soleil revenu faisait fumer les perles d’eau accrochées aux toiles déperlantes des Quetchua. Valentin ouvrit les yeux. Il faisait déjà chaud et l’odeur des pins mouillés chauffés par le soleil le pénétra. Il ouvrit sa tente et respira avec délice l’odeur balsamique.
— Viens boire ton jus de fruit Valentin, lui dit Aude.
— Tout de suite. Olivier est réveillé ?
— A l’instant, dit en baillant son ami qui ouvrit également sa tente.
— Salut champion, lui dit Valentin en présentant son poing.
— Salut champion, répliqua Olivier en le touchant du sien.
— Et notre championne ?
— Hello ! fit Inge en sortant du van de ses parents. Elle se tourna vers Valentin et son signe de la main se transforma discrètement en un index tenu verticalement devant ses lèvres. Que faites-vous aujourd’hui ?
— Plage, baignade, plage et baignade, s’amusa Valentin, et toi Inge ?
— Je vais t’aider si tu veux bien, répliqua-t-elle avec humour.
— A moi personne ne demande ? dit Olivier en feignant être vexé.
— Pas la peine, je sais : plage, surf, plage, cours de surf et surf, j’ai bon ?
— Cinq sur cinq, Val.

Après la baignade du matin et le repas pris en commun, les trois repartirent vers la plage. Quand ils passèrent près du parking, Valentin tenta de repérer la Clio grise mais ne la vit pas. Toujours incertain quant à la conduite à tenir à ce sujet, il évacua le problème de ses pensées. Ce fut Inge qui, alors qu’Olivier venait de les quitter pour son cours de surf, le ramena à cette préoccupation.
— La maman du petit Nathan était vraiment déboussolée hier soir !
— Il y avait de quoi, tu te rends compte ? Une branche s’écrase sur la tente de son fils, elle est morte de peur mais heureusement Nathan n’est pas dans sa tente. Evidemment une inquiétude chasse l’autre, où est-il ? Elle se pose un tas de questions et finit par conclure qu’il est au sanitaire. Je n’ai pas aimé sa réflexion sur notre tenue.
— En France les garçons ont le droit d’être torse nu, pas les filles. Ce n’est pas juste. Il n’y a rien de sale à être naturel.
— Tu as raison, le « sale » est dans la tête de certaines personnes.
— Elle n’a pas parlé du père de Nathan mais elle a parlé de la caravane, c’est étrange, non ?
— Oui, mais tu sais c’est souvent le monsieur, mais il y a aussi des femmes qui conduisent en tractant une caravane, ou peut-être que son mari est venu puis reparti pour son travail s’il n’a pas beaucoup de congés.
— Quand tu es parti avec sa lampe chercher ton téléphone, la dame a dit des choses. Je n’ai pas tout compris mais elle a parlé du vol du papier, que voulait-elle dire ?
— Vol de papiers, elle a dit ça ?
— Oui. Pourquoi on vole du papier ?
— Elle a voulu dire qu’on lui a volé des papiers importants comme une carte d’identité ou un permis de conduire, sa carte grise ou sa carte bancaire.
— Oh, la pauvre.
— Cela me fait penser à… Tu veux venir avec moi voir sur le parking.
— Non, je reste là pour bronzer. Il n’y a pas autant de soleil chez nous, alors j’en profite, répondit-elle en dégrafant le haut de son maillot deux pièces et en s’allongeant sur le dos sur sa futa.
— J’en ai pour cinq minutes.
Valentin chaussa ses tongs, remonta l’escalier de bois et fit le tour du parking. La Clio grise se trouvait dans le coin le plus reculé.
Il n’alla pas jusqu’au bout du parking, voyant un homme sortir de la Clio, il se glissa entre deux voitures, s’accroupit et observa. L’homme, d’un air dégagé, glissa la main dans le sac de supermarché qu’il tenait à la main. Il y eut un « blip », les indicateurs d’une Audi clignotèrent. L’homme ouvrit la portière côté passager et se pencha quelques secondes, il ouvrit ensuite le coffre, en sortit une mallette. Il referma ensuite le tout, replongea la main dans son sac plastique. Un « blip » retentit à nouveau et l’homme, mallette dans l’autre main, regagna calmement la Clio.
« Plus de doute, je vais demander conseil à Lemoine » décida-t-il.