VALENTIN EN VACANCES

3. PREPARATIFS

Valentin se réveilla à sept heures du matin tant étaient grandes les habitudes du temps scolaire. Le soleil venait de dépasser les crêtes des montagnes à l’est du village et ses rayons inondaient la chambre de l’adolescent. Une impression de vide, de manque, presque d’ennui l’envahit quand il prit conscience qu’il n’avait pas l’obligation de se rendre au collège. Il se secoua. Plutôt que de tenter de se rendormir, soucieux de ne pas se laisser aller, il décida de prendre immédiatement une douche, à la suite de quoi il enfila t-shirt et bermuda de bain, enfila ses pieds nus dans ses baskets et descendit dans la cuisine où ses grands-parents l’accueillirent avec le sourire aux lèvres.
— Tu aurais pu faire une grasse matinée pour ton premier jour de vacances, mon garçon, lui dit son grand-père avec bonhommie.
— Bonjour Jean-Claude, en fait, je n’avais pas envie de me laisser aller, donc je me suis levé, bonjour Isabelle.
— Bonjour mon grand, tu veux du thé ou un chocolat chaud ?
— Un chocolat, des petits pains aux céréales et un peu de miel s’il te plait.
— Peux-tu aller au garage et me ramener une nouvelle boîte de chocolat en poudre ? Celle-ci est vide. Il y en a dans l'armoire à provisions.
— Tout de suite, Isabelle.
Dès qu’il eut disparu, Isabelle dit à son mari :
— C'est vraiment un jeune en or, notre petit fils. Gentil, serviable, intelligent…
Jean-Claude hocha la tête avec un grand sourire satisfait.
— Je crois que ma surprise va lui plaire mais chut, il revient.
— Voici la boite de chocolat. Dis-moi Jean-Claude c'est quoi ce truc en métal avec des fils partout sur ton établi au garage ?
— Un vieux disque dur hors d'usage que je compte mettre à la déchetterie.
— Si tu n'en fais rien, je peux essayer de le démonter ?
— Tu veux tenter de le réparer ?
— J'en serais bien incapable. Non, c'est par curiosité, pour voir comment c'est fait à l’intérieur.
—D'accord. Il faudra faire attention à ne pas te blesser en le manipulant. Les tôles de la coque peuvent être coupantes.
— Je ferai attention, promis. Je m'y mets dès que j'ai fini de manger, à moins que vous ayez besoin de moi.
— Justement, répondit son grand-père, j’aimerais que tu m’accompagnes en ville ce matin...
— Pour la surprise que tu m’as promise ?
— Hé hé.
— Allez dis-moi !
— Le meilleur dans une surprise, c'est l'attente de la surprise, hé hé hé.

— Ah, tu te gares devant le magasin d’articles de sport, donc ta surprise est sportive, j’ai bon là ? déduisit Valentin.
Le grand-père regarda son petit-fils avec un sourire amusé. Sans répondre directement, il annonça :
— Tu vas pouvoir continuer tes déductions, suis-moi au rayon chaussures. Tu chaussais du 38 l’an dernier, mais ton pied a dû grandir. Je vais demander un vendeur pour qu’il prenne ta pointure au pédimètre. Assieds-toi et déchausse-toi…
… bon, donc maintenant tu chausses du quarante. Allons voir ce qui te plait le mieux dans les chaussures de rando.
— Donc ta surprise c’est une randonnée.
— Tu aimes la montagne je crois.
— Oui, j’aime beaucoup marcher dans la nature. Après les chaussures de montagne, quelle sera la surprise ?
— Nous passerons au rayon sacs à dos.
— Ah, OK. Grande randonnée alors...
— Tu as deviné. Je vais t'emmener faire l’ascension du Mont-blanc, si cela te fait plaisir bien sûr.
— Le Mont-Blanc ! Mais je n’en suis pas capable !
— Hi hi hi, En réalité, je veux parler du Petit Mont-Blanc.
— Le Petit Mont-Blanc ? Je n’ai jamais entendu parler de cette montagne.
— C’est une jolie montagne qui se trouve en Vanoise. On lui a donné ce nom car son sommet est blanc, non pas de neige, heu sauf en hiver bien sûr, mais parce que la roche qui le compose est à base de gypse.
— Donc le gypse est une roche blanche.
— Exactement. C’est la roche mère qui sert à fabriquer du plâtre.
— Ah, je viens encore d’apprendre quelque chose. Elle est haute cette montagne ?
— 2.677 mètres. En plus je compte te faire le baptême des 3.000.
— Donc une seconde montagne de plus de 3.000 mètres ?
— Tu as tout compris. Si cela te fait plaisir, bien sûr ! Cela suppose de passer au moins deux nuits en refuge.
— Il y aura qui ?
— Toi et moi.
— Et Isabelle ?
— Avec son petit problème de hanche, elle évite les longues marches, mais elle ne veut pas nous en priver.
— On partirait quand ?
— Dans trois jours.. Mais je te donnerai les explications plus tard.
— Est-ce qu'on pourrait emmener un copain à moi ?
— Qui ? Gilles ? Florian ?
— Non, ils ont d'autres projets mais Quentin lui n'a rien de prévu.
— Si ses parents sont d'accord et lui aussi, je n'ai pas d'objection. Il est sportif ?
— En gym, c'est le deuxième meilleur de la classe après Florian, il a le même niveau qu’Olivier. Je le contacte dès cet après-midi. Ce sac à dos bleu me plaît bien.
— Alors vendu ou plutôt acheté. Bien, je fais le tour du magasin pour moi, pendant ce temps, trouve-toi un ou deux t-shirts.
— OK, merci Jean-Claude.
Avisant une vendeuse, Valentin demanda :
— Bonjour madame, où puis-je trouver des t-shirts à ma taille ?
La vendeuse estima :
— Quatorze quinze ans, venez jeune homme, suivez-moi. Voilà, ils sont sur ce présentoir et les cabines d’essayage sont là, ajouta-t-elle en tendant un index vers une série de rideaux gris occultant les isoloirs.
— Merci madame, je vais me débrouiller.
Valentin passa en revue les habits suspendus à des cintres sur un présentoir circulaire. Il finit par en saisir trois, se dirigea vers une cabine, tira puis referma le rideau et après s’être mis torse nu, enfila un t-shirt bleu marine sans aucune publicité de marque. Il se regarda sans complaisance dans le miroir mural, de face, de dos puis murmura « Pas mal, juste à ma taille, il me convient, je le prends. » Il était en train d’ôter ce premier vêtement quand le petit bruit métallique d’un objet rebondissant l’intrigua. Il examinait le sol quand un petit « clic » métallique lui aussi mais sans rebond cette fois, se fit entendre dans la cabine d’à-côté.
N’ayant rien vu et sans attacher d'importance à ce qui n'était que des détails pour lui, il enfila un deuxième t-shirt, noir avec trois rayures blanches, puis essaya son troisième choix, vert olive avec une large bande plus sombre pour enfin se décider pour le noir.
Au moment où il tirait le rideau d'isolation, il sentit qu'il marchait sur quelque chose en relief sur le sol. Il leva le pied mais ne remarqua rien de particulier.
— Vous avez choisi ? demanda la vendeuse avec un sourire commercial plutôt agréable quand il sortit de la cabine.
— Oui, je prends ceux-ci.
— Donnez-moi l’autre, je le rangerai. Les caisses sont vers l'entrée du magasin.
— Merci, j'attends mon grand-père pour la suite des achats. Ah, justement le voici.
— Tu as trouvé tout ce qu'il te fallait, Valentin ?
— Deux beaux t-shirts, regarde !
— Oui, pas mal du tout, tu as bon goût. Moi aussi je suis paré. Passons à la caisse alors.
— Cela va te coûter une fortune, Jean-Claude.
— Ne te fais pas de soucis pour ça, mon garçon, l'argent n'a qu'une utilité : nous permettre de vivre le mieux possible., répondit le grand-père en sortant sa carte bancaire.
— Je vous mets le carton à chaussures dans le sac à dos ? demanda la caissière.
— Oui, ça ira très bien.
La femme décrocha ensuite les antivols des vêtements, les plia avec soin, les plaça dans une poche en plastique à l’enseigne du magasin qu’elle mit ensuite dans le sac de montagne.
— Merci pour tout, Jean-Claude. C’est très chouette tout ça !