VALENTIN EN VACANCES

39. CHEZ CHARLY

Charles-Henri installait une table de ping-pong sur la pelouse quand Gilles et Valentin stoppèrent leurs VTT près du portillon donnant sur la promenade des roselières.
— Salut Charly, cria Gilles, on est les premiers ?
— Absolument, bonjour vous deux.
— Bonjour Charly, tiens deux bouteilles de limonade bio à mettre au frais, dit Valentin en ouvrant son sac à dos.
— J’avais tout prévu, ce n’était pas la peine, mais merci quand même.
— Je déteste devoir donc je participe toujours d’une façon ou d’une autre, s’excusa Valentin.
— C’est bien toi ça. Toujours indépendant dans ta tête.
— Absolument, et pour l’être il ne faut rien devoir à personne, même aux amis. Ah, voici Mathilde et Pauline.
— Suivies par le Thénardier et le Clébard, ajouta Gilles en fronçant les sourcils. Tu les as invités Charly ?
— Non, rien que notre groupe.
— Ils ont dû les suivre. Ils vont s’incruster, gâcher notre réunion de copains, chercher la bagarre peut-être.
— Laissez-moi faire. S’ils demandent à venir avec nous, je sais comment les décourager, leur dit Charly.
Pendant que Pauline et Mathilde échangeaient des bises de retrouvailles avec les trois garçons, Tony et Clément s’étaient appuyés contre la symbolique palissade limitant la splendide propriété.
— Hé, Charles-Henri, tu nous invites ? héla Clément.
— Mais oui, si ça vous fait plaisir, répondit Charly avec un sourire sibyllin. Vous voulez vous mettre dans quel atelier ? Ceux de math et de grammaire sont complets, mais il reste deux places dans l’atelier d’anglais avec Gilles, Mathilde et Valentin. Juste trois petites heures de révision.
— Heu, tout compte fait, on n’a pas assez de temps, tant pis ! Salut, décida Tony.
— Tant pis comme tu dis. Salut aussi.
Valentin regarda Charly avec un sourire admiratif.
— Super bien joué, je n’aurais pas pensé à ça, tu es un vrai diplomate. C’était une façon originale de leur dire vous êtes des nuls, vous n’êtes pas les bienvenus, nous ne vous aimons pas. Ah, voici Bouboule, Eva et Lucie qui arrivent en vélo. Salut les filles !
— Depuis quand tu me prends pour une meuf ? fit semblant de s’indigner Pascal. Bonjour vous tous. Ça sent la fin des vacances cette réunion, non ?
— Oui, c’est pour ça que j’organise cette réunion de travail, expliqua Charly.
— Doucement, doucement, il nous reste quatre jours de vacances, calma Gilles en allant faire des bises appuyées à Lucie, son amie de cœur.
— Ma première récolte, indiqua Pauline en posant sur la table de ping-pong une grande boite alimentaire pleine de tomates cerises.
— Merci Pauline, tu as la main verte on dirait, commenta Charly.
— Plutôt la main rouge, s’amusa Bouboule. Eh, le reste de la bande arrive !
Florian, Quentin et Olivier précédant Margot et Amandine poussèrent le petit portail et entrèrent dans la propriété.
— On est presque au complet, il ne manque plus qu’Emily, fit remarquer Gilles.
— C’est qu’elle habite très loin, ironisa Charly, au moins trente mètres !
— Si on l’appelle tous ensemble, peut-être qu’elle entendra, tenta Bouboule. Allez, à trois on crie son nom, prêts ? Un, deux, trois !
« EMILYYYY ! » crièrent treize gosiers.
Comme pour donner raison à Pascal, la porte de la villa voisine s’ouvrit. Emily parut, un panier à la main.
— Tartes aux myrtilles pour tous, annonça-t-elle en levant le panier. Bonjour tout le monde.
— Quel programme nous as-tu concocté, Charly ? questionna Florian.
— Et bien comme j’ai dit au Thénardier et à Clébard qui passaient par hasard et qui n’ont pas voulu nous rejoindre, atelier de math avec Pauline, Mathilde, Olivier et toi, atelier de grammaire animé par Quentin avec Valentin, Amandine, Emily et moi, enfin atelier d’anglais dirigé par Margot secondée par Eva, Lucie, Pascal et Gilles.
— Il est devenu fou ! s’exclama Pauline en se vrillant la tempe avec l’index.
— En fait, je crois qu’il a raison d’organiser cela, fit observer Valentin avec un clin d’œil à Charly, nous allons entrer en classe troisième avec l’examen du brevet à passer en fin d’année, il faut s’y mettre sérieusement dès maintenant.
Le silence incrédule qui suivit fut bientôt interrompu par un éclat de rire de Bouboule, bientôt imité par Mathilde, Eva et Gilles.
— Tu nous as bien fait marcher, hein l’américain ? dit ce dernier. Pendant quelques secondes j’y ai cru. Salopard ! ajouta-t-il affectueusement.
— Bon, tu corriges ta copie maintenant ? intima Olivier.
— D’accord. Je remplace les maths par une baignade à partir du ponton, (entre parenthèses l’eau du lac est à vingt-trois degrés) ; la grammaire se fera vautrés sur la pelouse en dégustant un bon goûter à la façon des agapes romaines et l’anglais, il aura lieu en français quand chacun racontera les faits marquants de ses vacances. C’est mieux comme ça ?

Il était six heures du soir quand Charly déclara :
— Il n’y a plus que toi, Valentin, qui n’a rien raconté. Qu’est-ce qui s’est passé pendant tes vacances ?
— Bah, rien d’exceptionnel à signaler.
— Sauf que j’ai fait une grande randonnée en montagne avec son grand-père et lui, raconta Quentin. Nous avons d’ailleurs grimpé un sommet à plus de trois mille mètres. Pendant cette rando, il a fait arrêter des voleurs qui opéraient dans les refuges et détroussaient les randonneurs. Mais pour Valentin, ce n’est pas exceptionnel ! Ah, j’oubliais, il a aussi fait remonter les bretelles du directeur du magasin de sport de Ville Semnoz par l’adjudant-chef Lemoine. Il nous avait accusés de voler des t-shirts.
— Avec mes parents et moi, ajouta Olivier, il a passé huit jours à l’océan dans les Landes. Là, en plus des activités habituelles, il a fait arrêter des voleurs au rolljam. Le rolljam c’est un truc électronique machin qui permet d’ouvrir les voitures quand les proprios sont partis. En plus, avec moi et une copine, il a mis la pâtée à des allemands en finale d’un tournoi de volley, et on leur a mis une bonne ratatouille quand ils ont embêté cette copine sur la plage. Il a également, à lui tout seul, dérouillé deux mecs plus vieux que nous quand ils ont harcelé notre copine qui faisait du naturisme. Rien d’exceptionnel pour lui, hein ?
— La semaine dernière, nous avons passé deux jours au Grand Bornand avec Emily et sa mère, continua Gilles. En deux jours, il a réussi à neutraliser un pitbull enragé, sauvé la vie d’un alpagiste qui s’était fait arracher une partie du bras par le chien, conduit un quatre-quatre sur un chemin de montagne sur plusieurs kilomètres pour emmener l’homme blessé dans un cabinet médical. En plus, sans aucun indice au départ, il a trouvé qui était venu dégonfler toutes les roues de nos VTT pendant une nuit d’orage, ce qui a permis que je donne une bonne leçon à ce débile.
— Rien que ça ? Mon pauvre Valentin, qu’est-ce que tu as dû t’ennuyer ! ironisa Amandine.
Bouboule se leva. Visage hilare, agitant ses bras à la façon d’un chef d’orchestre dirigeant ses musiciens, bientôt repris par l’ensemble des amis, il entonna sur l’air des lampions : Valentin… au pouvoir, Valentin… au pouvoir, Valentin… au pouvoir, Valentin… au pouvoir !