VALENTIN EN VACANCES

7. EN VOITURE

La 306 Peugeot filait à cent dix kilomètres à l’heure sur l’autoroute de la vallée de la Tarentaise. Isabelle, la grand-mère de Valentin était au volant, Jean-Claude son mari, assis à l’avant, compulsait une carte IGN de la Vanoise. À l’arrière du véhicule se tenaient sagement Quentin et Valentin. Ce dernier, tracassé par un problème auquel il ne trouvait pas de solution, avait la mine soucieuse. Il finit par se décider à poser la question.
— Jean-Claude, pourquoi n’as-tu pas accepté la proposition du directeur du magasin de sport de nous indemniser directement ?
Le grand-père plia soigneusement la carte avant de répondre.
— Pour plusieurs raisons Valentin. Un, je n’admets pas que quiconque se permette de te frapper quel qu’en soit le motif. Il y a toujours une façon plus intelligente de régler les problèmes, la brutalité est une réponse qui ne résout rien sur le fond, cet homme doit apprendre à se contrôler. Deux, accepter sa proposition de nous offrir le matériel que nous lui avons acheté m’aurait beaucoup gêné. J’ai toujours payé comptant tous mes achats de la vie courante et je ne dois rien à personne, de plus, il aurait eu l’impression d’être quitte. Trois, tu as eu une lésion physique au niveau de ton oreille interne et en cas de complication, nous devons garder la possibilité de faire un recours. À propos, merci Quentin d’avoir eu la présence d’esprit de filmer la scène, c’est grâce à ça que l’adjudant-chef Lemoine a résolu le litige.
— C’est Val qui m’a fait signe de filmer, le mérite lui en revient.
— Jean-Claude a raison, appuya Isabelle, sans preuve, cette brute de commerçant s’en serait tirée à trop bon compte. Bon si vous pensiez plutôt à vos vacances maintenant. Tu as déjà randonné Quentin ?
— Avec mes parents nous avons grimpé quelques montagnes près de la ville : le mont Veyrier, le Parmelan ainsi que la Tournette à partir du col de l’Aulp.
— C’est très bien tout ça.
— Pourquoi ne faites-vous pas la randonnée avec nous, madame Valmont ?
— Je suis un peu handicapée par un problème de hanche, les longues marches ne sont plus pour moi. Mais je vais profiter de ces quelques jours pour rendre visite à des cousins qui habitent à Saint Jean de Maurienne. Je vous dépose à Pralognan puis je fais demi-tour. Je rejoindrai la Maurienne par le col de la Madeleine. Ce sera ma façon de profiter des montagnes.
— Il n’y a pas de route plus directe ? demanda Valentin.
Jean-Claude, en vieux savoyard qu’il était, entreprit de donner l’explication.
— Il n’y a que trois façons de rejoindre la vallée de la Maurienne en voiture à partir de celle de la Tarentaise. La plus simple, la plus rapide aussi, est de retourner à la jonction des vallées, au confluent de l’Arc et de l’Isère, à Aiton. Une autre serait de continuer vers le col de l’Iseran qui fait communiquer les vallées par leurs origines, mais c’est plus long, plus lent et ça oblige à grimper à plus de deux mille sept cents mètres. Ta grand-mère a choisi la solution intermédiaire. Ce n’est pas la plus rapide mais, de Pralognan, c’est la plus courte. A propos, qui peut me dire ce que signifie Pralognan ?
Après un instant de réflexion, Quentin annonça :
— Il y a beaucoup de lieudits « praz » ou « le praz » en Savoie m’a expliqué mon père. Cela veut dire « le pré », donc je dirais « le pré de monsieur Lognan », mais je n’en suis pas sûr du tout.
— Tu as quand même trouvé la moitié de la réponse, mon garçon. « Lognan » en patois savoyard signifie « éloigné » donc Pralognan veut dire le pré éloigné.
— Même les noms les plus étranges ont une explication simple, en conclut Valentin. Quel est le programme de la journée Jean-Claude ?
— Bon, je lève un coin du mystère. Nous allons passer la nuit dans un refuge de haute montagne.
— Il y aura beaucoup à marcher ? Je demande ça parce qu’il est près de midi et que le village de Pralognan n’est qu’en moyenne montagne.
— Nous arrivons à Moutiers, intervint Isabelle, dans quarante minutes nous serons à Pralo. J’ai prévu que nous piqueniquions près de la statue du bouquetin, je devrais être capable de marcher jusque-là.
— Donc nous devrions commencer à marcher vers quatorze heures quinze mes petits Jésus, affirma le grand-père d’un air sibyllin. Qu’en déduis-tu Valentin ?
— Commencer une ascension vers la haute montagne en partant au début de l’après-midi est contraire à ce que tu m’as toujours dit. Quant à nous appeler « petits Jésus », cela ne te ressemble pas. Mais comme tu ne dis jamais rien au hasard, alors je me pose des questions. Tu sais pourquoi il a dit ça, Isabelle ?
— Comme il m’a déjà fait le coup, je m’en doute un peu, mais je ne veux pas divulguer le secret du magicien.
— Du magicien ? C’est un indice ? A part la magie de la montagne, je ne vois pas.