Valentin stoppa sa 2008 et la gara en marche arrière sur le parking en épi du chalet « Fleurs de givre » qu’Amandine avait retenu pour le grand rassemblement.
Sorti de voiture, il admira la magnifique vue sur la chaîne des Aravis. Dans les combes, le vert des prés disputait les pentes alpines au gris des pierres et au blanc des derniers névés. Les sommets des montagnes se découpaient sur un ciel bleu roi. En bout de vallée, la Pointe Percée dominait ses vassaux du haut de ses 2750 mètres.
« Que c’est beau ! Que la France est belle ! » se dit une fois de plus le grand voyageur.
— T'es qui toi ? fit soudain une voix dans son dos.
Sans se retourner, après deux secondes de réflexion, Valentin répondit :
— Tu m’as déjà posé cette question le jour où j’ai intégré le collège de Saint Thomas, il y a quinze ans de cela, Thénardier ! Ta mauvaise blague avec le prof d’anglais * s’était terminée par un combat de boxe, tu te rappelles ?
Valentin fit demi-tour mais ne tendit pas la main à son apostropheur.
— Ouais, c’était le bon temps, hein ?
— Si on veut. Il y a déjà du monde ?
— Ben y a Amandine, Eva, Pascal, Clément, Morgane, Alexis, Anaïs, Louise, Lucas et Adrien.
— J’ai l’impression que les plus discrets de notre classe -là je ne parle pas de toi ni de ton équipe- sont les plus impatients de revoir les camarades.
— Et toi, tes potes, ils viennent ?
— Ils meurent tous d’impatience de te revoir ! Sais-tu où se trouve Amandine ?
— Elle cause avec le patron dans son bureau.
— Et les autres ?
— Ils sont partis se balader sur le chemin vers la Pointe Percée.
— OK, merci.
— Attends, c’est quoi ton métier à toi ? Moi je suis transporteur routier à mon compte.
— Camionneur, oui je le savais. J’ai d’abord fait des études d’informaticien mais ensuite j’ai bifurqué vers le journalisme, renseigna Valentin en se dirigeant vers la salle d’accueil du grand chalet.
Amandine, à côté d’un homme d’une cinquantaine d’année, une longue liste de noms devant elle, transcrivait ceux-ci sur des plans de niveaux. Trop absorbée par son travail, elle ne vit pas Valentin entrer et sursauta quand celui-ci mit une main sur son épaule.
— Oh, qui est-ce qui... ? Valentin ! Ah, je suis contente de te revoir, s’exclama-t-elle en se jetant dans ses bras. Cela fait trop longtemps… Je te présente monsieur Mermillod, le directeur propriétaire des lieux.
— Bonjour monsieur, très beau votre chalet.
Les effusions passées, Amandine expliqua : j’ai vingt-sept rezas dont vingt-cinq à loger ce soir, le chalet dispose de deux dortoirs de dix places et de douze chambres dont huit de libres. Je dois loger tout le monde en tenant compte des couples, des sexes et des affinités. Toi, tu veux une chambre ou le dortoir te convient ?
— Voilà qui m’est bien égal. Tu te casses bien la tête Titamande, commenta Valentin en regardant un plan surchargé de ratures. Organise plutôt un tirage au sort avec tous les noms dans une boite en carton. Celui dont le nom est tiré en premier choisit d’abord son couchage et ainsi de suite. Libre à chacun ensuite de négocier un éventuel échange, ainsi personne ne pourra t’accuser d’un quelconque favoritisme.
— Toujours le sens de l’organisation, hein Val.
— Donne-moi des nouvelles de Charly.
— Nous sommes toujours ensemble bien que non officiellement mariés. Mon travail me promène aux quatre coins de la région et lui dirige les commerciaux de son père depuis son bureau en Suisse à Genève. Comme il doit voyager dans tous les pays d’Europe de l’ouest, nous ne nous voyons pas assez souvent.
— Il va venir ?
— Aux dernières nouvelles, c’était oui. Il devrait être là pour le dîner.
— Cela me fera grand plaisir de le revoir. Comment as-tu organisé les repas ?
— Monsieur Mermillod le directeur de l’hôtel, avec son équipe réduite, peut nous préparer les deux dîners et les petits déjeuners. Ce soir, c’est diots à la polenta ** et demain soir tartiflette *** géante ! Le midi chacun de débrouille. Le chef de cuisine pourra faire des sandwiches beurre-jambon de Savoie-cornichons pour ceux qui le désireront. En ce qui concerne les repas pris ici, j’ai préféré laisser les gens se placer comme ils veulent autour des tables de six.
— Tu as prévu des activités ?
— Demain ascension et pique-nique au lac de Tardevant pour les volontaires.
— Je connais déjà deux participants.
— Ah oui ? Qui ?
— Florian et moi.
* Dans le premier tome des aventures de Valentin. Le professeur d’anglais se nommait Raoul Dissel surnommé Radissel.
** Le diot est une saucisse savoyarde. Les diots à la polenta sont donc des saucisses avec de la farine de maïs. C’est un plat piémontais savoyard.
*** La tartiflette est un plat savoyard avec comme ingrédients des tartifles (pommes de terre), du reblochon et des lardons.