Trois quarts d’heure plus tard, l’hélicoptère bleu et blanc de la gendarmerie de montagne arriva au-dessus de la combe de Tardevant.
Quentin, les bras levés en Y indiqua l’emplacement d’atterrissage possible puis baissa les bras pour inviter l’hélicoptère à se poser. Le bruit du rotor se réverbéra plus fort sur les parois abruptes des falaises, le vent des pales décora de vaguelettes blanches l’eau verte du lac. Le pilote coupa le moteur, les ailes tournantes ralentirent.
Deux hommes sautèrent de l’appareil immobilisé sur ses patins.
Quentin porta la main à sa casquette américaine pour saluer les arrivants qui lui rendirent le salut.
— Lieutenant Ouvrard. Bonjour mon capitaine, dit-il s’adressant au plus haut gradé, c’est moi qui vous ai contacté, vous avez fait vite.
— Pas d’appel d’urgence pour l’instant. De quoi s’agit-il ici ?
— Mon capitaine, je vous présente Florian Marlin qui exerce la profession de guide en moyenne montagne et Valentin Valmont, journaliste. Ils ne sont pas là en tant que professionnels mais comme témoins. Je les connais depuis longtemps, ils sont fiables. Racontez au capitaine ce que vous savez, conclut-il en se tournant vers ses deux amis.
Florian regarda Valentin avec l’air de signifier : « Vas-y, commence. »
— Bonjour mon capitaine, bonjour maréchal des logis. Aujourd’hui, avec quelques amis, nous avons fait l’ascension de la Pointe de Tardevant. Nous étions au sommet vers quinze heures. Pendant que les autres prenaient leurs photos, Florian ici présent m’a fait remarquer une tache rouge dans un pierrier une centaine de mètres plus bas.
— C’était dans cet éboulis-là, relaya Florian en montrant du bras la direction. Comme nous n’avons pas pu déterminer exactement de quoi il s’agissait, j’ai décidé d’aller voir sur place. Mon ami étant moins bien chaussé et non équipé pour cela, je lui ai déconseillé de m’accompagner car la pente herbeuse et caillouteuse est vraiment très raide.
L’objet rouge était bien, comme je l’avais imaginé un sac à dos de montagne, la corde lovée fixée sur son côté me l’a confirmé. Il n’y avait jusque-là rien d’inquiétant : le sommet de cette montagne est très étroit et vertigineux. Ce sac posé au sol avait pu glisser, tomber dans la pente et se trouver bloqué bien plus bas par les pierres.
Mais sur place, j’ai aussi repéré quelque chose qui brillait au soleil : c’était une paire de lunettes de glacier à laquelle manquait un verre, l’autre était fendu. Rien de vraiment alarmant encore.
J’ai pris le sac et les lunettes dans le but de les descendre pour tenter d’en déterminer le propriétaire mais un peu plus bas, j’ai vu un truc jaunâtre d’environ trente-quarante centimètres coincé entre deux pierres et plus loin encore comme un bout de chiffon. J’ai tiré dessus et, quand ce chiffon qui ressemblait à une manche d’habit a cédé, il a découvert le squelette d’un bras rattaché à une omoplate. J’ai tout laissé sur place et suis descendu comme si un diable me poursuivait.
— À combien estimez-vous le dénivelé d’ici à votre… découverte ? questionna le capitaine.
— Je dirais deux cent cinquante à deux cent quatre-vingts mètres.
— Vu la pente, plus d’une demi-heure de montée… Il faut reprendre l’hélico. Vous lieutenant Ouvrard, vous attendrez ici pour sécuriser le prochain atterrissage. Monsieur Valmont, vous restez là également. Vous monsieur Marlin, vous montez avec nous. Nous vous hélitreuillerons avant de vous rejoindre par aérocordage, le maréchal des logis et moi-même. Maréchal des logis, préparez les sacs idoines.
Lieutenant, l’hélico redescendra ici après la mission, en attendant mes instructions, vous veillerez à ce que tout se passe bien : pas de randonneurs ici. Maréchal des logis, fournissez-lui un brassard de la gendarmerie. Des questions ?
— Je n’ai pas trop envie de revoir tout ça, mais quand il faut y aller… sembla se résigner Florian, au fond ravi de monter dans l’aéronef et de faire son baptême d’hélitreuillage.
— Rassurez-vous, consola le capitaine, vous ne serez là que pour guider nos recherches.