VALENTIN ET LA GRANDE REUNION

25. Bal improvisé.

Après avoir réussi à connecter en wifi son smartphone au système de diffusion qui équipait la grande salle commune du chalet, Valentin attendit que les instigateurs de la soirée dansante eussent déplacé tables et chaises afin de libérer l’espace d’une piste de danse.
Il avait réussi un retrouver dans son appareil le vieux dossier contenant les anciens slows et blues du milieu du siècle dernier qu’il avait jadis repiqué pour la soirée des quatorze ans de Charly.
Lorsque Amandine lui fit signe qu’il pouvait lancer sa musique, il toucha l’icône d’ordre aléatoire dans son application de diffusion puis toucha la flèche lecture.
Le hasard voulut que le premier morceau diffusé fut la chanson de Procolarum « A whiter shade of pale. » Jade souriante s’avança vers Valentin, rapidement devancée par Emily qui dès les premières notes avait reconnu l’air les ayant réunis autrefois.
Le manège des deux jolies jeunes femmes n’avait pas échappé à Valentin qui accepta l’invite d’Emily tout en faisant à l’adresse de Jade une grimace signifiant « désolé, ce sera pour une prochaine danse. »
Les couples devenus officiels s’étaient formés sur la piste : Eva et Pascal bien sûr, Lucie et Gilles, Margot et Olivier, Amandine et Charly, Tony et Morgane. Quentin, jadis amoureux de Mathilde -qui ne s’intéressait pas aux garçons sur ce plan là- était quand même venu l’inviter tout comme Clément semblait avoir oublié les gifles reçues de Pauline. Pierre-André avait invité Marine et Florian avait accepté l’invite d’Océane. Louise dansait avec Alexis, Jade qui avait refusé plutôt sèchement la demande de Romuald puis celle d’Adrien ne dansait pas et attendait le morceau suivant. Anaïs par politesse avait accepté de danser avec Lucas.
Le premier slow fini, Emily dit tout bas à Valentin :
— J’ai adoré. On continue ?
— Je vais plutôt inviter celles qui n’ont pas leur mari ou leur compagnon ici. Il faut que tout le monde profite de la soirée, tu ne crois pas ?
Voyant Jade revenir vers eux, Emily qui venait juste de se désenlacer se serra à nouveau contre Valentin et colla ses lèvres contre celles de son cavalier avant de se désunir puis de refuser l’invitation de Romuald.
Jade, sans montrer d’émotion mais en gardant sur son visage un sourire ironique, tira Valentin par le bras et l’entraîna alors que les premières mesures chantées par les Platers emplissaient la salle de leur suave mélodie : Only you…
— Te rappelles-tu ce que je t’avais dit à propos d’Emily un soir de réunion chez Charly, soirée plutôt houleuse entre nous deux d’ailleurs, commença Jade.
— Tu m’avais gentiment dit « Vas plutôt rejoindre l’autre sur son balcon qui te regarde toujours avec des yeux de merlan frit. » cita Valentin.
— Exact. Et tu m’avais répondu : « Je n’ai jamais vu de merlan aux yeux bleus. » Avec le recul, je te concède qu’Emily est une bien jolie femme. Vous êtes ensemble ?
— Emily est toujours une amie, comme tu aurais pu l’être si tu m’avais écouté quand nous étions en troisième.
— Tu fais toujours des baisers sur les lèvres de tes amies ? Comme ça, ajouta-elle en joignant l’action à la parole, geste qui n’échappa pas à Emily laquelle ayant refusé les invitations ne dansait pas. Visage décomposé, elle se dirigea vers le sas d’entrée du chalet et sortit dans le noir.
Un bref courant d’air balaya la salle sans que personne ne pose de question.
L’air des Platers s’acheva sur un accord parfait final. Débuta presque aussitôt « When a man love a woman » de Percy Sladge pour lequel Valentin rejoignit Pauline qui cherchait elle aussi à éviter Romuald puis ce fut « Enchained melody » des Righteous brothers qu’il dansa avec Mathilde. Pour le dernier titre du pot-pourri qui était « Destiny » par Richard Sanderson, Océane vint l’inviter. Sa première remarque fut de dire :
— Ta grande amie Emily est partie se coucher ? Je ne la vois plus.
Valentin fit le tour de la salle du regard.
— Excuse-moi, dit-il à Océane en se détachant d’elle.
Il monta rapidement à l’étage des chambres et des dortoirs, appela plusieurs fois Emily sans obtenir signe de vie. C’est alors qu’il se rappela la courant d’air ressenti quand il dansait avec Jade. Un peu inquiet, il redescendit rapidement et sortit à son tour. Le ciel était constellé d’étoiles, il faisait froid. A cette altitude en cette saison la température dépassait à peine le zéro degré.
« Comment est-elle habillée ? » se demanda-t-il.
Un bref effort de mémoire virtualisa la jeune femme vêtue d’un chemisier blanc et d’une jupe rouge.
Un flash se fit dans sa tête : la petite plage au bord du lac à Saint Thomas, leur coup de foudre réciproque…
Très inquiet maintenant, il emprunta vers l’aval le large chemin carrossable en appelant : « Emily ! Emily tu es là ? Emily ! » Après dix minutes de marche, il songea qu’elle avait probablement suivi le chemin vers l’amont. Sa nouvelle recherche fut vaine. De plus en plus inquiet, il revint au chalet et annonça à la cantonade : « Emily a disparu ! Aidez-moi à le retrouver. »
Presque tous les hommes ainsi que les femmes du groupe à Valentin sortirent dans le noir et le froid. Soudain Charly prononça les paroles qui rassurèrent à peu près tout le monde.
— Sa voiture n’est plus là, il n’y a pas de quoi s’inquiéter, Valentin. Vous vous êtes disputés ? questionna-t-il ensuite à voix basse.
Valentin fit non de la tête mais son cerveau fertile fit défiler dans son imaginaire une série de scenarios tragiques.