Il était neuf heures du matin quand Valentin ouvrit les yeux. Le soleil venait juste de dépasser les sommets des montagnes et inondait de lumière dorée la mezzanine où il avait dormi. À son côté, Emily, appuyée sur un coude le regardait en souriant. De la pièce à vivre du chalet montaient d’appétissantes odeurs de café et de bacon grillé. La prise de conscience de ce qui s’était passé entre eux pendant la nuit amena une ride d’inquiétude sur le front du jeune homme.
— Emily, tout va bien ?
— Tout va merveilleusement bien, répondit la jeune femme épanouie. Et toi, ça va ?
Valentin hocha lentement affirmativement la tête, comme si un simple oui n’était pas à la hauteur de ce qu’il voulait exprimer.
— Maintenant je sais que tu m’as attendu depuis tant d’années. Tu m’as fait le plus beau cadeau que tu pouvais me faire. Notre vie commence aujourd’hui mon Emily.
— Moi, je dirais plutôt hier ! Nous descendons déjeuner ? Je crois que Gilles et Lucie sont déjà en bas.
— Habillons-nous quand même un peu, se moqua Valentin.
Entendant le bruit de leurs pas sur l’échelle de meunier faisant communiquer les étages, Émilienne abandonna la poêle dans laquelle cuisaient les six œufs complétant le breakfast anglais qu’elle avait décidé d’offrir aux invités de sa fille. Elle s’approcha de Valentin, posa les mains sur les épaules de celui-ci et fit claquer deux bises sonores sur ses joues.
— Valentin, Peter et moi sommes infiniment heureux qu’Emily et toi soyez enfin réunis. Elle attendait cela depuis ses quatorze ans, autant dire depuis toujours. Elle va descendre ?
— Je pense que oui. Elle m’a juste demandé deux minutes pour se rendre visible. Heu, je ne vous oublie pas les amis. Bonjour Lucie, salut Gilles. Monsieur Gilmore n’est pas là ?
— Il n’est jamais bien loin quand il attend son breakfast, l’odeur va le faire rappliquer. Vous pouvez l’appeler Peter, il ne demande que ça.
— Alors les jeunes, quels sont vos projets pour la journée ? demanda le père d’Emily, effectivement attiré par l’odeur.
— Dès demain, il faut que je m’occupe de ma librairie, répondit Gilles. J’ai quelques colis à réceptionner, fixer un rendez-vous de dédicaces avec un ancien ministre pour son livre de souvenirs. Lucie doit préparer ses cours pour mardi donc nous allons descendre dans la journée.
— Et toi Valentin ?
— Je dois me rendre à Lyon pour négocier un nouveau secteur d’activité voire une nouvelle affectation avec la direction du journal.
Comprenant que Valentin allait tenir sa parole, Emily prit la main de son compagnon et la serra avec force.
— Merci, murmura-t-elle.