Le timbre de la porte d’entrée de l’appartement des Valmont émit ses deux notes musicales qui rompirent le silence glacé qui régnait. Valentin avait demandé à sa compagne de filmer au smartphone toutes les initiatives du brigadier-chef Morand ainsi que ce qui allait suivre. L’adjudant Tourneur, mis au courant par le brigadier Dupuy des résultats de leur visite du garage privé d’Emily et Valentin, répondit d’un bref signe de tête au « bonjour mon adjudant » lancé par ce dernier.
— Monsieur Valmont, mes adjoints avaient pour mission de vérifier des accusions émises à votre encontre par une lettre anonyme à nous adressée…
— Lettre dont je n’ai pas pu prendre connaissance !
— Mes hommes ont suivi la procédure et à la suite de celle-ci, il s’avère que les accusations prononcées ont une base de vérité. En conséquence vous allez devoir nous accompagner à la gendarmerie afin d’établir le procès-verbal de vos déclarations.
— Vous compter me garder combien de temps ?
— Cela dépendra des explications vérifiables que vous pourrez fournir.
— Emily, je prends mon smartphone. Si dans une heure je ne suis pas revenu ou ne t’ai pas contactée, tu m’appelles. Sans réponse de ma part, mets tous nos amis au courant.
Dans le bureau que Valentin connaissait bien du temps de l’adjudant-chef Lemoine, l’adjudant Tourneur attaqua d’emblée.
— Monsieur Valmont, un sac…
— Un instant mon adjudant, avant de répondre à vos questions, je désire que notre entretien soit filmé et enregistré.
L’adjudant brancha en USB sur son ordinateur la caméra de bureau et la mit au rouge.
— Interrogatoire de monsieur Valmont soupçonné d’être intervenant dans le braquage du bureau de tabac d'Entraigues le lac le samedi 31 octobre dernier.
Monsieur Valmont, un sac de sport contenant une partie de ce qui a été dérobé lors de l’attaque chez le buraliste été retrouvé dans votre garage par deux gendarmes assermentés. Première question : d’où vient ce sac ?
— Je l’ignore complètement.
— Vous affirmez que ce sac ne vous appartient pas et que vous en ignorez la provenance ?
— Oui.
— Vous arrive-t-il de laisser la porte de votre garage ouverte ou non verrouillée ?
— Jamais.
— Votre porte a-t-elle été forcée ?
— Je n’ai rien remarqué de tel.
— Ce sac contenait une partie des tickets à gratter de la Française des Jeux. D’autres provenant du même lot distributeur, de montants de vingt, cinquante, cent et deux cents euros ont été présentés pour paiement à divers détaillants dans la ville de Chambéry le trois Novembre. Où étiez-vous ce jour-là ?
— J’étais en reportage à Chambéry.
— Connaissez-vous la réglementation des paiements de ces tickets ?
— Je ne joue jamais à ces jeux-là. C’est l’argent de beaucoup de perdants qui va à bien peu de gagnants.
— Les sommes inférieures à deux cents euros sont payables anonymement par les distributeurs agréés, au-dessus de cette somme, c’est la Française des Jeux qui, après vérification, effectue le paiement. Or dans votre sac de sport…
— Ce n’est pas mon sac de sport.
— Dans ce sac il a été trouvé un ticket gagnant de mille deux cents euros non encaissés. Comment expliquez-vous cela ?
— Je suppose que votre voleur connaissait la réglementation que vous venez d’exposer et n’a pas voulu laisser de trace.
— Une matraque a été retrouvée dans une voiture de votre couple dans ce même garage or le buraliste braqué a été assommé par un coup de matraque sur le crâne. Quelle est votre explication ?
— Je ne possède aucune arme, d’aucune sorte et ma compagne qui attend notre premier enfant est non violente.
— Pas vous ?
— Si quelqu’un m’attaque, je me défends.
— Reconnaissez-vous avoir eu ce sac et cette matraque en votre possession ?
— Non. Ce sac et le casse-tête dont vous parlez se trouvaient dans des endroits privatifs dont ma compagne et moi disposons mais je nie en être le propriétaire ou l’usager.
— Monsieur Valmont, étant donné que vous ne fournissez aucune explication vous disculpant, que vos réponses éloignent toute intervention d’un tiers, je me vois dans l’obligation de prolonger votre garde à vue.
— Parce que j’étais en garde à vue ?
— Prononcée par le brigadier-chef Morand à neuf heures et six minutes ce jour. Veuillez laisser votre téléphone portable ainsi que les valeurs que vous pourriez avoir sur vous au brigadier Dupuis dans le bureau d’accueil.
— Allô Gilles ?
— Emily, c’est sympa de nous appeler.
— Valentin a été arrêté !
— Hein ? Par qui ?
— La gendarmerie de Saint Thomas.
— Pourquoi ? Pour quelle raison ? Qu’est-ce qu’il a fait ? Il a causé un accident de voiture ?
— D’après ce que j’ai cru comprendre, il est accusé du braquage du bureau de tabac du village voisin fin octobre. Il m’a demandé de prévenir tous les amis s’il ne donnait pas rapidement des nouvelles, ce qui est le cas.
— OK, je m’en charge. Je te tiens au courant.