VALENTIN ET LA GRANDE REUNION

44. Amandine et Quentin.

Amandine au volant de son break Toyota Corolla s’arrêta sur le parking de la plage avant le panneau d’entrée d’Entraigues le lac.
— Il n’y a pas bien de quoi se garer en cœur de village, fit-elle remarquer à Quentin qui le savait très bien, nous allons marcher un peu, cela nous fera du bien.
En chemin, Quentin expliqua :
— J’ai remanié les deux clichés de Pascal. Avec un logiciel de dessin, j’ai mis une cagoule sur les visages ne laissant voir que les yeux pour ne pas créer de faux souvenirs aux buralistes si un jour ils doivent témoigner. Je te laisserai parler mais tu me laisseras faire quand il sera question de photos.
— D’accord. Je te présente comme gendarme ?
— Si tu veux mais pas chargé de l’enquête.

Le couple de buralistes était dans leur petit magasin. La femme disposait en rayons revues, livres et magazines, l’homme, derrière le comptoir tiroir-caisse attendait les clients. Amandine souriante entra la première.
— Bonjour, dit-elle. Je m’appelle Amandine Fontaine et voici mon ami Quentin Ouvrard qui fait partie de la gendarmerie de montagne. Nous ne sommes pas là officiellement mais nous souhaitons vous voir au sujet du terrible braquage dont vous avez été victimes. En fait nous cherchons le moyen de mettre hors de cause un de nos amis qui a été accusé du méfait par lettre anonyme adressée à la gendarmerie de Saint Thomas. Celle-ci vous a mis au courant ?
— Nous n’avons eu aucun retour pour le moment et cela va faire deux mois que c’est arrivé. Qui est votre ami accusé ?
— Il se nomme Valentin Valmont, il est journaliste reporter. C’est un homme honnête, avenant, serviable, intelligent, incapable de ce genre d’action. Quelqu’un a réussi à s’introduire dans son garage pour y déposer une petite partie de ce qui vous a été volé puis l’a dénoncé comme je vous l’ai dit et bien sûr, les gendarmes ont arrêté notre ami.
— Que pouvons-nous faire pour vous aider ? demanda l’homme.
— Sauriez-vous décrire vos agresseurs ? C’était des hommes ?
— Oui d’après leurs voix.
— Leurs tailles ? Grands, petits, moyens ?
— L’un était comme monsieur, l’autre nettement plus grand.
— Je mesure un mètre soixante-dix-sept, précisa Quentin.
— Donc pour l’autre je dirais un mètre quatre-vingt-cinq à peu près.
— Comment était-ils habillés ?
— Tout en noir avec des cagoules.
— Avez-vous remarqué un détail, un tic, une manie, une tournure de langage ?
— Je ne saurais dire, tout s’est passé très vite. L’un avait une batte de base-ball en bois je crois et l’autre une sorte de matraque noire. Comme je refusais de laisser ma place devant la caisse, le plus grand est passé derrière de comptoir, il a levé sa batte pour me frapper. J’ai saisi le gourdin à deux mains. À ce moment j’ai reçu par derrière un violent coup sur l’occiput et j’ai perdu connaissance. Mon épouse peut vous parler de la suite.
— Oui. Le plus petit a sorti un rouleau de bande collante. Il m’a attaché les mains dans le dos. Il m’a obligé à m’asseoir sur le sol, m’a ligoté les bras contre le corps puis les jambes et les pieds. Puis ils ont fait la même chose à mon mari avant de nous bâillonner toujours avec leur bande collante.
Ensuite, en plus du tiroir caisse, ils ont vidé les présentoirs, paquets de cigarettes, vapoteurs, e-liquides, tickets à gratter. Ils ont trouvé et ouvert le placard réserve et l’ont en grande partie dévalisé, ils ont tout mis en vrac dans deux grands sacs. Nous sommes restés comme ça jusqu’au lundi matin. C’est notre premier client qui a tout découvert.
— C’est épouvantable ce qu’ils vous ont fait ! Avez-vous cependant remarqué des caractéristiques particulières, couleur des yeux par exemple ?
— Le plus petit avait des yeux sombres et l’autre les avait bleus je crois, clairs en tout cas.
Quentin qui n’avait pas encore pris la parole si ce n’est pour indiquer sa taille sortit les deux images retouchées qu’il plaça côte à côte sur le comptoir et demanda :
— Regardez ces photos madame, qu’en pensez-vous ?
— Il est bien possible que ce soit eux, la différence de taille correspond et la couleur des yeux également. Ah, aussi, quelques cheveux un peu clairs sortaient de la cagoule du plus grand.
— Merci beaucoup madame monsieur, dit Amandine. Je ne fume pas mais je vais vous acheter deux tickets à gratter Jackpot.
— Dix euros madame. Choisissez.
— Voilà celui-ci pour toi Quentin et celui-là c’est pour moi. Tu as une pièce pour gratter ?
— Oui… mais rien.
— Gratte le mien maintenant.
— Ah, tu as de la chance : cinquante euros !
— Voici vos cinquante euros, dit le buraliste en retrouvant un sourire commercial et en récupérant le ticket gagnant.
Amandine prit le billet, remercia puis le reposa sur le comptoir.
— C’est pour le dérangement. Merci pour vos précieux renseignements. Au revoir monsieur et madame.