VALENTIN ET LA GRANDE REUNION

19. Le récit de Florian.

Lorsque Florian eut rejoint le lac et ses anciens camarades, il présentait un visage complètement ravagé par l’horrible spectacle dont il avait été acteur et spectateur. Aux questions pressantes de quelques-uns dont Mathilde et Pascal, il leur fit comprendre qu’il préférait attendre l’arrivée des randonneurs pour raconter.
Ceux-ci arrivèrent un quart d’heure plus tard, dithyrambiques sur l’exceptionnel paysage qu’il leur avait été donné de contempler.
Constatant la mine défaite de Florian, enfin Valentin posa la question :
— Flo, c’était quoi l’objet rouge que nous avons vu depuis le sommet ?
Florian, encore tout retourné eut un haut-le-cœur rétrospectif.
— C’était… c’était un sac à dos de montagne.
— Tu l’as descendu ?
Florian, visage encore exsangue, fit non de la tête, ce qui alerta un peu plus Valentin habitué à la sérénité habituelle de son ami.
— Tu peux nous dire pourquoi ?
Florian avala sa salive avant de prononcer :
— C’est le sac d’un mort.
— Qu’est-ce que tu racontes ? fit Olivier.
— Qu’est-ce qui te fait dire ça ? compléta Gilles.
— J’ai vu des lunettes de glacier cassées.
— Ça ne prouve rien, elles se sont tout simplement échappées du sac à dos quand celui-ci est tombé dans la pente, minimisa Olivier.
— J’ai vu des habits pourris, j’ai vu un os, un gros, un fémur je crois, j’ai vu d’autres os qui sortaient d’une manche...
— Tu as dû confondre avec un animal, objecta Amandine.
— Un animal ne met pas d’habits, il me semble. Florian n’est pas un affabulateur, moi je le crois. Il va falloir prendre des décisions, émit Valentin appuyé par Quentin redevenu professionnel.
— C’est grave ce que tu nous dis Florian. Tu as bougé des choses ?
— Oui, le sac. Je voulais le redescendre mais quand j’ai vu le reste, heu, les restes, j’ai tout laissé en plan.
— Tu saurais retrouver les places exactes du sac et des lunettes ? Car je suppose que tu n’as pas touché aux… restes.
— Oui, je saurais je crois mais l’endroit est très difficile d’accès, il faut être un pro de la grimpe pour se déplacer dans ces pentes hyper raides.
— J’appelle le peloton de gendarmerie de montagne, décida Quentin qui sortit de son sac non pas un smartphone mais un terminal radio miniaturisé duquel il déplia l’antenne. Il le mit en marche, tourna lentement un bouton puis enfonça quelques touches.
— Allô central… Allô central… Ici Rio 3622195… Répondez…
— Ici central, parlez lieutenant.
— Débris humain découverts dans un pierrier près du lac de Tardevant dans les Aravis. Demande instructions.
— Y a-t-il la place pour atterrissage hélico ?
— Affirmatif, replat suffisant près du lac.
— Autres personnes dans le secteur ?
— Oui, tout un groupe et parmi eux le découvreur et un autre témoin.
— Faites descendre tout le monde sauf les deux témoins et attendez sur place. Arrivée de renforts prévue dans... trente minutes. Laissez votre radio en position réception.
— Bien reçu central.
Quentin suspendit son émetteur-récepteur à sa ceinture et expliqua : — Pour ceux qui ne le sauraient pas encore, je suis lieutenant dans la gendarmerie de montagne, dit-il au cercle qui s’était formé autour de lui. Je pense que vous aviez compris. À part Florian, Valentin et moi, il faut que vous redescendiez. Désolé. Nous vous raconterons tout plus tard. Ah, n’oubliez pas de ramener vos poubelles, y compris les bouteilles, n’est-ce pas ?
— Merde, un flic parmi nous, il ne manquait plus que ça ! commenta Tony.