Quand il venait à Saint Thomas du Lac, Valentin logeait tout naturellement chez ses grands-parents tout heureux de le recevoir. Emily bien entendu avait sa chambre et un petit bureau à l’étage de la villa des Gilmore, chemin des Roselières. Leur nouvelle relation les poussa à rechercher un logement rien qu’à eux. Après avoir vainement fait le tour des agences immobilières du secteur sans rien trouver qui leur convienne, ce fut Gilles qui leur indiqua un appartement T3 à louer au second étage d’un immeuble au bord du torrent. Gilles l’avait appris de madame Fontaine devenue cliente de sa librairie. La location, outre une place de parking, comprenait la disposition d’un box garage en sous-sol, ce qui les arrangeait fortement avec leurs deux voitures.
Émilienne Gilmore était ravie pour sa fille qui ne s’éloignait pas trop géographiquement, enchantée de la voir souvent avec son amour d’adolescente devenu son compagnon, contente d’espérer enfin une succession à l’entreprise de son mari.
Les deux familles avaient sympathisé. Savoyarde d’origine, lors de leurs repas commun, Émilienne échangeait volontiers quelques phrases en patois qu’Isabelle, la grand-mère de Valentin traduisait pour les autres. L’avenir se présentait au mieux pour le jeune couple.
L’automne bien avancé commençait à colorer les flancs des montagnes quand un fait divers alimenta les conversations des habitants du village.
Deux malfaiteurs cagoulés, un samedi juste avant sa fermeture, étaient entrés dans le bureau de tabac d’Entraigues le lac, le village voisin de Saint Thomas. Armés d’une batte de baseball pour l’un et d’une petite matraque télescopique pour l’autre, ils avaient exigé la remise du contenu de la caisse. Le buraliste avait tenté de se défendre mais avait été assommé d’un coup de matraque après quoi sa femme n’avait plus opposé de résistance.
Ils avaient été retrouvés le lundi suivant par un client matinal. La porte d’entrée du magasin n’était pas verrouillée, le rideau métallique n’était pas baissé. Étonné de ne voir personne au comptoir, le client avait patienté deux minutes puis avait appelé sans résultat. Un coup d’œil par-dessus le comptoir lui avait fait découvrir les deux commerçants étroitement ligotés et bâillonnés par de la bande collante.
Tout un stock de cigarettes avait disparu ainsi que les jeux de chance à gratter du présentoir. Aucune empreinte, aucune trace d’ADN, aucune vidéo surveillance ne s’était montrée exploitable. La seule piste possible avait été la rapide présentation à l’encaissement de plusieurs tickets gagnants de cinquante, cent et cent cinquante euros dans deux points de vente de tickets semblables dans la ville de Chambéry mais les commerçants concernés n’avaient pas pu décrire le client sinon que c’était un homme. Ces tickets, repérés par leurs numéros avaient été identifiés par la FDJ comme venant bien du hold-up considéré.
Le fait divers alimenta les conversations des habitants locaux puis tomba dans l’oubli faute de retrouver les malfaiteurs.